Cartons rouges pour Google

Que ce soit à propos de ses nouvelles clauses de confidentialité, de son réseau Google+ ou du lancement de Google Search Plus Your World aux Etats-Unis, il semble bien que le moteur préféré des Français connaisse une période de disgrâce... Petit tour d’horizon des actualités récentes, souvent controversées...

Google+ : un réseau dont le nombre de membres grimpe, grimpe... mais dont les utilisateurs ne sont pas actifs !


Lancé sur invitation en juin 2011, puis ouvert à tous en septembre, le réseau social Google+ fait régulièrement la Une de l’actualité, avec des articles annonçant ses multiples nouveautés et d’autres se posant la question de son utilité...


C’est sans doute au cours du mois de février 2012 que la communication aura été la plus intense, avec une très nette différence de ton dans les articles entre le début et la fin du mois...


L’analyste Paul Allen a ainsi posté, dès le 1er février 2012 sur Google+, un billet intitulé Google+ Passes 100 Million users (http://goo.gl/bBi3r), annonçant que le nombre d’utilisateurs du réseau avait augmenté de 10% en une dizaine de jours, qu’il dépassait désormais les 100 millions d’utilisateurs et que ce chiffre devrait atteindre 400 millions avant la fin de l’année 2012.?De multiples infographies et articles reprenant ces données ont alors circulé dans la presse et sur les réseaux sociaux (Twitter...).


La rapidité de la croissance de Google+ est impressionnante, au regard de celle de Facebook, qui a mis plus de trois ans pour atteindre les 50 millions de membres ; mais elle peut notamment s’expliquer par l’intégration de Google+ dans les différents services de Google, la généralisation du bouton «+1» sur les sites web – Google estime qu’il y a chaque jour plus de cinq milliards de clics sur ces boutons –, la prise en compte des résultats de Google+ dans l’algorithme de classement de Google Web (voir ci-contre), et la création automatique d’un profil Google+ aux nouveaux créateurs d’un compte Google.


Cela étant, le succès d’un réseau social ne se mesure pas (seulement) à sa taille, mais aussi à l’activité de ses membres.


Et le Wall Street Journal a sur ce point créé le buzz – ou plutôt le bad buzz – en annonçant dans un article publié le 28 février (The Mounting Minuses at Google+, http://goo.gl/MijQQ) que, selon des chiffres de comScore, les utilisateurs du réseau social Google+ n’avaient passé en moyenne que trois minutes par mois sur ce réseau entre septembre et janvier dernier, contre six à sept heures sur Facebook (ces chiffres ne prenaient pas en compte l’usage des réseaux via les mobiles). Pour le WSJ, si Google+ est une «ville fantôme virtuelle» comparé à Facebook, c’est qu’il ne s’en différencie pas suffisamment, malgré des fonctionnalités originales comme les vidéos bulles...


Mais le principal objectif de Google est-il que les membres de son réseau soient actifs ?


On peut se le demander.


Google+ a en effet été lancé avant tout pour concurrencer l’Open Graph de Facebook, qui vise à unifier applications, sites et services tiers sous la bannière de Facebook, et plus précisément sous le profil de ses utilisateurs (http://goo.gl/RtgUS).


C’est bien la même volonté qu’a Google, ce qui explique pourquoi le «profil Google+» est désormais au centre des différentes applications.


L’objectif premier de Google+ est de fournir au moteur des données personnelles sur ses utilisateurs – via la «Bio» du profil –, afin d’améliorer notamment la publicité ciblée affichée par Google sur ses différents services (Google Maps, Livres, GMail...).


Dans son article Why Google+ Doesn’t Care if You Never Come Back, publié sur Techcrunch (http://goo.gl/ObbTp), Josh Constine va jusqu’à dire que Google ne se soucie pas que l’on revienne ou non sur son réseau, une fois que l’on y est inscrit, puisque l’inscription lui suffit pour combiner les informations biographiques des utilisateurs avec leurs activités sur ses diverses applications.


C’est d’ailleurs pour centraliser toutes ces données qu’il a changé le 1er mars 2012 ses règles de confidentialité, contre l’avis de la Cnil, qui estime dans son rapport que ces nouvelles règles «soulèvent des inquiétudes» (http://goo.gl/SBd9y).


Avant le 1er mars en effet, chaque service de Google – une soixantaine au total – disposait de sa propre politique de confidentialité et de vie privée.


Désormais, la soixantaine de documents relatifs à cette politique a été fusionnée en une version unique, afin d’offrir aux utilisateurs connectés à leur compte «une expérience meilleure et plus intuitive sur Google».


Bien sûr, cette simplification des règles de confidentialité en facilite a priori la bonne compréhension et, sur ce point, est tout à fait louable.


A ceci près que cette nouvelle politique s’accompagne d’une autre annonce, bien plus gênante, qui suscite justement les inquiétudes de la Cnil : lorsque l’on utilise les différents services de Google (GMail, Google Maps, Blogger, etc.) en étant connecté, le moteur rassemble et recoupe dorénavant les informations laissées et tient compte de l’historique de recherche pour faire des recommandations dans les résultats.


Dans l’annonce publiée sur le blog officiel de Google (http://goo.gl/JWtxL), Alma Whitten – Director of Privacy, Product and Engineering – indique ainsi ingénument que «si à l’avenir vous faites régulièrement des recherches sur Alain Ducasse, nous pourrions vous recommander des vidéos de lui lorsque vous cherchez des recettes sur YouTube, ou vous proposer des publicités pour ses livres de cuisine lorsque vous utilisez un autre service de Google.».


Autrement dit, Google va personnaliser davantage encore les résultats de ses utilisateurs «logués» et tiendra compte de leurs précédentes recherches sur le Web, des livres consultés dans Google Books, des numéros de téléphone appelés ou appelants sur l’Android, de la localisation, etc.


C’est là un changement complet dans le mode de fonctionnement du moteur, qui était jusqu’ici centré sur la recherche d’information, et dont l’algorithme de classement des résultats accordait une place prépondérante aux «backlinks» des pages, autrement dit aux liens pointant vers les pages web.


Bien plus qu’un service supplémentaire, Google+ bouleverse en fait l’écosystème de Google, qui intègre désormais dans son algorithme une pincée de personnalisation et une autre de social : «Personnalisation» avec le recoupement des données de l’utilisateur, et «Social» avec le «Search Plus Your World», proposé pour le moment uniquement aux Etats-Unis, mais qui ne devrait pas tarder à être intégré à Google.fr...


GOOGLE SEARCH PLUS YOUR WORLD : POUR TENIR COMPTE DES RECOMMANDATIONS DE SON RESEAU


Lancé le 10 janvier sur Google.com uniquement, la fonctionnalité «Search Plus Your World», réservée aux utilisateurs connectés avec leur compte Google, inclut et surtout signale parmi les résultats ceux qui ont été «recommandés» ou postés par les membres de son réseau.


Par le biais d’une icône spécifique située en haut à droite et que l’on peut désactiver, Google propose de passer de résultats dits «classiques» aux résultats «personnels», qui comprennent à la fois :


• des messages postés sur Google+ par les personnes suivies, via le lien «personal results» signalé en première réponse ;


• des pages signalées par les membres de son réseau, qu’ils aient cliqué sur le bouton «+1» ou qu’ils aient posté l’information sur Google+... Ces recommandations sont indiquées par une icône spécifique à gauche du titre, et par le nom et l’avatar du «contact» ;


• on peut également trouver, dans une colonne sur la droite, le profil Google+ d’une personnalité ou la page d’une marque.


Comme on le voit à travers ces évolutions – ou plutôt cette «révolution» – un nouveau Google est en train d’apparaître, qui place l’utilisateur au centre de son algorithme.


Car c’est bien d’un «nouveau Google» qu’il s’agit.


Dans une interview accordée à Bits – The Business of Technology, blog du New York Times (http://goo.gl/6Wbtu), Vic Gundotra, le Vice President for Engineering de Google, n’hésite pas à dire que Google+ n’est pas un réseau social – même s’il en a les fonctions – mais que c’est «juste une nouvelle version de Google», un peu comme une couche de social qui envelopperait toute l’expérience de Google.


“Everything is being upgraded. We already have users. We’re now upgrading them to what we consider Google 2.0.”


Plus que jamais, il faudra être attentif aux résultats des requêtes et chercher à les diversifier ... Mais aussi tester des alternatives à Google !




Béatrice Foenix-Riou
Publié dans le n° 96 de Netsources (Janvier-Février 2012)

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