Les experts de l'IE négligent les sources d'information

Nous avons souligné à plusieurs reprises dans BASES la méconnaissance qu’ont trop souvent les spécialistes de l’IE des sources d’information électroniques et leur manque de rigueur concernant ces sources.
  
L’ouvrage « La Boîte à outils de l’intelligence économique» publié chez Dunod par  Christophe Deschamps et Nicolas Moinet, en apporte une nouvelle illustration.
  
Cet ouvrage présente, chacun en deux ou quatre pages, 59 outils utiles ou nécessaires à l’intelligence économique.
   

Nous avons bien sûr regardé l’outil n° 17 «Les bases de données scientifiques».
  
Sont citées des plateformes d’éditeurs, quelques banques de données comme Medline ou HAL – initiative française sympathique d’archives ouvertes, mais qui ne contient que 182 176 documents, alors que nombre de banques de données scientifiques non citées ont largement dépassé les 10 millions de documents chacune –, ou encore des moteurs de recherche spécialisés tels que Scirus ou Google Scholar.
Pas un mot, en revanche, des serveurs comme Dialog ou STN, ni même des outils plus récents comme Scopus ou Web of Science, pourtant eux aussi largement utilisés.
  
C’est d’autant plus gênant que, pour une même recherche, on trouve dans Dialog au moins cinq fois plus de réponses – et parfois beaucoup plus – que dans n’importe quelle plateforme d’éditeur, ainsi que nous l’écrivions dans notre article «La recherche gratuite des abstracts» (Bases n°282, mai 2011).
  
La recherche sur le Web en revanche a plus inspiré les auteurs, car on trouvera dans ce livre des «outils» concernant la recherche avancée sur Google (Outil n°16), sur les moteurs de recherche (Outil n°15) et sur le Web invisible (Outil n°17).. 

Ce tropisme pour le Web et les outils gratuits – les plateformes d’éditeurs donnent libre accès aux abstracts, seuls les articles sont payants, sauf open access – est quand même gênant.
  
Comment en effet est-il possible de faire une recherche professionnelle efficace sans utiliser également des outils professionnels et bien sûr payants.
  
On pourra légitimement s’inquiéter de la performance de la recherche et de son exhaustivité, même si celle-ci n’est jamais totale.
  
Quant à l’outil brevet (n°51), si les quelques pages sur le «pourquoi» et le «comment les utiliser et être efficace», sont plutôt bien faites, on reste sur sa faim concernant les sources même si, au détour d’une phrase, les auteurs parlent «d’identifier des brevets à partir des bases de données».
  
Pourtant, l’offre des banques de données spécialisées est particulièrement large, avec notamment les serveurs Dialog et STN qui proposent une offre significative dans le domaine, mais aussi les divers services spécialisés comme Orbit (Questel), TotalPatent, PatBase ou CPA Global. On mentionnera enfin les sites gratuits, tels qu’Espacenet ou le site de l’Office américain des brevets (USPTO).
  
Le manque d’intérêt et de connaissance sur les banques de données et les serveurs n’est pas nouveau.
  
En 1990 déjà (!), dans l’article «Livre sur la veille technologique, quand les auteurs méconnaissent gravement les banques de données» (Bases n°53), nous déplorions la méconnaissance des banques de données –  dont l’usage était pourtant répandu depuis largement plus de dix ans – qu’avaient les auteurs d’un ouvrage.
  
Plus récemment, nous avions pointé en avril 2010 dans l’article «l’Intelligence écono-mique sans information fiable : un leurre» (Bases n° 270), que la partie «outils» du Portail de l’IE – en fait un annuaire 2010 des entreprises en IE – était rempli d’informations fausses et non vérifiées.
  
Que penser de ces trois exemples, sinon que trop de spécialistes en IE ne mettent l’accent que sur le traitement de l’information et ne s’intéressent pas suffisamment aux sources et à la qualité de l’information.
 
Or, il est bien connu que «garbage in» a pour conséquence  – sauf intention de recyclage – «garbage out».
  
POUR EN SAVOIR PLUS :
  
«La boîte à outils de l’Intelligence économique»
Christophe Deschamps & Nicolas Moinet
Dunod. 185 pages
ISBN 978-2-10-055112-5



François Libmann
Publié dans le n° 287 de Bases (Novembre 2011)

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