Dialog : le supermarché de l'information

Dialog est l’un des plus anciens serveurs existant encore, sachant qu’il va bientôt migrer vers la nouvelle plateforme Proquest Dialog, suite au rachat de Dialog par Proquest. Celle-ci gardera l’essentiel de ses fonctionnalités mais en ajoutera d’autres, devenues classiques sur les nouveaux agrégateurs.

QUELQUES MOTS D’HISTOIRE...

C’est à l’occasion d’un travail d’été en 1960 chez Lockheed Missiles and Space Company que Roger Summit se vit confier la tâche de voir dans quelle mesure l’utilisation d’un ordinateur pouvait être utile dans une problématique de recherche d’information.

A cette époque en effet, il était considéré comme plus facile, moins cher et plus rapide de réeffectuer une recherche scientifique que de chercher à savoir si elle avait déjà été faite (!).

En 1964, Roger Summit fut nommé responsable d’un projet visant à développer des applications, des nouvelles techniques d’alors pour la recherche d’information.

Un premier prototype de Dialog fut rendu disponible en 1965.

Après diverses expériences d’applications, notamment à la Nasa avec le système RECON (Remote Console Information Retrieval System), Roger Summit proposa de lancer commercialement le service Dialog, ce qui fut fait en 1972 avec … trois banques de données seulement, alors qu’il allait en offrir 531 en 2002. Il en propose aujourd’hui 362, ce qui est loin d’être négligeable.

On peut expliquer cette diminution du nombre de bases par l’arrêt de la production de certaines «petites» banques de données et aussi par le choix de quelques producteurs de commercialiser directement leurs bases de données sans passer par un serveur.

Cette démarche permet effectivement de bien toucher le cœur de cible, mais risque de décourager ceux qui ont des besoins moins fréquents.

Par ailleurs, certaines bases comme Inspec ont à la fois continué leurs mises à jour et chargé des documents de périodes anciennes, amenant le total des références pour cette seule base à plus de dix millions.

La saga commenca en 1988, lorsque l’éditeur Knight Ridder acheta Dialog et le rebaptisa KRII (Knight Ridder Information Inc) en 1995.

Il acheta aussi le serveur suisse DataStar en 1993. Mais en 1997, préférant investir dans des journaux papier, il revendit l’ensemble à Maid, une société anglaise innovante mais qui était huit fois plus petite et avait une culture très différente. Cette société se rebaptisa Dialog, considérant à juste titre que c’était une marque forte.

En 2000, Thomson Corporation racheta un Dialog en mauvais état, pour sauvegarder en particulier un canal de distribution de ses banques de données.

En 2008 enfin, Proquest rachèta Dialog et DataStar, en projetant de réaliser une nouvelle plateforme Proquest Dialog, qui reprendrait l’essentiel des (larges) possibilités de l’un et l’autre serveur.

A l’heure ou nous écrivons ces lignes, le serveur DataStar a déjà été arrêté et Dialog le sera dans quelques mois.

On regrettera que pour les clients de DataStar, le transfert ne se soit pas très bien passé – en particulier pour les alertes – et l’on espère que le changement de plateforme se passera mieux pour les client de Dialog. 

On notera avec intérêt que c’est la première fois depuis … 1988 que Dialog a un propriétaire connaissant le secteur et ayant la volonté et les moyens d’innover.

Saluons aussi les remarquables intuitions de Roger Summit et de son équipe, car la quasi-totalité des fonctionnalités de Dialog n’ont pas pris une ride en 40 ans, malgré le développement du Web.

ASTUCES DE RECHERCHE

Les multiples possibilités de recherche sont l’une des caractéristiques de ce serveur, qui propose notamment :
             
- une recherche par étapes permettant d’utiliser les résultats d’une requête précédente, ce qui n’est pas possible sur le Web, ni sur nombre d’agrégateurs actuels ;

- un langage de commande très souple et performant avec troncatures et opérateurs de proximité. On dispose aussi d’un outil d’analyse d’un ensemble de documents (RANK) permettant, par exemple, de classer par ordre décroissant d’occur-rences les déposants d’un ensemble de brevets ou les codes de la classification brevets présents dans les brevets de cet ensemble ;

- la possibilité – parmi d’autres – de modifier facilement, grâce à un éditeur, une stratégie même complexe.

POINTS FORTS DE L’OFFRE

La présence dans l’offre d’un grand nombre de banques de données explique que depuis longtemps déjà Dialog est présenté comme une sorte supermarché de l’information.

On y trouve en effet :

- une collection de bases de données brevets (World Patents Index de Derwent, les brevets américains en texte intégral depuis 1971, ainsi que les brevets européens et PCT et les références de brevets japonais, chinois ou allemands) et une impression-nante collection de 32 bases sur les dépôts de marques ;

- une collection de bases de données scientifiques et techniques, avec l’essentiel des classiques dans les domaines de l’agriculture et l’alimentation, de la chimie, des matériaux, de l’énergie et l’environnement, de la médecine, la biologie et la pharmacie, des sciences de l’ingénierie et de la technologie ;

- des bases de données sur le management ;

 - des banques de données reprenant un grand nombre de titres de presse avec, cependant, peu de titres français ;

 - de nombreux annuaires d’entreprises couvrant les Etats-Unis et le monde entier ;

 - quelques bases de données dans les sciences humaines et sociales.

On regrettera simplement que, depuis plusieurs années, Dialog n’ait plus en France qu’une présence commerciale minimaliste.

En tout état de cause, une révolution est en cours, avec la montée en puissance progressive de la nouvelle plateforme Proquest/Dialog, destinée à créer un serveur de nouvelle génération visant à remplacer DataStar et Dialog.

POUR EN SEVOIR PLUS SUR L’HISTOIRE DE DIALOG :

• Reflections of the Begennings of Dialog, the birth of Online Information Access par Roger Summit. http://goo.gl/lyxZv

• Online before the Internet : Early Pioneers Tell Their Stories, par Susanne Bjoner et Stéphanie C. Ardito, Searcher juin 2003. http://goo.gl/uL9zm




François Libmann
Publié dans le n° 290 de Bases (Février 2012)

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