Sciverse : un produit de nouvelle génération pour les chercheurs

Elsevier propose depuis plusieurs années trois services/plateformes dont les contenus concernent essentiellement le domaine scientifique et technique et, dans une moindre mesure, les sciences humaines et sociales. 

Les conditions d’accès à ces services sont toutefois différentes :


• Scirus est un moteur de recherche gratuit donnant accès à plus de 410 millions de documents, comprenant 8,8 millions de références avec résumé d’articles  de ScienceDirect, 23 millions de brevets (PCT, japonais, US, européens ou anglais), 1,6 million de thèses en texte intégral issues du réseau NDLTD (Networked Digital Library of Theses and Dissertation), des documents issus de serveurs de preprint telles que Cogprints ou ArXiv.org, les publications de 13 sociétés savantes, les “repositories” de 18 institutions, des “home pages” de chercheurs, etc.

Nous avons présenté Scirus dans le numéro 244 de Bases (Décembre 2007) ;

• ScienceDirect – créé en 2000 – propose aujourd’hui 10 millions d’articles issus de 2 500 publications – pouvant remonter à des dates antérieures à 1994 –, 15 000 ebooks et 15 000 fichiers multimédia.
La recherche et la visualisation des abstracts sont libres mais, pour accéder  au document, il faut être abonné ou payer à l’unité par carte de crédit, sauf si le document est en “open access” ;

• Scopus enfin, propose plus de 41 millions de références bibliographiques, avec un résumé dans 70% des cas. 
Ces références concernent 18 000 titres publiés par plus de 5 000 éditeurs. Différentes fonctionnalités sont disponibles, telles que le classement automatique des auteurs, des affiliations ou des thèmes, avec la possibilité d’exclure ou de limiter à une sélection de ces éléments. 
On trouve aussi fréquemment un lien vers l’éditeur du document – qui n’est pas nécessairement Elsevier –, et différentes possibilités liées aux citations dans un sens ou dans l’autre, ainsi qu’une recherche assez sophistiquée sur les auteurs.

Fort de tout cela, Elsevier a, depuis 2008, interviewé 3 000 personnes – chercheurs, professionnels de l’information et développeurs –, pour comprendre quels étaient les principaux obstacles rencontrés par la communauté scientifique dans la recherche et l’utilisation de l’information.

Ces interviews lui ont permis d’obtenir des éléments pour définir le nouveau produit et d’arriver aux conclusions générales suivantes :
• “les chercheurs ont besoin de disposer de meilleurs moyens/outils/méthodes pour chercher, découvrir, stocker, partager et réutiliser les informations les plus importantes pour leurs recherches ;
• les professionnels de l’information sont sous pression pour maximiser le contenu dont ils disposent déjà et pour prouver que les achats qu’ils font dégagent un retour sur investissement ;
• les développeurs ont besoin d’accéder aux données de recherche pour développer des applications adaptées”.

Tout ceci a débouché sur la création de Sciverse, dont les objectifs sont de “transformer la recherche” et “accélérer la science”. 

En d’autres termes, il s’agit de découvrir plus en cherchant moins.

Sciverse est un produit baptisé “hub”, qui a été lancé fin août avec de premières briques, sachant que de nouvelles briques vont être régulièrement ajoutées. Il a pour objectif de constituer une plateforme, permettant d’accéder à l’essentiel des contenus des trois services – Scopus, ScienceDirect et Scirus –, avec de nouvelles fonctionnalités dont beaucoup ont été créées par la société Nextbio, avec laquelle Elsevier a noué un partenariat.

La recherche dans le hub Sciverse

En se connectant à www.hub.sciverse.com, on arrive sur une page à partir de laquelle on peut aller sur Science Direct ou Scopus.

Mis à part les liens vers ScienceDirect et Scopus, on trouve deux boîtes de recherche.

Dans la première boîte, on peut préciser des champs de recherche – mais ce ne sont pas les mêmes que ceux de Scopus ou ScienceDirect (la liste est disponible d’un clic) –, les pluriels sont automatiques, on peut entrer des phrases entre guillemets et l’on peut utiliser masques et troncatures.

L’opérateur par défaut est le AND et il n’y a pas d’opérateur OR.

Les possibilités maximales de ce hub sont réservées aux utilisateurs ayant à la fois un contrat Scopus et un contrat ScienceDirect.

Une fois la recherche lancée, on obtient :

• la liste des résultats classés par pertinence décroissante, avec la référence bibliographique complète et un extrait contenant les termes de la requête surlignés. 
A gauche, on trouve un  symbole proposant soit le fulltext – auquel cas un clic renvoie sur la référence complète dans ScienceDirect –, soit external, ce qui indique un document issu de Scirus ; un clic renvoie alors, par exemple, sur la référence de PubMed. L’option Abstract enfin renvoie vers la référence de Scopus, à condition que l’on ait un contrat avec Scopus. On accède dans ce cas à la référence, mais la seule fonctionnalité opérationnelle est “View at publisher” 

• sur la gauche de l’écran, on a la possibilité d’affiner sa recherche en ajoutant un terme (Search within result) ou selon des dates de publication ou des mots-clés proposés par le système ;

• sur la droite, on trouve la liste des auteurs les plus prolifiques sur le sujet. Un clic sur un nom affiche les références des articles de ces auteurs dans Scopus avec toutes les fonctionnalités, à condition d’y être abonné. Cette application est mise en place par Nextbio ;

• sur la droite toujours, une autre fonctionnalité – assurée également par Nextbio – indique le nombre de phrases et de paragraphes contenant les termes de recherche, qui ont été trouvés dans les documents de ScienceDirect. Un clic sur “View Results” ouvre une autre fenêtre (qui permet de ne pas perdre les résultats précédents) ;

• à gauche de l’écran, on trouve la sélection d’articles et à droite, les extraits de l’article sélectionné avec les mots de recherche surlignés. 

On a la possibilité de sélectionner les documents dans lesquels les termes sont dans le même paragraphe, ou dans la même phrase.

Différentes possibilités de filtrage intelligent sont offertes ; à titre d’exemple, lorsque l’on filtre par le mot experience, le système comprend aussi experiment.

D’un clic, on arrive sur la référence de l’article dans ScienceDirect, et l’on peut l’obtenir sans problème.

La deuxième boîte de recherche sur l’écran du hub Sciverse s’intitule Methods Search Application, et c’est encore une application mise au point par Nextbio.

Il s’agit là de chercher dans la partie “Materials and Methods” du texte intégral des articles publiés par Elsevier et présents dans ScienceDirect.

On entre des termes dans la boîte de recherche et l’on obtient une série d’extraits d’articles, avec la référence bibliographique et l’extrait autour des mots de recherche. Par défaut, les documents sont classés par pertinence, mais on a la possibilité de les classer par date.

Sur la gauche, une analyse des années de publication, des titres des publications, des auteurs et des affiliations permet, si on le souhaite, d’introduire des limitations. 

Un clic sur le titre affiche l’article dans ScienceDirect.

Une recherche sur les images

Si l’on revient à la page d’accueil du hub, un clic sur ScienceDirect amène à un ScienceDirect amélioré par une fonctionnalité de recherche sur les images.

Cette fonctionnalité donne accès à une banque de données de 8 millions d’images, issues de journaux et de livres publiés depuis 1994 ; le nombre est amené à augmenter.

La recherche se fait par mots sur le texte de la légende, ainsi que sur les 20 mots précédant ou suivant l’image dans le texte de l’article ou du chapitre de livre. Cette indexation est donc légèrement moins sophistiquée que celle réalisée dans CSA Illustrata (voir Bases n° 236, mars 2007) – qui indexe les images de façon spécifique –, mais de même nature que celle de Springer Images (Bases n°267, janvier 2010).

Pour accéder à cette recherche par image, il suffit de cliquer sur le bouton “Images” situé en haut et à gauche de la page d’accueil de ScienceDirect.

Quand il s’agit d’une image graphique, elle apparaît directement avec sa légende ; si l’on positionne le curseur dessus, on la voit agrandie.

S’il ne s’agit pas d’une image graphique, il faut positionner le curseur sur une sorte de grille pour voir ce qui est, en général, un tableau.

Pour chaque image, on a le choix entre visualiser l’image dans l’article, visualiser les images “en relation” ou visualiser l’article complet en PDF.

De multiples corrélations

Toujours depuis ScienceDirect et si l’on est dans les domaines des sciences de la vie, de la santé ou de la chimie, de nouvelles possibilités sont offertes.

On trouvait déjà, à la droite d’un article ou de sa référence, trois cadres, offrant respectivement :
• des “related articles” ;
• les références d’articles le citant, issues de Scopus ;
• et les ouvrages généraux – tels que des encyclopédies – en relation avec l’article.

La nouveauté, apportée là encore par Nextbio, est la possibilité, à partir de différents termes issus de l’article (gènes et protéines, maladies, composés, tissus et cellules, biogroupes, organismes), d’être connecté  instantanément à une série variée de ressources, telles que PubMed, GEO (Gene Expression Omnibus, qui est un “repository” public de données fonctionnelles génomiques, produit par la NCBI - National Center for Biotechnology Information), Clinicaltrials.gov, sans oublier le contenu de ScienceDirect depuis 1995 et des “news” issues de publications technico-économiques du domaine.

A partir de là, on peut rebondir de multiples façons. 

On dispose, en particulier, d’une analyse des termes présents dans l’article, termes dont la taille varie en fonction de la pertinence dans l’article.

On peut aussi cliquer sur les termes soulignés dans l’article – qui, pour une part, se trouvent dans le tableau de droite – et voir une définition ou les phrases de l’article contenant ce terme, ou des documents liés à la fois au terme et à l’article.

Par ailleurs, Sciverse Scopus a ajouté une nouvelle fonctionnalité baptisée “The author evaluation”, qui permet de visualiser par un camembert les titres dans lesquels l’auteur a publié.

Une autre possibilité est offerte par le nouveau ScienceDirect, cette fois dans le domaine des sciences de la terre, grâce au PANGAEA (Publishing Network for Geoscientific & Environ-mental Data). 

Le titre de l’article cité en exemple illustre bien le domaine couvert “Synchroneity of Pliocene  planktonic foraminiferal datums in the North Atlantic”. Cette application est disponible quand figure dans le quatrième tableau en bas à droite de la référence la mention cliquable “Supplemen-tary Data at PANGAEA”, ainsi qu’une carte où sont situés les lieux cités dans l’article.

Scitopics : un wiki d'experts

Scitopics est une nouvelle application, à laquelle on accède par un lien situé en bas de la page d’accueil de ScienceDirect.

Il s’agit d’une sorte de wiki destiné à la communauté scientifique, mais dont les auteurs sont sélectionnés. En effet, pour pouvoir écrire dans Scitopics, un auteur doit remplir un formulaire justifiant son expertise dans son domaine de prédilection et ce n’est qu’après acceptation par Elsevier qu’il pourra écrire une brève présentation de sa spécialité. Par ailleurs, des auteurs peuvent être invités.
Il y a actuellement quelques centaines d’articles.

Parmi les plus récents on peut citer “Laser cooling for solids” ou “Lipase promiscuity. A boon for synthesis of valuable organic compounds”.
L’auteur cite quelques références (further readings) et, sur la droite de l’écran, on trouve des liens vers d’autres pages de Scitopics sur des sujets proches et des références issues de Scopus d’une part, de Scirus d’autre part.

Scitopics a été conçu pour s’informer sur des sujets pour lesquels on n’a pas d’expertise particulière. En d’autres termes, tous les articles sont faits par des experts pour des non-experts.

Une nouvelle approche de la recherche

Le hub Sciverse n’a été lancé que très récemment avec seulement une première série d’applications, mais il va déjà très loin dans la mise à disposition d’une autre façon de chercher.

On remarquera que le point de départ, au moins sur le hub, ne permet pas d’entrer une équation de recherche complexe, clairement moins complexe que ce que l’on peut faire dans ScienceDirect et Scopus, ou même dans Scirus, sans même parler de Dialog ou STN. 

C’est après, avec le foisonnement de possibilités, que vient la complexité, compte-tenu du nombre de possibilités à portée de clic. 

Même si l’on peut dire qu’il s’agit d’un produit simple à utiliser, il y a une vraie complexité dans le nombre de possibilités offertes, dans la maîtrise à garder son cheminement pour ne pas prendre des heures à naviguer au hasard, de lien en lien, en espérant que la sérendipité sera au rendez-vous.

Cela veut dire aussi que cet outil est a priori destiné à être utilisé par des chercheurs utilisateurs finaux, qui maîtrisent suffisamment leur sujet pour ne pas être noyés par la quantité de chemins et de résultats possibles. 

Cela signifie aussi que les professionnels de l’information voient ici leur rôle réduit à celui de prescripteur pour l’achat d’un tel produit et que leur rôle dans l’utilisation de ce produit ne va pas beaucoup plus loin, même si Elsevier prend bien soin de les associer dans sa communication sur Sciverse.
On notera que les sciences de la vie sont, à une exception près, le domaine dans lequel se sont développées les premières applications. 

C’est sans aucun doute parce que c’est un domaine dans lequel il y a à la fois beaucoup de chercheurs, beaucoup d’informations disponibles et... beaucoup de budgets. 

Proquest Dialog a fait exactement la même analyse pour définir les contours de la première “release” de sa nouvelle plateforme, que nous présenterons dans le prochain numéro de Bases.

Le devenir de l’interface actuelle de Scopus n’est pas tranché, mais il serait dommage que la relative sophistication de la recherche offerte par cette interface disparaisse, au seul profit de la philosophie du hub Sciverse, qui déplace la complexité de la recherche vers le cheminement.

François Libmann
Publié dans le n°274 de Bases (septembre 2010)

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