Pearltrees.com : pour une organisation collaborative du Web


Pearltrees.com est décrit par ses fondateurs comme un “réseau d’intérêt humain qui permet aux internautes de conserver, d’organiser et de retrouver naturellement les contenus qu’ils croisent sur le Web”, et cela sous la forme d'un arbre de perles.
            
Le principe de Pearltrees a été inventé en novembre 2007 par Patrice Lamothe, l’actuel CEO de la start-up française éponyme. A partir de novembre 2008, une cinquantaine de contributeurs ont été sollicités pour élaborer un premier prototype et le site fut finalement lancé en version bêta à la fin de l’année 2009. Oseo, qui participe au financement, parle d’une “innovation de rupture”.
            
Les fondateurs sont partis du postulat que le projet de création, de partage et d’accès démocratique du Web restait pour le moment inachevé.
             
Même si, à partir des années 2000, les internautes se sont en effet véritablement mis à créer du contenu web, il manque toujours la capacité d’organiser le contenu de manière collaborative. Et pour le moment, le seul ou presque à se charger de l’organisation du Web est Google et son algorithme, qui n’a rien d’humain ni de collaboratif.
             
Pearltrees s’attèle donc à une tâche titanesque mais passionnante : créer une bibliothèque sociale du Web, où chaque internaute peut devenir éditeur et organisateur.
            
POUR BIEN COMMENCER
             
En arrivant sur la page d’accueil, l’internaute se retrouve face à une multitude de petites perles dotées de photos aux noms les plus divers (géographie, Haïti, social business par exemple). Pas de panique, il s’agit simplement des sujets les plus consultés par les internautes sur Pearltrees.
             
Pearltrees se révèle d’ailleurs assez intuitif et facile à prendre en main, passée cette première impression en arrivant sur le site.
             
Pour commencer à utiliser et appréhender correctement l’outil, la création d’un compte est indispensable et se fait à gauche de l’écran. Cela ne prend que quelques minutes, le temps d’entrer son nom, un pseudo et une image.
            
CREER SON ARBRE DES CONNAISSANCES WEB
             
Sur l’écran, on trouve une première perle qui comporte le pseudo et l’image choisis lors de l’inscription.
             
Et c’est à partir de cette première perle, que l’on pourrait qualifier de racine, que l’internaute va construire son arbre, abritant les contenus qu’il croise sur le Web.
             
Par défaut, quelques perles sont déjà reliées à la racine (une aide pour utiliser le service, des vidéos sur Pearltrees et une rubrique “trucs intéressants”), mais elles peuvent être éliminées en un simple glisser/déposer vers la corbeille en bas à droite.
             
Pour ajouter du contenu et des ramifications, chaque internaute dispose de deux éléments : la perle et le pearltree. La perle représente un contenu web (un peu comme une source ajoutée à ses favoris) et le pearltree est une perle qui peut contenir un groupe de perles (à la manière d’un dossier dans lequel on classe ses favoris). Leurs enchaînements et leur nombre est sans limite.
             
Pour créer un nouveau pearltree (c'est-à-dire un nouveau dossier), il suffit de cliquer sur le bouton “nouveau pearltree” en bas à gauche de l’écran et de lui donner un nom. Il s’ajoute alors dans le panier en bas de la page et il ne reste plus qu’à le sélectionner puis le positionner à la place souhaitée sur l’arbre.
             
Pour créer une nouvelle perle, le principe est similaire : on clique sur “nouvelle perle” en bas de l’écran, et l’on entre l’URL de la source que l’on souhaite perler.
            
La perle s’ajoute dans le panier et il ne reste plus qu’à la placer dans son arbre à l’endroit souhaité.
            
Pour éviter le long travail fastidieux qui consiste à copier l’URL d’une source, à se rendre sur Pearltrees, à créer une perle et à choisir son emplacement – processus qui découragerait la majorité des utilisateurs –, il existe un module pearltrees téléchargeable, qui s’ajoute à la barre du navigateur et simplifie considérablement l’ajout de nouveaux contenus.
             
Ce module s’insère juste à gauche de la zone de saisie des URLs et se compose de trois boutons : le premier permet d’ajouter la page ouverte à Pearltrees, le second de choisir l’emplacement de la perle (en choisissant l’un des pearltrees de son arbre ou bien en en créant un nouveau) et le dernier conduit directement vers son compte Pearltrees. Autant dire que ce module est quasiment indispensable.
             
Une fois ces rudiments maîtrisés, l’internaute peut construire très simplement l’arbre qui lui ressemble.
 
Pour illustrer concrètement quel peut être le résultat, nous avons choisi de créer un compte Bases Publications disponible à l’adresse suivante :
             
www.pearltrees.com/basespublications/
             
UNE INNOVATION AU NIVEAU DE LA MISE EN RELATION DES CONTENUS
             
Construire un arbre composé des contenus web rencontrés au cours de sa navigation n’est en soi pas si nouveau.
            
Les services de bookmarking social comme Delicious et Diigo ont une approche similaire, même si leur organisation est linéaire et non arborescente.
             
Mais c’est au niveau de la mise en relation des différents contenus partagés par les internautes que Pearltrees se démarque et propose une solution véritablement innovante.
             
Sur Diigo ou Delicious, la mise en relation s’effectue grâce aux tags. Un internaute intéressé par de nouveaux contenus dans le domaine de la veille consultera les contenus tagués avec le mot-clé “veille”, tout en sachant que ce terme comporte une ambiguïté. Certains internautes en effet tagueront bien des ressources sur le monde de la veille (nouveaux outils, acteurs, réflexions…), quand d’autres au contraire y regrouperont simplement les résultats de leur veille sur un sujet, comme le développement durable en Norvège par exemple.
             
Rechercher des contenus à partir de tags ou mots-clés comporte donc toujours le risque d’avoir de l’information complètement hors-sujet – car les mots peuvent être ambigus –, mais également de passer à côté d’informations très pertinentes, mais taguées avec un autre mot-clé.
            
Pearltrees, quant à lui, n’effectue pas un regroupement textuel lié aux tags ou mots-clé utilisés, mais un regroupement lié aux sources communes (URLs communes) entre les utilisateurs.
             
A côté de chaque pearltree, on peut apercevoir une minuscule perle grisée qui devient bleue lorsque l’on positionne le curseur dessus.
             
En cliquant sur cette perle, une multitude d’autres pearltrees appartenant à d’autres internautes viennent s’agréger autour de son pearltree : plus un pearltree est proche, plus il a de contenu commun avec le sien.
             
Dans l’arbre basespublications par exemple, nous avons créé un pearltree “principaux serveurs / agrégateurs”, qui contient les pages d’accueil des grands serveurs (Dialog, Factiva…).
             
En cliquant sur la micro-perle grisée, de nombreux pearltrees d’autres utilisateurs viennent s’amasser autour du nôtre. Parmi les plus proches, on note la présence de pearltrees en parfaite adéquation avec nos problématiques, nommés “bases de données payantes” ou “veille entreprises”, qui contiennent un recensement de bases de données professionnelles.
             
En cliquant sur l’un des pearltrees, l’internaute peut alors naviguer librement dans l’arbre de cet utilisateur, découvrir d’autres pearltrees proche de celui-ci et naviguer de pearltrees en pearltrees, à la recherche de nouveaux contenus.
             
Si le pearltree d’un autre utilisateur (“bases de données payantes” par exemple) nous intéresse tout particulièrement et qu’on l’on souhaite suivre les derniers ajouts, il suffit de le récupérer (soit en le glissant vers son panier, soit en effectuant un clic droit) et de l’ajouter dans notre propre arbre. Nous serons alors prévenus à chaque fois que le créateur de ce pearltree y ajoutera du contenu.
             
Toujours dans cette veine collaborative, Pearltrees propose également d’autres fonctionnalités intéressantes comme la possibilité de déposer des commentaires sur n’importe quel pearltree et donc d’entrer en relation avec d’autres utilisateurs, de recevoir des notifications lorsque d’autres internautes se connectent à son arbre, l’ajoutent au leur ou perlent des contenus identiques au sien.
             
Pour les inconditionnels de Delicious et de Twitter, Pearltrees a tout prévu en permettant d’importer directement l’ensemble de ses bookmarks Delicious et de se synchroniser avec Twitter (perler les URLs qui ont été twittées et inversement).
             
Pour rechercher d’autre pearltrees, on dispose d’un moteur de recherche en bas de l’écran, où l’on peut entrer un sujet ou un pseudo.
             
Même si cela nous ramène à la traditionnelle recherche par mots-clés, que Pearltrees cherche justement à nous faire dépasser, on pourra utiliser ce moteur dans certains cas bien précis, comme retrouver un utilisateur ou bien, lors d’une première approche d’un sujet, afin d’identifier un premier pearltree pertinent qui permettra ensuite de naviguer d’arbre en arbre.
             
QUELS USAGES POUR LES PROFESSIONNELS DE L’INFORMATION ?
             
Première utilisation possible et visiblement la plus courante : partager publiquement, avec d’autres professionnels, des ressources sur des problématiques communes.
            
Il s’agira tout simplement d’une nouvelle forme de bookmarking social, permettant de visualiser l’information différemment.
             
On pourra par exemple effectuer une veille métier en récupérant les pearltrees d’utilisateurs orientés vers les problématiques de l’information ; on retrouvera d’ailleurs, dans l’arbre basespublications, un pearltree intitulé “quelques pearltrees à consulter”, qui regroupe plusieurs pearltrees intéressants dans ce domaine.
             
Pearltrees peut également avoir un intérêt pour la recherche d’information. Suite à la disparition progressive des annuaires généralistes, qui avaient l’avantage d’organiser humainement (du moins en partie) le Web et d’effectuer une sélection, Pearltrees pourrait bien devenir le Dmoz du 21e siècle, c'est-à-dire un immense annuaire collaboratif.
             
Evidemment, il ne remplacera pas Google, mais il pourra constituer un complément – voire même une alternative – quand Google se révèle inadapté (lorsque les ressources les plus intéressantes sont noyées parmi les autres). On pourra alors se rendre sur Pearltrees, effectuer une recherche par mot-clé dans le moteur, identifier un pearltree qui contient des ressources en lien avec son sujet, rechercher les pearltrees proches et naviguer de l’un à l’autre, pour identifier des sources de références.
             
Pour améliorer le service, il pourrait d’ailleurs être intéressant d’indiquer, à côté de chaque perle, le nombre et éventuellement la liste des utilisateurs ayant également perlé ce contenu, ce qui permettrait d’avoir une idée de sa popularité et de détecter les grandes sources de référence d’un domaine donné.
             
Cette idée pourrait également être appliquée au moteur de recherche, avec l’ajout de la recherche par URL : l’internaute entrerait l’URL d’une source qu’il juge intéressante et obtiendrait la liste des pearltrees qui la contienne, ce qui lui donnerait une indication sur sa popularité et lui permettrait d’identifier rapidement des pearltrees en lien avec la thématique de sa recherche, sans être limité par les ambiguïtés qui découlent d’une recherche par mot-clé.
            
Pour le moment, il n’est pas véritablement envisageable pour les entreprises d’utiliser Pearltrees pour diffuser et partager des informations en interne, car l’outil est totalement public. Cependant, son fondateur n’exclut pas de créer à l’avenir une version privée à destination des entreprises. Les potentialités seraient alors nombreuses : création d’un bookmark interne pour guider les salariés vers les ressources de référence dans certains domaines, identification des personnes s’intéressant aux même problématiques que les siennes au sein de l’entreprise (surtout pour les très grandes entreprises, où les salariés sont dispersés aux quatre coins du monde), partage des résultats d’une veille, etc.
             
Pearltrees est donc un outil passionnant qui devrait continuer à faire parler de lui au cours des prochaines années.
             
Certes, nombre de ces ressources concernent des thématiques proches du Web et des nouvelles technologies, ce qui n’a rien de très surprenant. Les signets concernant l’agriculture ou la biochimie par exemple sont en revanche nettement plus limités...
             
Mais c’est le cheminement normal de tout nouveau service Web, adopté en premier lieu par des inconditionnels du Web puis progressivement par le reste des internautes. Twitter, Wikipédia et bien d’autres sont passés par là. Il ne reste donc plus qu’à espérer que le nombre d’utilisateurs continuera de croître et que les lecteurs de Netsources tireront partie de ses nombreuses potentialités.
             
POUR INFO
 
www.pearltrees.com
 
 
Carole Barthole
Publié dans le n°84 de Netsources (Janvier/Février 2010)
 
 

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