Microsoft lance la version officielle de Bing.fr

Lancé par Microsoft, le moteur de recherche Bing a vu le jour en juin 2009, en lieu et place du moteur Live Search ; la société souhaitait en effet pouvoir communiquer avec des marques distinctes sur ses différents services, à savoir Bing  pour ce qui concernait la recherche sur le Web ; Live, pour les outils de communication Windows Live (Messenger, Hotmail…) et MSN pour le portail grand public et ses services en ligne (actualité, météo…).
           
Si le «nouveau Bing» utilisait la technologie et l’index de Live, un certain nombre d’améliorations avaient été apportées sur la version américaine, parmi lesquelles on citera :
             
- la clustérisation des résultats en dossiers, réalisée grâce à l’intégration de la technologie de Powerset, moteur de recherche en langage naturel racheté en 2008 ;
            
- l’intégration de résultats fournis par le moteur de connaissances Wolfram Alpha, pour des requêtes dans le domaine scientifique ;
 
- la mise en place d’outils «d’aide à la décision», proposant par exemple des conseils en matière de date d’achat de billets d’avion ;
            
- l’ajout de «réponses instantanées», s’affichant automatiquement en haut de la liste des résultats, notamment dans des catégories comme la conversion, la recherche d’hôtels ou de billets d’avion, les calculs mathématiques ou les prévisions météo ;
             
- l’ajout d’un module «réseaux sociaux» (www.bing.com/social), affichant en temps réel des données issues de Facebook et de Twitter...
            
La version française en revanche n’était jusqu’ici qu’une version «relookée» de Live Search, et faisait pâle figure comparée à sa sœur américaine.
           
Après avoir amélioré peu à peu la pertinence de Bing.fr, Microsoft a organisé le 1er mars 2011, en compagnie de Yahoo! France, une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé que l’interface française quittait officiellement sa phase «bêta».
            
L’ambition de Microsoft est que Bing séduise les 50 % d’internautes qui sont insatisfaits des résultats de leurs requêtes et qui passent trop de temps à rechercher l’information. Il essaie donc d’anticiper les intentions de l’utilisateur, afin de lui présenter, en un minimum de clics, l’information qui l’aidera à prendre sa décision.
            
Pour ce faire, Microsoft s’appuie sur deux points fondamentaux :
            
Le premier est lié à l’interface et à la présentation des résultats. La nouvelle version offre une logique de navigation par le contenu, grâce à une interface très visuelle, simple et intuitive.
             
Partant du principe que l’image est clé dans la recherche d’information, Bing.fr propose plusieurs innovations autour des photos et vidéos :
            
- la technologie Visual Search, lancée en septembre 2009 aux Etats-Unis, a été intégrée à l’interface française et offre la possibilité de naviguer dans des collections de galeries de vignettes, sur des thématiques spécifiques.
             
16 galeries sont déjà disponibles (www.bing.fr/visualsearch), parmi lesquelles la recherche de livres et d’auteurs célèbres (à travers les collections libres de droit de Gallica), les meilleurs films (avec les affiches de cinéma d’Allociné), sans oublier des galeries plus «commerciales» comme les bijoux, les sacs à main, les robes...
            
 
- quelle que soit la nature de la recherche, Bing propose systématiquement des résultats sous forme d’images et de vidéos qui s’animent sans clic, par simple survol de la vignette avec la souris ;
             
- les résultats d’images sont présentés en une seule page, grâce à une technologie permettant de scroller à l’infini, sans jamais changer de page.
             
Si les questions «simples» obtiennent fréquemment des images dans les résultats, l’interface se montre en revanche très classique lorsque les recherches sont plus pointues ; elle affiche alors dans la partie centrale la liste des réponses issues du Web avec, pour chaque page identifiée, son titre, un extrait pertinent et son URL.
            
En glissant le curseur sur la droite du résultat, on ouvre une fenêtre proposant des informations complémentaires et un lien vers la version Cache ; contrairement à la version internationale, il n’est pas offert ici de publier ces informations sur Facebook ou Twitter…
            
Le seconde nouveauté, sans doute la plus importante, est que Bing s’appuie désormais sur la pertinence de résultats «locaux», fournis notamment par des éditeurs de contenus français.
             
Lors de la conférence de presse, Microsoft a annoncé des partenariats  avec des acteurs reconnus, qui lui permettent d’offrir en bonne place des informations issues de sources fiables et notamment de banques de données, appartenant théoriquement au Web invisible.
             
Des accords particuliers ont ainsi été signés avec :
            
- la BnF : l’accord signé en octobre 2010 vise à mieux indexer et à mettre en valeur de façon spécifique les contenus libres de droit de la bibliothèque numérique Gallica.
             
Près d’1,3 million d’ouvrages culturels français sont déjà référencés et mis en valeur dans les résultats de Bing ;
            
- PagesJaunes : l’accord avec PagesJaune a pour objectif d’offrir à l’internaute des résultats de recherche locale, émanant du contenu des Pages Jaunes.                                             
 
Concrètement, lorsque l’internaute recherche des professionnels dans une ville donnée (libraires dijon par exemple), Bing  lui fournit directement des réponses émanant des PagesJaunes, localisées sur une carte. En complément du lien vers le site de l’entreprise, Bing affiche le plus souvent ses coordonnées postales et téléphoniques, ses horaires d’ouverture, etc.
            
On retrouve ici le type d’information qu’affiche de plus en plus souvent Google, avec des extraits de cartes de Google Maps ; Google va d’ailleurs plus loin dans le procédé puisqu’il localise automatique-ment l’utilisateur – même si celui-ci n’est pas «logué» – et qu’il affiche directement des résultats proche de chez lui, si aucun nom de ville n’a été précisé...
            
Mais le partenariat avec PagesJaunes  ne s’arrête pas à l’indexation des données de l’annuaire ; il repose aussi sur la commercialisation par PagesJaunes des solutions Microsoft AdCenter (la plateforme publicitaire de liens sponsorisés), auprès de son portefeuille de 700 000 annonceurs.
            
- un troisième partenariat d’envergure a été annoncé par Microsoft et devrait être actif dans quelques semaines. Il concerne cette fois-ci le GIE e-Presse, un groupement d’intérêt économique qui rassemble de grands titres de la presse comme  Les Echos, Le Parisien, L’Equipe, Libération, L’Express, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Point…
             
Aux termes de cet accord – non exclusif –, Microsoft indexera spécifiquement les contenus édités par le GIE et leur assurera une bonne visibilité, depuis une recherche sur le Web. L’algorithme privilégiera les informations inédites et récentes.
             
Contrairement à Google qui a toujours refusé de reverser des royalties aux titres de presse, Microsoft a annoncé que les journaux toucheraient leur part des recettes publicitaires, «de manière équilibrée».
             
Parmi les autres partenariats signalés par Microsoft, on citera celui avec Allociné – la banque de données dédiée au cinéma –, qui permet aux utilisateurs de Bing de retrouver des films en naviguant depuis la galerie des affiches, mais aussi d’obtenir directement les prochaines séances d’un film dans un lieu donné (ex.: black swan paris 13). 
 
             
On n’oubliera pas enfin l’accord avec la DGME (Direction générale de modernisation de l’Etat), qui favorise le référencement des sites de l’Etat dans les pages de Bing.fr...
             
Si les nombreux partenariats avec des acteurs de référence permettent indiscutablement à Bing d’offrir des résultats «de qualité», il ne faudrait pas pour autant – Bing assure que ce ne sera pas le cas – que ces sources soient systématiquement mises en avant, au détriment d’autres sources plus pertinentes pour certaines questions, mais moins connues...
            
DES POSSIBILITES DE RECHERCHES DISCRETES
            
Pour adopter une présentation «à la Google» et en même temps s’en différencier, Bing a choisi une interface très sobre, avec pour fond une grande photographie qui change tous les jours.
             
En glissant le curseur sur la photographie, on fait apparaître de petits carrés qui sont autant de questions ou de commentaires concernant l’image et qui sont assortis d’un lien vers la réponse, obtenue sur l’un des modules de Bing (images, Web, cartes…).
             
La société étudie d’autre part les possibilités d’améliorer encore cette présentation, en offrant par exemple une page d’accueil animée, tirant parti des fonctionnalités d’IE9 et d’HTML5.
             
Outre le logo et la zone de saisie, la page d’accueil offre des liens vers les principaux modules de recherche, à savoir Web (par défaut), Images, Vidéos, Shopping, Actualités, Cartes, etc.
          
Ces liens sont au-dessus de la zone de saisie dans la version française et sur la gauche de l’écran sur la version internationale.
            
L’interface de Bing est claire et agréable et son algorithme de classement nous semble aussi efficace que celui de Google. Mais le «nouveau Bing» semble surtout destiné à l’utilisateur final, qui se contente des premières réponses.
             
Celles-ci sont effectivement pertinentes, puisqu’une recherche sur George Sand affiche par exemple la galerie des livres numérisés de Gallica, que l’on peut explorer les affiches d’Allociné de façon visuelle si l’on souhaite repérer les meilleurs films, ou encore que l’on obtient directement les résultats du dernier tirage – et non un lien vers le site officiel – lors d’une requête avec le mot loto.
             
Mais les fonctionnalités de recherche mises en avant par Bing.fr sembleront peut-être trop basiques aux professionnels de l’information. La grille de recherche avancée en particulier est pour le moins succincte et ne propose pas de restreindre la requête aux titres ou aux URLs des pages.
             
Pourtant, en explorant l’aide en ligne, on peut découvrir une page qui décrit des opérateurs originaux, tels que feed: pour identifier des flux RSS, prefer: pour mettre l’accent sur un terme, etc. (http://goo.gl/ipd5C).
            
Cependant, lors de nos tests sur la nouvelle version de Bing.fr, plusieurs de ces filtres n’étaient pas opérationnels depuis la France ; ce dysfonctionnement est paraît-il provisoire.
            
A l’inverse, la recherche de backlinks (identification des liens pointant vers une page ou un site) a été semble-t-il «rétablie», sans que nous ayons pu en trouver la mention quelque part.
             
Des échanges par mail avec les équipes en charge du produit aux Etats-Unis nous ont  en effet permis de découvrir que la recherche de backlinks fonctionnait sur Bing – elle avait été supprimée il y a quelques années pour éviter le spam –, mais que la syntaxe avait été changée.
             
Il est désormais nécessaire de mettre un espace entre l’opérateur link: (ou linkdomain:) et l’URL de la page ou du site, ce qui est loin d’être intuitif !
             
Cette recherche de backlinks peut être combinée avec une autre requête ; pour identifier par exemple les liens pointant vers le site de la BnF, émanant de sites universitaires américains, on écrira : linkdomain: bnf.fr site:edu
             
Cette nouvelle réjouira particulièrement les webmasters qui s’inquiètent du devenir de l’outil Yahoo! Site Explorer ; l’avenir de ce service est en effet incertain puisque Yahoo! doit «switcher» d’ici peu sur la technologie de Bing.
            
BING ET YAHOO!, C’EST POUR BIENTOT
            
 Pour contrer Google, Yahoo! et Microsoft ont signé en juillet 2009 un accord, aux termes duquel le moteur Yahoo! va abandonner sa technologie de recherche pour utiliser celle de Bing.
             
L’intégration de la technologie de Bing sur Yahoo! est d’ores et déjà effective aux Etats-Unis et au Canada notamment depuis août 2010, et devrait avoir lieu en France dans les mois qui viennent.
             
Outre l’utilisation d’une même technologie de recherche, les deux moteurs comptent mettre en commun leurs forces de vente et commercialiser ensemble la solution Microsoft AdCenter, à travers la «Search Alliance». Yahoo! assurera la régie auprès des annonceurs et agences grands comptes, quand Microsoft se chargera de la commercialisation auprès des PME.
            
Lors d’une recherche sur Bing et sur Yahoo!, le classement des liens sponsorisés et des résultats «moteurs » – issus de l’index de Bing – sera donc strictement le même. Mais pour autant, chaque société gèrera en toute indépendance ses produits et services et les deux moteurs resteront concurrents. Les deux sociétés enrichiront, chacune à leur manière, l’expérience de recherche de leurs utilisateurs, noueront des partenariats, etc.
             
Au final, Microsoft met tout en œuvre pour se positionner comme «l’alternative à Google». Certes, la nouvelle version de Bing semble séduire outre-Atlantique, puisque les parts de marché de ce moteur ont atteint 12,8 % en janvier 2011, quand elles étaient de 11,3 % un an plus tôt.
             
Si l’on intègre à ces chiffres les parts de Yahoo!, qui utilise la technologie de Bing, on arrive à 20,2% pour le couple Yahoo!-Bing aux Etats-Unis en janvier 2011, contre 64,6% pour Google...
           
Mais la situation est bien différente en France, et le défi de Bing y est sans commune mesure. Le couple Yahoo!-Bing ne représentait en effet, en janvier 2011 que ... 4,9% de parts de marché (dont 3,4% pour Bing), quand Google en détenait 91,5 %.
            
Il est peu probable que la nouvelle version de Bing renverse la tendance ...                                   
D’autant que si elle peut séduire une population jeune et plutôt néophyte, les professionnels de l’information risquent de la trouver un peu trop «basique» à leur goût.
             
POUR OPTIMISER SA RECHERCHE SUR BING
             
Opérateurs booléens
             
L’opérateur AND est utilisé implicitement ; sinon, il est possible d’employer OR (en majuscules et avec des parenthèses de chaque côté des mots qui l’entourent) et NOT. Le symbole – écrit devant un mot demande l’absence obligatoire du mot, quand le symbole + exige la recherche sur le terme exact.
           
Opérateur de proximité
             
Bing annonce disposer d’un opérateur NEAR:n (n étant le nombre maximum de mots entre 2 termes) mais, lors de nos tests, celui-ci ne fonctionnait pas.
            
Mots composés / expression
            
Les mots doivent être écrits “entre guillemets”. En mode recherche avancée, on peut restreindre la sélection aux pages contenant «cette expression exacte».
             
Troncature
           
Non.
             
Recherche sur champs
             
La grille de recherche avancée propose, depuis la page de résultats, de restreindre la requête aux pages d’un site ou d’un domaine donné, ou aux pages dans une langue particulière ou hébergées dans un pays, à choisir dans une liste. Mais lors de nos tests, cette dernière fonctionnalité n’était pas opérationnelle.
 
Sinon, plusieurs commandes peuvent être utilisées directement, depuis la zone de saisie de l’écran d’accueil :
             
- intitle: (ex.: intitle:“développement durable”) : le mot immédiatement accolé à l’opérateur doit être présent dans le titre des pages ;
            
- site: (ex.: site:gouv.fr ou site:industrie.gouv.fr) restreint la recherche à un nom de domaine ou à un site particulier ;
            
- filetype: (ex.: filetype:pdf) recherche les documents dans un format spécifique : PDF, Word (doc), PowerPoint (ppt), Excel (xls)...
             
- language: (ex. language:fr) recherche les pages dans une langue particulière ;
            
- loc: (ex.: loc:fr) recherche – théoriquement – les pages hébergées dans un pays précis ;
           
- contains: (ex. vivaldi contains:wma) : sélectionne les pages qui contiennent des liens vers le type de fichier indiqué.
             
Ces différents opérateurs peuvent être combinés dans une même requête, depuis la zone de saisie de la recherche simple.
 
ex.: intitle:statistique énergie (site:gouv.fr OR site:insee.fr) (filetype:pdf OR filetype:doc)
            
D’une façon générale, il ne doit jamais y avoir d’espace entre l’opérateur, le symbole “:” et le mot.
             
Autres critères
             
Bing dispose d’un opérateur spécifique (linkfromdomain:) pour identifier l’ensemble des liens «sortants» d’un site. La requête linkfromdomain:bases-publications.com affiche ainsi la liste des pages citées par le site Bases-Publications.com.
             
Cette requête peut être combinée à un mot (ex.: droit linkfromdomain:bases-publications.com).
             
D’autre part, après avoir supprimé pour cause de spam ses opérateurs link: et linkdomain:, Bing les a remis en service en modifiant la syntaxe. Il faut désormais laisser un espace entre l’opérateur link: ou linkdomain: et l’adresse de la page ou du site. On écrira ainsi link: http://www.bnf.fr pour identifier les liens pointant vers la page d’accueil du site de la BnF, et linkdomain: bnf.fr pour identifier les backlinks de l’ensemble du site.
             
D’autres opérateurs sont présentés dans la page «Options de recherche avancée» (http://goo.gl/ipd5C), mais ne fonctionnaient pas lors de nos tests.
            
Caractères admis
             
Interprète indifféremment les mots en majuscules ou en minuscules et les caractères accentués ou non. Il est impossible d’exiger un mot sous sa forme accentuée.
             
Ordre des mots
             
Lorsque la requête comporte plusieurs mots, l’ordre des mots a une incidence sur le classement des résultats, mais le nombre total de réponses reste sensiblement le même.
             
Format de visualisation
             
La liste des résultats indique, pour chaque page, son titre (avec un lien hypertexte), un extrait pertinent dans lequel les mots sont surlignés et son URL. En glissant le surseur sur la droite du lien, on ouvre une fenêtre qui affiche un extrait de la page avec des liens complémentaires, notamment vers la page en Cache.
             
Paramétrage de l'affichage
             
En cliquant sur le lien Préférences de la page d’accueil, on peut choisir dans une grille le nombre de résultats par page (10 (par défaut), 15, 30 ou 50) ; on peut aussi préciser que ceux-ci doivent s’ouvrir dans une nouvelle fenêtre. On peut enfin choisir d’activer ou non les suggestions de recherche
 
Béatrice Foenix-Riou
Publié dans le n°90 de Netsources (Janvier/Février 2011)

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