Les bonnes pratiques de veille de Blogo Numericus

C’est en parcourant la blogosphère à la recherche de billets “à valeur ajoutée” – pour alimenter la “Revue de blogs” de Netsources – que nous avons découvert l’article “Comment veilles-tu ?”, publié sur Blogo Numericus (http://blog.homo-numericus.net).

Le jugeant particulièrement clair, précis et proche de la ligne éditoriale de Netsources – présentation d’une méthodologie, du point de vue de l’utilisateur pour l’utilisateur –, nous avons décidé d’offrir dans notre Revue de blogs un résumé détaillé de ce seul billet, qui constitue un excellent exemple de bonne pratique de veille sur le Net.
HOMO NUMERICUS : UN MAGAZINE ET UN BLOG

Créé en 2000, Homo Numericus est un magazine qui s’est fixé comme objectif de “comprendre la révolution numérique”.

A ce titre, ses articles concernent aussi bien les bases techniques sur lesquelles s’est développée cette révolution, que l’actualité des nouveaux produits, les enjeux de société, etc.

Le site web du magazine (www.homo-numericus.net) est composé de trois colonnes égales, offrant des actualités du jour, des “focus” et articles de fond et, dans la colonne centrale, des billets issus de “la nébuleuse” du magazine, à savoir les blogs Blogo Numericus – qui répond aux mêmes objectifs que le magazine, mais par le moyen d’une écriture personnelle –, La Feuille – un blog dédié à l’édition électronique –, et Linux pour de vrai, qui concerne le système d’exploitation libre.

Le magazine et Blogo-Numericus sont alimentés essentiellement par Pierre Mounier (alias Piotrr), enseignant à l’ENS Lettres et Sciences humaines, où il est responsable de l’Unité numérique pour la recherche.

BOMMENT VEILLE PIOTRR.
..

Dans un billet du 25 janvier 2009 intitulé “Comment veilles-tu ?”, Pierre Mounier nous décrit de façon très détaillée la stratégie de veille qu’il utilise, pour rechercher des sources d’information nombreuses et diversifiées – afin de ne pas manquer les innovations qui apparaissent – et, dans le même temps, pour filtrer les données collectées, afin de ne pas perdre de temps à traiter de l’information non pertinente ou redondante.

Pour effectuer sa veille de façon aussi efficace que possible, il utilise en fait trois types d’outils complémentaires : des agrégateurs de flux RSS, des signets et bibliographies partagées et des réseaux sociaux.

LES OUTILS CHOISIS

- Après avoir testé plusieurs agrégateurs, c’est finalement Google Reader que Piotrr a retenu, essentiellement pour “la facilité avec laquelle cet outil permet de sélectionner des items (’s’), de les partager avec les autres (Shift+’s’), de les taguer (’l’+tag) et de partager sa liste d’items tagués avec d’autres” ;

- Delicious.com (voir Netsources n°60) a pour sa part été sélectionné pour le partage des signets, principalement car sa base utilisateurs est l’une des plus importantes de cette famille d’outils ;

- quant aux réseaux sociaux, Piotrr avoue en avoir une utilisation récente. Il est néanmoins présent sur Facebook et utilise Friendfeed pour suivre les traces de ses “amis” (personnels et professionnels).

LA STRATEGIE DES TAMIS

Lors de la mise en place d’une veille, le choix de la stratégie est forcément fonction de l’objectif même de la veille. Pour Piotrr, il s’agit de sélectionner, capitaliser, agréger puis synthétiser l’information, pour l’utiliser ensuite dans son magazine et son blog.

Pour préparer ses textes, il applique ce qu’il considère être “une stratégie des tamis successifs”.

PREMIER TAMIS

Le “premier tamis” est ainsi réalisé à partir d’une lecture rapide de la liste “Tous les éléments” de Google Reader, qui agrège les derniers billets des 200 flux et quelques auxquels Piotrr est abonné.

Parmi ces 200 flux, certains sont issus d’alertes mises en place sur Google News, d’autres sont les flux d’“amis” sur Friendfeed ou proviennent de son “network” sur Delicious.

L’objectif de cette étape consiste pour l’essentiel à sélectionner, partager et taguer les articles qui lui semblent dignes d’attention.

La sélection est très large, et des billets contenant des informations purement factuelles, de détail, peuvent être retenus.

Cette sélection se fait en parcourant rapidement tous les billets affichés en mode “déployé” et non en mode “liste”, car les titres seuls ne permettent pas toujours de juger de l’intérêt d’un article.

Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas ici de classement préalable des flux.

Piotrr explique d’ailleurs que pendant longtemps, il a d’abord classé ses flux dans des dossiers thématiques (politique, économie, usages, technos), puis par type de source (presse, blogs, communication institutionnelle), puis les deux. Mais il s’est rendu compte que ce classement ne lui apportait rien.

Il a ensuite créé un niveau de présélection, un dossier “A suivre”, avec une trentaine de sources qu’il considérait comme plus importantes que les autres. Mais le résultat était qu’il lisait uniquement ces sources...

Ce n’est que récemment qu’il a finalement décidé d’agréger l’ensemble des flux et de développer un classement plus fin sur les articles qu’il sélectionne.

SECOND TAMIS

Eu égard au nombre de flux suivis, la lecture rapide des billets ne peut être exhaustive. Pour ne pas laisser passer une information importante, Piotrr regarde donc périodiquement et systématique-ment les flux d’un certain nombre de publications proches de ses centres d’intérêt, comme Internet Actu ou la rubrique techno du New York Times.

Il suit de même les “listes de partage” d’un certain nombre de contacts, grâce à Google Reader. L’agrégateur permet en effet de placer des billets tirés de ses flux dans une liste spécifique, que l’on peut partager avec ses amis via une page web ou un widget.

TROISIEME TAMIS

La troisième étape est celle de l’analyse des articles sélectionnés, afin de voir si des tendances se dégagent, si des sujets sont porteurs ou si des thèmes font l’objet de débats intéressants.

Piotrr remarque ici que sa liste d’articles sélectionnés est bien faible, au regard du nombre total de billets reçus.

La fonction Tendances de Google Reader – qui permet de connaître, sur les 30 derniers jours, le nombre d’éléments lus, suivis, partagés, envoyés...– lui indique en effet que sur les 2 700 billets parcourus, une centaine seulement – soit moins de 4% – ont été sélectionnés (ils figurent également dans la liste des articles partagés)...

QUATRIEME TAMIS

L’étape précédente permet à Piotrr de choisir les thèmes qu’il va exploiter dans Homo Numericus.

Dans la plupart des cas, il effectue en cours d’écriture des recherches rétroactives dans Google Reader, pour retrouver d’autres articles sur le sujet ; cela lui permet de dégager une profondeur historique qui n’apparaît pas forcément en première approche.

C’est d’ailleurs, d’après lui, l’une des forces de l’agrégateur. Ce dernier conserve en effet tout ce qui a été syndiqué et permet donc de retrouver des articles vieux de plusieurs années.

BRANCHEMENT DU PERCOLATEUR

Après ces différentes étapes de sélection et et d’analyse des billets, viennent l’exploitation et la diffusion des informations.

Piotrr nous apprend que pour expliciter les références et les liens qu’il offre de façon générale dans ses articles, il utilise l’outil Zotero, un plug-in (gratuit) du navigateur Firefox, qui permet de collecter, d’annoter, de gérer et de citer ses différentes sources, documents électroniques ou papier.

L’utilisation de Zotero l’aide ainsi à gérer et à formater des références. L’intérêt de ce process tient au fait que les brèves qu’il publie dans Homo Numericus lui fournissent des matériaux pour l’écriture d’articles plus longs, plus académiques, dans lesquels il reprend les mêmes références, même s’il s’agit de billets de blogs ou d’articles de journaux.

L’ART DU RECYCLAGE

Pour Piotr, “le secret d’un traitement efficace de l’information, c’est de réussir à réutiliser n fois la même information”.

C’est ce qu’il tente de faire grâce au couple Google Reader-Zotero notamment, pour l’écriture de brèves dans Homo Numericus, et pour l’écriture de textes plus longs sous forme de références bibliographiques.

Ces informations sont utilisées une troisième fois via son flux Friendfeed, qu’il a “branché” sur son compte Facebook. Ainsi, toute information partagée dans Google Reader passe dans Friendfeed et se retrouve dans son profil Facebook.

Enfin, il a mis au point une astuce qui lui permet d’alimenter automatiquement Homo Numericus en nouvelles syndiquées par ce moyen : lorsqu’il sélectionne et partage une information dans Google Reader, il la tague systématiquement.

Le premier de ses tags correspond à une des quatre rubriques d’Homo Numericus : politique, économie, usages ou technologies. Il partage ensuite le flux RSS de chacun de ces tags et branche ce flux sur chacune des rubriques d’Homo Numericus.

On obtient par conséquent, sur la page de présentation de ces rubriques, les informations préalablement taguées qui apparaîssent dans le bloc “Nouvelles syndiquées”.

On le voit, ce témoignage pourrait s’intituler “l’art et la manière de bien utiliser les flux RSS”...

Nous tenterons de compléter prochaine-ment cet exemple par d’autres retours d’expérience de veilleurs, que nous aurons pu découvrir sur la blogosphère.

POUR INFO

Blogo Numericus
“Comment veilles-tu ?”, 25.01.09
http://blog.homo-numericus.net/ spip.php?article1



Béatrice Foenix-Riou
Publié dans le n° 78 de Netsources (Janvier/Février 2009)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire