EDD : une position stratégique dans la mise en ligne de la presse française

-->On appelle cela avoir de la suite dans les idées. Richard Pottecher, l’actuel PDG de l’EDD – qui s’appelait alors L’Européenne de Données – déclarait en effet à Bases fin 1999 (voir Bases n°157) “la presse française, et éventuellement francophone, est très clairement un secteur dans lequel, même si nous avons aujourd’hui l’offre la plus large du marché, des développements très importants peuvent encore être réalisés”.
             
Si l’on remonte encore plus loin, c’est dès 1980 que G. Cam Serveur, ancêtre de l’EDD, avait chargé les dépêches de l’AFP.
           
Aujourd’hui, l’offre de l’EDD en presse française se situe entre 500 et 600 titres, en progression toujours rapide, ce qui place ce serveur loin devant les autres agrégateurs qui ont, par ailleurs, des stratégies différentes.

Le canadien Cedrom-SNI, qui commercialise Europresse en France depuis 1999, n’a ainsi jamais considéré comme une priorité de charger un maximum de titres de presse française, même s’il a une offre conséquente.
             
Il préfére mettre l’accent sur l’analyse des documents – notamment avec les outils de Diva-Presse, racheté fin 2003 – et sur le partage de l’information entre les collaborateurs d’une même entreprise.
             
Son récent chargement de nombreux titres de presse internationale – qui enrichit ce qu’il offrait déjà et porte le nombre total de titres annoncés à 1 000, dont 185 de presse française en français –, vise d’ailleurs plutôt à affronter les agrégateurs internationaux tels que Factiva et LexisNexis.
             
Ces derniers proposent sensiblement le même nombre de titres de presse française (Factiva très légèrement plus), avec chacun quelques rares titres en exclusivité.
             
Dans la mesure où ces serveurs internationaux offrent, en complément, largement plus de 10 000 titres de presse d’autres pays – LexisNexis en annonce 40 000, mais en incluant manifestement les très nombreuses sources juridiques –, ils visent une clientèle se satisfaisant, avec un unique agrégateur, de la plupart des grands titres de la presse française – en particulier les quotidiens et les hebdos et quelques titres de presse régionale ou spécialisée –, à côté d’un grand nombre de sources internationales.
             
Rappelons, pour mémoire, que Questel a depuis plusieurs années abandonné sa ligne de presse – qui a été, un temps, un axe de développement – pour se concentrer sur les brevets, marques et modèles.
             
La stratégie de l’EDD est donc différente, visant d’abord à offrir toujours plus de titres de presse française, pour l’essentiel, avec un langage d’interrogation d’un bon niveau. Mais cette stratégie est à multiples détentes.
            
Cela s’est concrétisé la première fois de la façon la plus visible avec France Actu Régions. En octobre 2001 en effet, le SPQR (Syndicat de la pressse quotidienne régionale) avait lancé un appel d’offres pour la fourniture d’un service de distribution de contenu sous forme électronique, de type panorama de presse.
             
Cet appel d’offres était la conséquence d’une prise de conscience des éditeurs de PQR que, si leurs contenus étaient valorisés par la vente au numéro et par les abonnements, l’utilisation de plus en plus fréquente qui en était faite dans les revues de presse diffusées sous forme électronique ne leur rapportait rien ou presque. En effet, le CFC n’intervient de façon obligatoire que sur les copies papier.
            
Il s’agissait donc de proposer un cadre juridique lié à un moyen opérationnel permettant d’encadrer la réalisation de ces revues de presse et, pour les éditeurs, d’en tirer un juste revenu qui, en ces temps difficiles pour la presse, était de surcroît le bienvenu.
             
En mars 2002, L’Européenne de Donnée a remporté l’appel d’offres avec une réponse incluant, outre l’aspect technique, une offre de commercialisation directe, ainsi qu’un système de rediffusion sous licence.
             
Ce système n’induit pas de transfert de propriété, mais simplement la mise à disposition (payante, bien sûr) et la collecte des droits reversés aux éditeurs. Là où cela devient très astucieux c’est que, en plus de la mise en ligne sur le serveur de l’EDD, ces contenus sont mis à disposition, sous licence, des prestataires intéressés, autres agrégateurs ou prestataires de panoramas de presse.
             
Ce schéma a, depuis, été adopté avec de nombreux éditeurs tels que Lagardère Interactive (ex- Hachette), ceux du Nouvel Observateur, de Courrier Cadres, de La Vie du Rail et de nombreux titres de presse hebdomadaire régionale.
             
Cette dernière catégorie de presse n’est d’ailleurs pas toujours strictement hebdomadaire, car il peut y avoir plus ou moins d’une parution par semaine, mais c’est le terme consacré.
            
Cette presse représente plus de 280 titres. Une centaine est déjà disponible en ligne et 127 le seront très prochainement, les chargements devant se poursuivre.
             
Ce système revient à mutualiser les coûts de production des panoramas de presse ; cela est particulièrement le cas pour la PHR, car le suivi manuel de ces titres revenait cher aux prestataires qui avaient du mal à les suivre tous, comme d’ailleurs toutes les éditions de la PQR.
            
Ce système est également intéressant pour les éditeurs qui ont un seul interlocuteur, qui peut, si nécessaire, les aider sur le plan technique.
            
Cela étant, il existe quelques exceptions, notamment pour des raisons historiques, et certains titres continuent à travailler en direct avec les agrégateurs, comme Le Progrès avec Europresse.
             
Cet intérêt pour la presse régionale est très ancien pour l’EDD, puisque les archives de Nice Matin sont disponibles depuis 1994. Par ailleurs, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la presse régionale permet de répondre à des questions qu’il est très difficile de traiter autrement, par exemple concernant les types de facturation existant dans les transports urbains en France.
             
Quant à la PHR, elle constitue une excellente source d’information sur les PME de province. Elle est aussi particulièrement riche en données sur les activités des associations, ce qui peut intéresser les multiples partenaires potentiels de ces associations.
            
Le chargement de tous ces titres a évidemment permis à EDD de devenir un acteur significatif du secteur des panoramas de presse, venant ainsi concurrencer les prestataires classiques, à propos desquels on peut parler de co-opétition.
             
L’activité panorama de presse n’est possible que si les informations sont disponibles à J zéro et traitées également à J zéro, ce qui est une des forces de l’EDD.
             
Mais cette focalisation sur les panoramas de presse a eu un effet pervers. Les éditeurs en effet avaient négocié avec leurs journalistes des accords portant uniquement sur les panoramas de presse et n’avaient pas parlé de  la mise à disposition des archives.
             
C’est ainsi que pendant un temps, pour les quotidiens de presse régionale accessibles dans le cadre de France Actu Régions, les contenus de la veille étaient chassés par ceux du lendemain, ce qui pouvait être considéré comme une aberration sur le plan du simple bon sens.
             
Ce délai de un jour est finalement passé à trois jours, tandis qu’un nombre croissant de titres laissaient leurs contenus en archive, mais il en reste malheureusement encore qui n’ont pas franchi le pas.
             
En ce qui concerne les contenus internet, contrairement à la plupart des agrégateurs qui crawlent le Web, avec tous les risques de considérer comme fraîche une vieille information réapparue parce qu’il y a eu des changements sur le site, EDD ne met en ligne que les éditions internet fournies par les titres de presse eux-mêmes.
             
Cela vient de s’étendre aux blogs, fournis par les éditeurs, les premiers étant ceux de Libération, et notamment ceux de Libévilles (voir (Bases n°253), qui couvrent Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Toulouse, Orléans et Rennes.
             
On notera pour finir que si EDD, dans l’activité panorama de presse, est concurrent des autres agrégateurs et des prestataires de panoramas de presse, le CFC (Centre français du droit de copie) est aussi un concurrent, cette fois en matière de perception des droits.
            
Ce dernier permet en effet à ceux qui effectuent leur panorama de presse en scannant les articles d’acquitter les droits, à condition néanmoins que les éditeurs concernés aient préalablement signé un contrat avec le CFC, ce qui n’est pas obligatoire.
             
D’un autre côté, si EDD garantit une sécurité juridique en matière de droits, celle-ci est aussi limitée à son offre.
             
Comme on le voit, le développement du secteur de la presse en ligne a permis l’apparition de modèles innovants, même s’il existe encore des “curiosités”, comme l’effacement du contenu de certains titres de presse de PQR après trois jours de présence, ou les disparités pour un même éditeur qui offre ses contenus gratuitement d’un côté, sur son site par exemple, et de façon payante ailleurs. Mais dans ce dernier cas, la logique n’est pas la même, ce qui est une explication.
             
Par ailleurs, de plus en plus de titres de presse pensent à (r)établir un modèle payant, compte tenu des revenus insuffisants issus de la publicité.



François Libmann
Publié dans le n° 257 de Bases (Février 2009)

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