Les premiers pas de la plateforme Proquest Dialog

Il y avait bien longtemps que Dialog n’avait pas eu un propriétaire qui s’intéresse vraiment à son développement, réfléchisse à une approche stratégique globale et … investisse pour la concrétiser.         
Les quelques nouvelles interfaces proposées ces dernières années par Dialog n’étaient en effet que des habillages web de l’existant, lequel a quand même été la base de Dialog pendant près de 40 ans, ce qui illustre la qualité du produit lancé à l’origine.
 
Proquest a entamé sa réflexion sur le nouveau Dialog à la fois parce qu’il était en train de concevoir la nouvelle plateforme Proquest, mais également parce que, nécessité faisant loi, la plateforme actuelle appartient à Thomson (l’ancien propriétaire de Dialog) et que Proquest s’était donc engagé à la quitter à terme.
             
Outre la “mise aux normes” de Dialog aux nouveaux standards des interfaces que l’on trouve sur le Web ou qui sont proposées par des systèmes tels que Factiva ou Scopus, la définition des fonctionnalités de la nouvelle plateforme a été l’occasion d’une réflexion stratégique sur le positionnement de Dialog et le profil de ses différentes catégories de clients.
             
La première décision a été d’abandonner la coexistence de deux plateformes, celle de Dialog et celle de DataStar. Imaginée depuis longtemps (Knight Ridder, propriétaire de Dialog depuis 1988, avait racheté DataStar en mars 1993), cette fusion n’avait jamais été réalisée. 
 
Dan Wagner, un temps propriétaire des serveurs Dialog et DataStar, avait battu en retraite après avoir essayé de mettre une interface “simplifiée” de DataStar sur Dialog (Dan Wagner avait racheté l’ensemble en 1997, avant d’être contraint en 2000 de le revendre à Thomson).
             
Le regroupement a la vertu évidente d’éviter de charger de nombreuses bases sur les deux serveurs à la fois.
             
Reste à voir, pas avant mi-2011, ce que penseront les utilisateurs professionnels de l’un et de l’autre lorsque la plateforme offrira, on l’espère, toutes les fonctionnalités des deux serveurs.
            
Cette opération est délicate dans la mesure où les langages d’interrogation de Dialog et de DataStar ne sont pas identiques.
            
D’ici là – et en tout cas pour la première version – sont visés les utilisateurs finaux dans le domaine pharmaceutique et biomédical, ce qui est l’une des cibles les plus évidentes et sans doute la plus large, comme l’a aussi constaté Elsevier pour définir la première version de Sciverse.
            
Quelle réflexion stratégique a sous-tendu les évolutions de Dialog ?
           
Dialog se positionne sur le cycle entier de l’innovation, grâce à la variété de ses contenus, comme on le voit dans le schéma ci-dessous.
             
La première étape est la découverte faite par des scientifiques et des ingénieurs, qui font des avancées en recherche et développement et inventent des concepts de produits.
            
Ils utilisent les nombreuses banques de données scientifiques et techniques de Dialog.
             
A l’étape suivante, les juristes valident la nouveauté du concept et sa brevetabilité, grâce à la collection disponible de bases brevets et marques.
             
Et enfin, les services marketing et business intelligence suivent les concurrents et les marchés, grâce aux banques de données presse et technico-économique (Promt, Business & Industry, ABI/Inform, etc.).
             
On notera que Dialog reste le seul serveur sur le marché à pouvoir offrir des banques de données pertinentes à ces trois types d’utilisateurs, confirmant ainsi son positionnement, déjà très ancien, de “supermarché de l’information”, à l’opposé de services spécialisés dans les brevets tel que TotalPatent, dans la littérature scientifique tel que Scopus ou dans les news tel que Factiva.
            
On remarquera que, dans ce schéma et comme pour Sciverse – qui a été lancé sensiblement au même moment –, les professionnels de l’information sont avant tout des gestionnaires des besoins en information des entreprises et ont pour mission de fournir aux professionnels de l’entreprise les meilleures sources et les meilleurs outils.
             
On voit (heureusement !) que dans la définition des différents profils d’utilisateurs de Dialog identifiés par Proquest, les professionnels de l’information ont aussi pour mission de s’occuper des recherches complexes et de gérer un grand nombre d’alertes.
            
CINQ PROFILS D’UTILISATEURS
             
Pour faciliter la réflexion, Dialog a, en effet, défini cinq profils-types d’utilisateurs.
            
La professionnelle de l’information mentionnée plus haut s’appelle DI. C’est une “Information Scientist” dans une grande société industrielle. Elle travaille dans cette société depuis 20 ans, mais a vu partir de nombreux collègues, en retraite ou licenciés.
             
Elle est très performante pour des recherches sur les services traditionnels, mais aussi sur les services internet gratuits.
             
Elle est membre très active de la SLA (Special Librairies Association)  de longue date et utilise depuis 30 ans les serveurs comme Dialog, DataStar et STN, dans leur version avec toutes les commandes en direct.
             
Quatre autres profils ont été définis que nous ne détaillerons pas.
            
Vincent, qui est conseil en brevet dans un cabinet spécialisé, effectue lui-même les recherches simples et s’adresse à un professionnel de l’information pour les recherches complexes.
             
Nicole est responsable de la “Market Intelligence” dans une grande société du secteur des biens de consommations. Après une formation en sciences de l’information, elle a obtenu un MBA.
            
Lei est une jeune ingénieur chinoise (ajoutée récemment au panel) dans le domaine des télécommunications, qui utilise beaucoup Baidu, le moteur chinois de recherche sur le Web.
             
Et enfin, Torsten est un chercheur dans une grande société pharmaceutique.
            
C’est à lui qu’est destinée cette première version de Proquest Dialog.
            
Ce nouveau service regroupe 14 banques de données supposées être intéressantes pour les chercheurs dans le domaine pharmaceutique et biomé-dical : Medline, Embase, Biosis Previews, Scisearch, CAB Abstracts, Current Contents Search, Derwent Drug File, International Pharmaceutical Abstracts, Pascal, Promt, IMS R&D Focus, Pharmaprojects, Pharmaceutical & Health Industry Newsletter (cette base n’est actuellement accessible sur Dialog et DataStar qu’aux utilisateurs ayant pris une licence spéciale) et Adis Reaction Database (qui n’est disponible que sur DataStar et pas sur Dialog).
            
Sauf la dernière donc, elles sont à la fois sur Dialog et DataStar.
             
Pour le moment, ces bases ne sont accessibles sur la nouvelle plateforme que sous la forme d’un abonnement avec consommation illimitée.
             
Les formules de facturation à la consommation seront intro-duites plus tard, ainsi que d’autres bases et d’autres fonctionnalités ; des contenus de Proquest qui ne sont, pour le moment, disponibles ni sur Dialog, ni sur DataStar, devraient en principe être aussi ajoutés.
             
On notera que le choix des bases, même s’il est destiné à une clientèle relativement ciblée, est quelque peu hétérogène.
           
A côté de bases scientifiques spécialisées comme Medline, Embase ou Biosis, on trouve des bases généralistes comme Pascal et Scisearch et même Promt, qui est technico-économique.
             
On peut chercher dans une ou plusieurs bases ou l’ensemble, soit 26 bases car, parmi les 14, plusieurs sont découpées en plusieurs sous-bases.
 
On dispose d’une recherche simple (Basic Search), avec une boîte dans laquelle on peut entrer un ou plusieurs mots. Comme dans Google, à mesure que l’on tape les caractères du mot, le système propose différents termes ou expressions. Par exemple, “biomass” propose évidemment “biomass” mais aussi “active biomass” ou “biomass and fuel”.
             
On peut aussi utiliser des guillemets et les opérateurs NEAR, PRE, NOT, AND et OR dans cet ordre d’exécution, AND étant l’opérateur implicite. Les pluriels sont implicites, de même que l’équivalence des termes anglais/américains, options déjà disponibles sur STN si on les active. Il y a aussi une prise en compte automatique des synonymes, mais nous n’avons pas pu la tester.
             
Par défaut, les résultats sont classés par pertinence en utilisant le système de moteur de recherche FAST, ce qui permet, au passage, d’éliminer l’essentiel des doublons.
             
Si on va à la page “Recherches récentes”, on peut combiner ces recherches entre elles ou avec un terme en utilisant les opérateurs booléens.
           
Les résultats apparaissent avec le titre, la source, la date et des extraits de l’abstract ; les mots de recherche sont surlignés, sauf évidemment s’ils ne figurent que dans le titre et sauf, semble-t-il, pour les “scholarly journals”. Une petite figure indique à quelle catégorie appartient la source : trade journals, wire feeds, newspapers ou scholarly journals. D’autres catégories seront ajoutées par la suite.
             
Sur la droite de l’écran, on peut modifier l’ordre de classement des documents ou restreindre les résultats par sources, types de document, etc., ce qui revient à utiliser une fonctionnalité qui ressemble beaucoup à la commande Rank.
             
On dispose de différents types de visualisation accessibles d’un clic : citation (citation/résumé pour les scholarly journals) ou texte intégral – le cas échéant – et preview.
             
Une traduction à la volée est disponible de l’anglais vers 13 langues dont le français et d’autres langues classiques, mais aussi le russe ou le coréen. Un rapide test nous a montré que cette traduction était de qualité très moyenne mais, et c’est évidemment un des buts, elle donne une idée générale de l’article.
             
Enfin, lorsque l’on visualise un document, on trouve sur la droite de l’écran une série de propositions d’articles pouvant présenter un intérêt, parce que proche des résultats obtenus.
             
En visualisant des références bibliographiques de Pascal et de Scisearch, nous avons remarqué une grande différence de présentation par rapport à Dialog et quelques ajouts pour l’indexation dans Pascal, par exemple la traduction des codes et un lien vers Cat.inist ou l’éditeur pour commander les documents. En revanche, les numéros de références sont différents de ceux de Dialog.
            
On dispose aussi d’une recherche avancée avec différentes zones de saisie reliées par des opérateurs et avec le choix du/des champs de recherche.
             
On peut limiter la recherche de quantité de façons, sur les sujets, les auteurs, les affiliations, le type de document, la langue, ou utiliser un thésaurus ; dans ce cas, la recherche sera limitée à la base à laquelle est lié le thésaurus.
             
On remarquera que la troncature illimitée n’est pas plus le ? de Dialog que le $ de DataStar mais le *, qui est devenu une norme de fait.
             
Cette troncature est maintenant disponible à droite comme à gauche ; le ? quant à lui est un masque d’un caractère.
            
Dans la mesure où il ne s’agit que d’une toute première étape dans la construction du nouveau Dialog, nous n’entrerons pas plus dans les détails. Signalons juste encore que “Your account” permet de créer un espace personnel, dans lequel on peut effectuer de nombreuses tâches de gestion.
             
D’autres modes de recherche seront ajoutés au fil des mises à jour : Command line, Look up citation et Find similar.
            
On peut dire qu’avec cette première présentation plus qu’honorable de son nouveau produit, Dialog entre dans “l’ère moderne” avec quantité de fonctionnalités, devenues classiques sinon banales sur de nombreux autres systèmes (on pense beaucoup à Scopus, par exemple).
             
Il faudra cependant attendre encore plusieurs mois pour vérifier que la valeur ajoutée spécifique de Dialogque nous connaissons, se retrouve dans cette nouvelle plateforme.
             
Une nouvelle version  est prévue en décembre et fera l’objet d’une présentation au Online Information de Londres.

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