L'OEB et Google formalisent leur coopération


Après avoir « envisagé », dans un protocole d’accord signé en novembre dernier, de collaborer pour améliorer l’accès aux traductions de brevets dans de multiples langues, l’OEB (Office européen des brevets) et Google ont signé, le 24 mars dernier, un accord de coopération à long terme portant sur la traduction automatique des brevets en diverses langues européennes, slaves et asiatiques – en particulier le russe, le japonais, le chinois et le coréen.

         
Dans le cadre de ce partenariat, l’OEB utilisera la technologie Google Translate pour offrir aux visiteurs de son site internet des traductions de brevets en 28 langues européennes, ainsi qu’en chinois, japonais, coréen et russe.
            
Cet accord se fait sans flux financier, ce qui signifie que chacun des partenaires y trouve des avantages.
             
Google a déjà une première expérience dans les brevets avec Google Patent Search, qui concerne les brevets américains – mais qu’il convient de manipuler avec précaution car son contenu n’est pas exhaustif.
             
Le système Google Translate étant basé sur des statistiques, cet accord permet à Google de récupérer 1,5 millions de documents de brevets qui ont été traduits manuellement.
             
En effet, Google ne traduit pas mot à mot, mais compare les textes en plusieurs langues et dresse des statistiques en repérant les traductions d’expressions les plus fréquentes. Cet apport devrait améliorer significativement les performances de Google Translate.
            
Le système montera en puissance progressivement et, théoriquement, de nombreuses possibilités seront permises.
            
Les applications prioritaires seront néanmoins les traductions depuis les trois langues officielles de l’OEB (français, anglais et allemand) vers toutes les autres langues, afin de faciliter la compréhension des brevets par des personnes n’étant pas complètement familières avec ces langues.
            
Cet accord permettra également à l’OEB de faire face à l’afflux des brevets chinois. En effet, seul l’abrégé est traduit en anglais de façon manuelle.
             
Les examinateurs pourront ainsi effectuer des recherches sur la traduction des descriptions des brevets chinois, dans l’une des trois langues officielles.
            
Ces deux applications permettent de bien préciser l’esprit de cette mise à disposition des traductions et les limites de son utilisation.
            
En effet, ces traductions n’ont qu’un but informatif, afin de mieux diffuser et rendre accessible au meilleur coût – quasiment à coût nul, pour l’OEB – le contenu des brevets à un large public, ce qui est une des missions de l’OEB. En revanche, il n’est pas question de considérer ces traductions comme ayant une valeur juridique.
             
En particulier, on ne pourra pas déposer un brevet dont le texte serait issu de Google Translate.
           
Il est évident que ce système va permettre à l’OEB de faire des économies et l’on peut au passage se demander comment va se positionner l’équipe de traducteurs de cet organisme.
             
On a d’ailleurs remarqué sur le blog Traducteurpro un billet très négatif sur cette opération considérant que, même si ces traductions n’ont d’autre valeur qu’informative, cet accord ne pourra que nuire aux acteurs professionnels et à la traduction professionnelle dans son ensemble, d’autant qu’il vient après l’avènement du protocole de Londres, qui réduisait déjà le nombre de langues dans lesquelles devait être traduit manuellement un brevet.
            
Quant à Google, ses intérêts, s’ils ne sont pas strictement financiers, sont néanmoins multiples :
            
- c’est un moyen de renforcer  sa présence dans le domaine des brevets, à partir de sa première expérience sur les brevets US ;
             
- c’est aussi un moyen d’enrichir considérablement son outil Google Translate, par un apport important de textes avec leurs traductions ;
            
- c’est enfin un geste «amical» envers une institution européenne, ce qui n’est certes pas inutile dans le contexte actuel.
            
Il n’en reste pas moins que la plupart des opérateurs privés – comme Questel/Orbit, PatBase ou TotalPatent –, offrent déjà des collections importantes de brevets de différentes langues traduites en anglais, de diverses façons : la traduction est parfois purement manuelle, mais elle est réalisée le plus souvent par des systèmes de MAT (Machine Assisted Translation) et les possibilités de recherche sur ces systèmes payants sont sans commune mesure avec ce qu’il est possible de faire sur Espacenet.
             
Minesoft quant à lui propose désormais d’interroger directement Patbase dans des langues comme le japonais, le russe ou le chinois.





François Libmann

Publié dans le n°280 de Bases (Mars 2011)

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