Les initiatives françaises en matière d'Open data

Malgré un retard certain dans la mise à disposition de ses données publiques, la France semble désormais en bonne voie : alors qu’en 2010, Rennes était la première et la seule collectivité à libéraliser ses données publiques, on compte aujourd’hui plus d’une dizaine d’initiatives existantes ou en cours de réalisation.

Dans cet article, nous avons choisir de mettre l’accent sur les plateformes d’Open data mises en œuvre par les acteurs publics (gouvernements, collectivités, institutions).  Nous n’aborderons en revanche que très brièvement la question des initiatives citoyennes ou commerciales.
 

RENNES : LE PIONNIER
http://goo.gl/0dj6t
  
La plateforme «Rennes Métropole en libre accès » a été lancée en mars 2010 avec, dans un premier temps, la mise en ligne des données «Transport ». En ouvrant ses données, la ville de Rennes poursuivait plusieurs objectifs :

- valoriser les données publiques ;
- susciter une floraison de services et d’usages ;
- développer l’image d’un territoire innovant ;
- dynamiser un tissu local d’innovateurs ;
- développer la citoyenneté par la transparence des données publiques.
  
A l’heure d’aujourd’hui, la plateforme met à disposition des internautes 158 jeux de données aussi divers et variés que la localisation des stations de vélo, des bornes d’eau potables contrôlées, des carrefours équipés de feux sonores ou encore les montants des subventions versées aux associations…
  
La recherche se fait facilement en naviguant parmi la liste des données disponibles ou en utilisant le moteur de recherche interne.
  
Celui-ci permet de lancer une requête par mots-clés (attention, il ne fait la recherche que sur les expressions exactes) et de limiter par formats de fichier (aux noms plus ou moins évocateurs comme TIFF, DXS, SHP, GTFS, XLS, ICS, CSV, JPG, DXF, RSS, API, XML et KML), par catégorie (accessibilité, actua-lités, environnement, données budgétaires, sports et loisirs…) et par département producteur des données (Direction des affaires financières, Rennes Métropole, ville de Rennes, Keolis Rennes, etc).
  
Une fois les résultats affichés, il suffit de cliquer sur le format de données de son choix sur la droite pour ouvrir un fichier zippé, contenant l’ensemble des données choisies.
  
LES AUTRES INITIATIVES EXISTANTES
  
A ce jour, on recense plusieurs autres plateformes d’Open data, toutes mises en œuvre par des collectivités locales.
  
Il existe bien évidemment d’autres acteurs publics (différents ministères, organismes de services publics…) qui mettent à disposition certaines de leurs données, mais leur accès s’avère plus hasardeux : informations éparpillées à différents endroits du site, un seul jeu de données mis en ligne, informations disponibles dans un format difficilement réutilisable, etc.
  
L’année 2011, a vu fleurir plusieurs plateformes dont celles de la ville de Paris, de Bordeaux, de la région Aquitaine, de Montpellier, du Grand Toulouse et plus récemment de Saône et Loire.
  
Certaines n’ont d’ailleurs été mises en ligne que très récemment, au cours du mois d’octobre.
  
PARIS DATA
  
http://goo.gl/Rp9uS
  
Cette plateforme a vu le jour au mois d’avril dernier et contient aujourd’hui une quarantaine de jeux de données, tels que la liste des kiosques presse, le plan parcellaire de la ville de Paris, les emplacements du mobilier de stationnement, la liste des bureaux de vote, les statistiques de prêts dans les bibliothèques ou encore la liste des prénoms déclarés à l’Etat civil au cours des dernières années.
  
On dispose ici d’un moteur simple séparant implicitement les mots-clés par un AND, ainsi que de la possibilité de limiter les résultats par thème ou format de fichier (une quinzaine de formats sont disponibles, dont PDF, XLS ou encore TXT).
  
TERRITOIRE MONTPELLIER NUMERIQUE : DONNEES PUBLIQUES OUVERTES
  
http://goo.gl/akwnC
  
Egalement lancé en avril 2011, le portail OpenData de Montpellier propose à ce jour 48 jeux de données dont l’emplacement des horodateurs, l’inventaire du Zoo, l’emplacement géographique de tous les espaces extérieurs dédiés aux chiens, ou encore le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi…
  
La recherche peut s’effectuer via le moteur disponible depuis la page d’accueil ou en naviguant parmi les données et en filtrant par catégorie, organisation ou format (CSV, TXT, XLS, KML, SHP, XML ou ODS).
  
BORDEAUX : LA CUB OPEN DATA
  
http://goo.gl/MP9e6
  
Lancé en juin 2011, ce portail met quasi-exclusivement l’accent sur des données cartographiques. Il propose aussi quelques données alphanumériques au format CSV.
  
Pour la recherche, on dispose d’un moteur de recherche simple et de la possibilité de naviguer parmi les différentes rubriques (déplacement, urbanisme, voirie…).
  
On pourra par exemple trouver des données sur les limites administratives des communes, les emplacements des parcs relais ou encore la liste des bassins pluviaux à accès publics.
  
Ce portail est en expérimentation jusqu’à la fin de l’année 2011.
  
SAONE ET LOIRE : OPEN DATA 71
  
http://goo.gl/EO1aE
  
Le 30 septembre 2011, l’ensemble des données publiques détenues par le Conseil Général de Saône-et-Loire a été rendu accessible sur le site internet Opendata71.fr.
  
Le portail propose une approche un peu différente de celles opérées par les autres collectivités.
  
Le CG71 a ainsi décidé de publier toutes les données publiables dans le cadre de la Loi, ce qui n’est pas le cas des autres pour le moment.
  
On dispose d’autre part de deux entrées pour accéder aux données : citoyen ou professionnel.
  
L’accès «citoyen» permet de visualiser l’ensemble des catégories de données disponibles sous forme de carte ou de graphique (courbe, diagramme).
 
L’accès «professionnel» quant à lui offre aux développeurs la possibilité d’accéder aux fichiers sources et de les télécharger.
  
AQUITAINE ET GIRONDE : PORTAIL MUTUALISE OPENDATA LOCALE

http://goo.gl/SJtHd
  
La région Aquitaine et le Conseil général de la Gironde se sont rapprochés dans la mise en œuvre d’un programme commun d’ouverture des données publiques et d’un portail mutualisé d’accès à des jeux de données.
  
La plateforme vient tout juste d’ouvrir ses portes au cours du mois d’octobre et compte une trentaine de jeux de données comme les lignes régulières de transport public en Gironde, la liste et localisation des collèges de la Gironde, le découpage portuaire ou encore la liste des services sociaux de proximité.
  
Les données sont disponibles sous différents formats et notamment texte, KML pour les données géographiques, XLS…     

GRAND TOULOUSE DATA
  
http://goo.gl/9omze
  
Ce portail – qui regroupe la Communauté urbaine du Grand Toulouse et ses communes membres – est également on ne peut plus récent, puisqu’il a vu le jour au cours du mois d’octobre.
  
On dénombre pour le moment 31 jeux de données, comme l’emplacement des crèches, la liste des clubs du troisième âge, les stations de tramway ou encore l’altimétrie des voies.
  
Comme pour bon nombre d’autres initiatives, on dispose d’un moteur de recherche simple et de la possibilité de filtrer les résultats par catégorie, ville et format de données (CSV, KML, JPG…)
  
Comme on peut le constater, chacune de ces initiatives possède des particularités : les données mises à disposition, comme les formats de ces données, varient en effet d’une collectivité à l’autre.
  
On notera aussi que les licences de réutilisation de données choisies par les différents acteurs sont loin d’être uniformes.
  
Pour ce qui est de la structure de la plateforme elle-même, certains ont fait le choix de systèmes plutôt sophistiqués (comme la plateforme du Conseil général de Saône et Loire), tandis que d’autres semblent plutôt avoir « bricolé » un portail maison (c’est la cas de la plateforme de Bordeaux par exemple).  

D’AUTRES PLATEFORMES EN COURS DE REALISATION
  
D’autres collectivités se sont également lancées dans l’ouverture de leurs données publiques : c’est notamment le cas de la région Nord Pas de Calais, de Brest, Nantes (ouverture du portail prévu en novembre 2011), de la région Loire Atlantique (ouverture en mars 2012), de la région Paca, de Marseille et de Toulon.
  
Une autre plateforme de grande importance devrait voir le jour d’ici la fin de l’année (probablement courant décembre) : Data.gouv.fr.
 
Il ne s’agit plus ici de la libéralisation des données à une échelle locale ou régionale, mais bien au niveau national, avec la mise à disposition des données publiques du gouvernement français.
  
Il s’agit bien évidemment d’une bonne nouvelle, surtout quand on sait que de nombreux pays proposent déjà leur plateforme d’Open data depuis plusieurs années : Data.gov pour les Etats-Unis (plus de 3 000 jeux de données), Data.gov.uk pour le Royaume-Uni (plus de 7 500 jeux de données, voir Bases n°267), Mashup en Australie, Data.govt.nz pour la Nouvelle-Zélande ou encore Opengovdata.ru pour la Russie.
  
Le futur portail français mettra à disposition librement, facilement et gratuitement, le plus grand nombre de données publiques de l’Etat et de ses établissements publics administratifs. Contrairement à ce qui se passe actuellement pour les données publiques de l’Etat, les informations seront ici accessibles dans des formats exploitables par les réutilisateurs.
  
LES INITIATIVES CITOYENNES OU COMMERCIALES
  
2011 est indéniablement l’année de l’ouverture des données dans les collectivités publiques.
  
Mais certaines sociétés et citoyens français n’ont pas attendu pour mettre en place des initiatives de centralisation et de mise à disposition de données publiques.
  
On citera deux services particulièrement intéressants : le premier – Nosdonnees.fr – est un outil communautaire et citoyen pour l’accès aux données publiques et le second – Data Publica – une initiative commerciale.
  
NOS DONNEES.FR
  
http://goo.gl/jgFXD
  
Lancé en novembre 2010 par le collectif RegardsCitoyens, ce site propose un outil qui « simplifie l’accès, le partage et la réutilisation de données et contenus, notamment sous des formes lisibles par les machines ».
  
Il centralise également les diverses initiatives de recherche de données publiques.
  
On y trouve actuellement 81 jeux de données provenant de sources comme l’Insee, Bison Futé, Keolis Rennes, le ministère du Budget, le ministère des Finances, le site Nosdeputes.fr, le site de l’Assurance maladie, du ministère de l’Intérieur, etc.  

DATA PUBLICA
  
http://goo.gl/7vC8E
  
Data Publica est une société fondée et dirigée par François Bancilhon, qui indique proposer sur son site la première base de données publiques française par la taille.
  
Le site, lancé au début de l’année 2011, offre  un annuaire de données – avec près de 7 000 jeux de données, gratuitement accessible pour la très grande majorité – et un service de fourniture de données sur-mesure (payant).
  
Data Publica récupère des données publiques librement accessibles sur le Web, mais entend également collecter des données auprès d’éditeurs privés.
  
Nous présenterons plus en détail ce service, qui ne manque pas d’atouts, dans un prochain numéro de Bases.
  
La libéralisation des données publiques en France est en cours et c’est une bonne nouvelle pour les professionnels de l’information que nous sommes.
  
Pour certaines questions précises – visant notamment à retrouver des informations locales ou gouvernementales –, ces nouvelles sources représenteront un gain de temps non négligeable.
  
Mais à l’heure actuelle, l’offre reste encore limitée : seules certaines villes ou régions sont pourvues de leur plateforme d’Open data et, pour ces quelques téméraires, toutes les données publiques ne sont pas encore mises à disposition.
  
Il ne reste plus qu’à espérer que bon nombre d’acteurs prendront le chemin de l’Open data dans les mois et années à venir…



Carole Tisserand-Barthole
Publié dans le n° 286 de Bases (octobre 2011)

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