Identifier des dirigeants sur internet : la tactique d'un chasseur de tête

Le blog Outils Froids (www.outilsfroids.net), animé par Christophe Deschamps, est incontestablement une source de référence dans le domaine de “la veille, l’intelligence économique, l’organisation personnelle et le Web 2.0”, et l’on y découvre régulièrement des pépites, dont nous nous faisons d’ailleurs souvent l’écho dans nos colonnes. Le 11 juillet dernier, on y trouvait un article rédigé par Marc Andouche, chargé d’informations pour un cabinet de chasseurs de têtes, qui présentait sa méthodologie pour identifier des dirigeants dans un domaine. Nous avons pensé que la méthode présentée était susceptible d’intéresser les lecteurs de Netsources, et nous remercions vivement Marc Andouche et Christophe Deschamps de nous avoir autorisé à reproduire cet article, qui a été légèrement modifié par rapport à sa version web.

         
Comme dans d’autres secteurs, Internet a modifié les habitudes de travail dans le monde de la chasse de têtes. Avant l’arrivée du Net, les moyens d’identifier les dirigeants étaient la lecture des annuaires professionnels ou des anciens de grandes écoles, la pige de la presse spécialisée, l’interrogation des bases de données économiques et financières, les enquêtes téléphoniques auprès des sociétés et l’utilisation du réseau de connaissances du cabinet.
            
Internet – grâce aux réseaux sociaux notamment – a permis d’agrandir le “terrain de chasse” des recruteurs. L’augmentation et la variété des sources d’informations permettent ainsi de repérer davantage de cadres-dirigeants, mais également de collecter plus d’informations professionnelles sur eux et leurs sociétés.
            
Il est néanmoins nécessaire d’adopter une méthode pour gérer la surabondance d’informations que l’on peut obtenir lors d’une recherche sur un dirigeant.
           
La recherche de cadres dirigeants commence ainsi généralement par l’élaboration d’une liste de sociétés cibles, dans lesquelles il s’agira d’identifier les profils intéressants, via des sources comme les réseaux professionnels (remarque : la recherche d’experts dans un domaine s’effectuera de manière différente).
             
Mais on est dès le départ confronté à un problème de surabondance : la recherche, dans LinkedIn ou Viadeo par exemple, du responsable marketing d’une grande société – comme Danone ou L’Oréal – identifiera plusieurs centaines de noms, à des niveaux de responsabilité variable et dans des filiales différentes.
             
Pour s’en sortir, l’idéal est donc de connaître à l’avance l’organisation par filiales de la société et d’en avoir établi un plan annoté, par performances et chiffres clés. Celui-ci permettra de savoir où chercher, de placer rapidement un profil identifié au sein de la structure et de savoir s’il est probable que ce profil corresponde ou non aux besoins.
             
Pour découvrir l’organisation structurelle d’une société, on peut généralement se contenter des informations contenues dans le site officiel ou dans le rapport annuel.
             
D’autres sources d’information permettent d’affiner ce plan, comme les communiqués de presse des nominations des dirigeants, ou encore les CV  ou profils des réseaux en ligne des employés de la société.
            
La description de l’activité professionnelle du cadre – qu’il convient de recouper avec d’autres sources – contient souvent des éléments, qui sont suffisants pour déduire l’organisation de la société.
             
On voit tout l’intérêt de travailler en même temps sur l’identification des dirigeants et sur l’organisation du groupe, la recherche d’informations sur l’un alimentant l’autre.
             
Pour construire rapidement des organigrammes susceptibles d’être régulièrement modifiés suivant le flux d’informations, on pourra utiliser les logiciels de mind-mapping, qui sont des outils tout indiqués grâce à leur facilité et rapidité d’utilisation.
            
On citera par exemple Freemind (http://freemind.sourceforge.net/), Xmind (http://www.xmind.net/) ou Mindmeister (http://www.mindmeister.com/)
            
Une fois terminée la carte simplifiée de la société – elle représente en quelque sorte le filet qui gardera ou non les noms récoltés, voir exemple ci-dessous –, on pourra s’intéresser aux informations recherchées pour établir le profil d’un cadre dirigeant. Pour cela, il faudra réunir son titre et ses responsabilités exactes, son périmètre d’action, son background (expériences antérieures, formations), sa localisation géographique et les moyens de le contacter.
             
Ces informations peuvent être récoltées en utilisant plusieurs sources, la préférence allant, pour des raisons de rapidité, vers celles qui rassemblent le maximum de ces renseignements. Les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn ou Viadeo ont l’avantage de proposer toutes ces données.
            
Mais une source d’information est également jugée – si on laisse de côté son coût – par sa couverture et les critères de recherche qu’elle propose : quel est le niveau de management des profils présents dans la base (Top management, Middle management, etc.), le secteur des sociétés, leur taille et leur implantation (France, international).
            
On conseillera donc d’utiliser, autant que faire se peut, une source qui corresponde le plus précisément possible au périmètre de recherche. Si l’on cherche par exemple des membres de comités exécutifs, on se concentrera sur des sources qui offrent essentiellement des profils de haut management ; or, ce type de profil est plus rare dans les réseaux sociaux et peut être noyé dans la masse, les identifier peut alors faire perdre un temps précieux.
             
On se dirigera donc ici en priorité vers une autre source quitte, une fois qu’un nom a été identifié, à revenir vers les réseaux sociaux pour trouver plus d’informations sur cette personne.
            
On trouvera dans l’encadré page suivante un rapide panorama des sources d’information permettant d’obtenir des renseignements sur les dirigeants et les organigrammes d’entreprises.
             
Ces diverses sources couvrent des périmètres différents et permettront de comparer et de valider les informations qui seront utiles pour “profiler” un dirigeant et également sa société.
             
Cependant, cette abondance de sources d’information ne doit pas entraîner l’abandon des anciennes méthodes, à savoir les enquêtes téléphoniques dans les sociétés, l’utilisation du réseau professionnel “réel” et bien sûr l’entretien avec le candidat identifié, pour obtenir des informations plus informelles qui sont souvent les plus pertinentes. 

La récolte préalable des informations sur Internet permet néanmoins de mieux cibler à la fois ses interlocuteurs et ses questions, et d’obtenir ainsi de meilleurs résultats.
             
Pour conclure, que doit en déduire un cadre qui veut se faire chasser : être présent sur les réseaux sociaux est bien sûr loin d’être négligeable.
           
Ensuite, si le niveau du poste le permet, avoir son profil sur le site de sa société ou avoir bénéficié d’un communiqué de presse à son arrivée est un réel bénéfice, tout comme être cité dans la presse.
           
Ne pas négliger également le Web invisible, en étant d’abord présent sur les sites des annuaires d’écoles – il suffit souvent de renouveler simplement sa cotisation –, puis vérifier si l’on figure dans les principales bases de données biographiques et économiques de son secteur.
             
Enfin, il ne faut (toujours) pas négliger la vraie vie en étant reconnu de ses collègues et partenaires, et vérifier que la standardiste connaisse bien votre nom et votre fonction.
             
PETIT PANORAMA DES SOURCES D’INFORMATIONS SUR LES DIRIGEANTS ET ORGANIGRAMMES D’ENTREPRISES
             
• Les banques de CV en ligne des sites de recrutements (Apec, Cadremploi) ou des nouveaux acteurs qui apparaissent (Easy-Cv, Doyoubuzz), qui ont souvent les mêmes avantages et inconvénients que les réseaux sociaux ;
             
• Les bases de données économiques et biographiques : elles enquêtent auprès des sociétés pour reconstituer les organigrammes et/ou rassemblent les nominations publiées par les entreprises.
             
Une des plus complètes en France est Nomination (http://www.nomination.fr/), qui se fait l’intermédiaire entre les sociétés et la presse pour diffuser les nominations. La société propose également aux cadres de diffuser eux-mêmes leurs propres mouvements et complète sa base avec les informations obtenues par ses propres chargés de recherche ; la base rassemble des profils top et middle management.
            
Executives (http://www.executives.com.fr/) fonctionne à peu près sur le même modèle, avec moins de moyens.
            
 Les éditeurs de presse proposent le même service : L’Agefi avec le Guide des Etats Majors (http://www.agefi.fr/etats-majors/) ou Newzy (http://www.newzyexecutive.fr/) et son Guide du Haut Management.
            
 Kompass diffuse les organigrammes de sociétés de toutes tailles.
             
N’oublions pas le plus célèbre : le Who’s Who (http://www.whoswho.fr), volontairement élitiste et pas uniquement dédié au monde du business.
             
A l’international, Hoovers (http://www.hoovers.com) propose informations sur les sociétés et biographies sur leurs principaux dirigeants.
             
The Official Board (http://www.theofficialboard.com/), créé par un français, ne fournit pas d’informations biographiques mais donne les liens hiérarchiques entre les dirigeants. Boardex (http://www.boardex.com/), un site anglais, donne essentiellement des informations sur les membres de conseil d’administration et des comités exécutifs des groupes européens et nord-américains.
            
Nous pourrions encore allonger la liste avec les annuaires spécialisés, publiés en général par les éditeurs de presse spécialisée (Annuaires de la Finance de l’Agefi, Biographies de la Société Générale de Presse spécialisée dans le monde la presse, etc.)
             
• Les annuaires de grandes écoles sont le plus souvent en ligne, bien qu’ils soient en général réservés aux anciens élèves. Des bases de données réunissent cependant les données contenues dans ces annuaires. C’est le cas notamment d’EasySearch (http://www.easysearch.biz/) et Alinea (http://www.alinea.net/), qui ont l’avantage de disposer de beaucoup plus de critères de recherche que les versions en ligne des annuaires, mais ont le désavantage d’être moins à jour.
             
• Certaines banques de données des grands serveurs proposent des fonctionnalités de recherche biographiques, parmi lesquelles Lexis Nexis Business (http://www.lexisnexis.fr/solutions/inforecherche/lexisnexis/index.html), Dow Jones Companies & Executives (http://www.dowjones.com/product-djce.asp) et EDD (http://pressedd.fr), qui offre notamment les biographies SGP, Top Management France et Europe et le Who’s Who..
             
• La presse spécialisée est également une source intéressante, avec les rubriques Nominations, Carnets mais aussi Portraits ou Entretiens, sans oublier les interviews de dirigeants dans les articles. Une bonne requête permettra d’identifier ces articles dans les banques de données presse ou les archives en ligne des revues.
             
• Certaines sources font preuve d’originalité : aux Etats-Unis, le site Card Browser (http://cardbrowser.com/) numérise et met en ligne les cartes de visite récoltées lors de salons dédiés aux nouvelles technologies et à la biotechnologie. Cardbrowser offre une information plus limitée, mais plus sûre que des sites comme Jigsaw (www.jigsaw.com), fonctionnant sur le principe du wiki.
            
• Enfin, il reste également les moteurs de recherche spécialisés dans la recherche de personnes, qui réunissent automatiquement les informations tant professionnelles que personnelles présentes sur Internet ; leurs algorithmes de recherche donnent des résultats intéressants mais quelquefois surprenants. On mettra en avant deux acteurs : 123people et Zoominfo, beaucoup plus centrés sur les informations professionnelles.
             
L’AUTEUR
             
Agé de 35 ans, Marc Andouche dispose d'une double formation en sciences de l'information et en économie. Il a commencé sa carrière en participant à l'élaboration des outils de recherche d'un célèbre portail Internet. Il rejoint en 2003 un cabinet de chasseurs de têtes spécialisé dans le recrutement de hauts dirigeants afin d'y développer de nouvelles techniques de recherche utilisant toutes les possibilités du Web et des nouvelles technologies.
             
andouche@gmail.com

Marc Andouche
Publié dans le n°86 de Netsources (Mai/Juin 2010)

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