CultureVisuelle.org : un média social d'enseignement et de recherche

Historien, chercheur en études visuelles et maître de conférences à l’Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales), André Gunthert a animé de longues années durant le blog Actualités de la recherche en histoire visuelle (www.arhv.lhivic.org/), avant de le fermer pour diriger un projet plus ambitieux, celui de CultureVisuelle.org.
             
Réalisée au sein du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic/Ehess) et opérationnelle depuis mai 2010, Culture Visuelle est en fait une «ferme de blogs» propulsée par le système de gestion de contenus libre WordPress – à l’instar notamment de la plateforme de blogs du Monde.fr –, en ce sens qu’elle rassemble et agrège les blogs de plus d’une centaine de chercheurs, enseignants et étudiants, qui travaillent et dialoguent à ciel ouvert.

L’adhésion à la «communauté» est libre et gratuite, et l’on trouve parmi les blogueurs aussi bien des chercheurs qui souhaitent partager leurs travaux, que des professeurs désireux de médiatiser leur enseignement ou des étudiants et auditeurs libres, qui ont l’intention de participer aux discussions sur les contenus.
             
La plateforme est dotée de son propre réseau social et les adhérents peuvent ainsi commenter des articles, visualiser l’iconographie d’un billet, créer des groupes – publics ou privés –, ou encore offrir un fil RSS pour l’ensemble de leurs contributions...
             
Mais Culture Visuelle ne se contente pas d’être une «ferme de blogs». Se définissant comme «le premier média social d’enseignement et de recherche», elle est à la fois un organe de publication, une communauté académique et un projet de recherche.
             
Son objectif prioritaire est de permettre, grâce à la publication des travaux de ses membres, d’explorer les dimensions visuelles de la culture et de favoriser l’édition multimédia – son, image fixe ou animée, mais aussi Powerpoint, PDF... –, dans le cadre de l’enseignement et de la recherche.
             
L’image – ou plutôt l’analyse des formes visuelles – est donc au centre des contenus, le champ de la «culture visuelle» se situant «à la confluence des Cultural studies et des Visual studies»[1], et concernant «l’étude de tout ce qui est socialement et culturellement conçu et construit pour être vu»[2].
             
L’originalité du projet réside principalement dans le format d’édition choisi : alors qu’une revue classique effectue une sélection a priori des contenus qu’elle publie, Culture Visuelle fonctionne sur le principe d’un agrégateur : chaque auteur est libre de publier tout contenu, sans contrôle préalable.
             
Un tri s’effectue en revanche a posteriori : le comité éditorial sélectionne quotidiennement un certain nombre d’articles, qu’il met en valeur sur la page d’accueil de Culture Visuelle, notamment via les rubriques Sélection et La Une.
           
Cette organisation permet une grande réactivité en matière scientifique et est un puissant ressort pédagogique. Le journal de recherche thématique,  régulièrement mis à jour, constitue quant à lui un moyen de contrôle et d’archivage de la production de la plateforme.
            
Il est important de signaler que Culture Visuelle n’exerce aucune prérogative en matière de copyright et laisse à chaque auteur la responsabilité et la jouissance de sa propriété intellectuelle sur les contenus publiés. Autrement dit, un article en accès libre sur Culture Visuelle peut être repris sur un autre support, avec l’accord de son auteur.                   

Cette disposition permet l’agrégation du dernier état de la recherche, grâce à l’usage du «preprint».
             
Les auteurs ont toutefois la possibilité de déterminer le niveau d’exposition – privé, communautaire, public – de chaque contenu ou des commentaires.
             
Plusieurs doctorants ont ainsi créé des blogs privés, réservés à un petit groupe de chercheurs concernés ; ces blogs s’avèrent précieux notamment pour les directeurs de thèse, qui disposent là d’un moyen simple pour suivre l’avancée des travaux et en discuter...
             
Enfin, pour respecter les droits liés à l’utilisation des images, la plateforme s’est dotée d’une fonctionnalité qui permet de restreindre l’accès aux images, tout en autorisant la lecture du texte.
             
Ce mode de fonctionnement explique que l’on trouve sur Culture Visuelle des articles bien plus fouillés que sur la majorité des blogs, et qui comportent le plus souvent une iconographie développée.
             
Les billets proposent aussi bien des comptes-rendus d’ouvrages, de thèses... que des articles originaux ou prépublications, des textes de communication en colloque, des billets appuyés sur l’iconographie, des tutoriaux et fiches pratiques, sans oublier les «notes» – ébauches d’analyse, observations ou idées,  brouillons de contribution... –, qui donnent une forme publique aux premiers stades de la recherche.
             
Plusieurs possibilités de recherche et de navigation sont offertes sur le site :
            
- des rubriques  mutualisées – que l’on retrouve sur chaque blog – sont disponibles via un menu déroulant, dans le haut de l’écran. On citera, parmi les catégories : comptes rendus, fiche pratique, notes, publications, enseignement, etc.
             
Les articles sont indexés dans ces catégories par leur auteur ;
           
- des nuages de tags sont présents à la fois sur la page d’accueil de CultureVisuelle et sur celle de chacun des blogs. Ces tags sont attribués à chaque article par le comité éditorial ;
             
- un moteur de recherche simple est disponible en haut à droite de chaque page.
             
Aucune information n’est donnée sur son fonctionnement, mais nos tests semblent montrer :
             
• que la recherche se fait sur le texte intégral de toutes les pages de la plateforme, lorsque la requête est posée depuis la page d’accueil, mais qu’elle est limitée aux seules pages du blog, si l’on utilise la zone de saisie depuis un blog donné ;
            
• que le AND est utilisé par défaut et que le moteur ne comprend pas le OR ;
            
• que l’on peut employer les guillemets pour rechercher une expression ou un mot composé;
             
• que le moteur est insensible aux accents ;
             
• qu’une recherche sur un mot au singulier sélectionne automatiquement les occurrences du mot au pluriel, mais que l’inverse n’est pas vrai ;
             
• qu’il est impossible de faire une recherche par champ (titre, auteur...).
             
Si l’on souhaite préciser sa question, une alternative consistera donc à utiliser les fonctions avancées d’un moteur de recherche web : une requête avec intitle:"google images" site : culturevisuelle.org sur Google par exemple, identifiera les articles parus sur Culture Visuelle, qui comportent l’expression «Google Images» dans leur titre.

Au final, à peine plus d’un an après son lancement, le projet expérimental de Culture                    
Visuelle peut s’enorgueillir d’une belle réussite.
             
Le site compte aujourd’hui 110 blogs et plus de 300 adhérents, principalement des historiens d’art et du visuel, sociologues, spécialistes des médias, médiévistes et anthropologues. Il réunit chercheurs et étudiants mais aussi, en moindre proportion, professionnels ou artistes.
             
Plus de 1 500 billets ont été publiés, et la moitié d’entre eux ont été «sélectionnés» (sur la page d’accueil de Culture Visuelle).
             
Quant à la fréquentation de la plateforme, elle est estimée à 15 000 visiteurs uniques par mois, signe que ce format de publication est bien adapté à l’activité scientifique.       
            
 [1] Que signifie «Culture visuelle» ?
      Alexie Geers, Audrey Leblanc
      Lhivic - http://goo.gl/cHvlA
            
 [2] Irhis - Institut de recherches historiques du Septentrion, http://goo.gl/aVXUU
              
POUR EN SAVOIR PLUS
             
http://www.culturevisuelle.org
             
• Culture Visuelle: quand la recherche rencontre le web
  André Gunthert, 07.03.11
  http://goo.gl/lt3UD
             
• Qu’est-ce que Culture Visuelle ?            
  André Gunthert, 02.05.10          
  http://goo.gl/ry9wV



Béatrice Foenix-Riou
Publié dans le n° 283 de Bases (Juin 2011)

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