Les réseaux sociaux professionnels comme source d'information

Les réseaux sociaux, qu’ils soient professionnels ou non, sont des sites internet qui réunissent trois fonctionnalités, chacune plus ou moins développée selon le modèle commercial :
- ils permettent de créer une vitrine  de soi-même sur Internet. Dans le cas d’un réseau social professionnel, il s’agit d’une vitrine de ses compétences professionnelles à travers son CV en ligne et les discussions qu’on y laissera ;
- ils sont également des outils de communication et de conversation, l’outil de gestion des contacts n’étant ni plus ni moins qu’un carnet d’adresses mis à jour automatiquement. Les réseaux permettent d’adresser des messages à l’ensemble de ses contacts ou à certains d’entre eux, voire au-delà selon l’abonnement souscrit ;
- enfin, les réseaux sociaux peuvent également être considérés comme des bases de données, de véritables sources d’information.

Les premières sources d’information sont les contacts que permettent d’initier ces réseaux. Ensuite, dans le cas des réseaux professsionnels,  les informations laissées dans les CV des membres, les documents attachés à ces profils ou les archives de leurs conversations constituent également un réservoir intéressant.

Une littérature abondante et de nombreux blogs abordent les deux premières fonctionnalités : comment se présenter au mieux sur les réseaux sociaux, comment gérer ses contacts, quels sont les codes de communication de ces nouveaux médias, etc. On trouvera notamment des articles sur ce thème dans les blogs de Cadde Reputation (http://caddereputation.over-blog.com/), Locita (http://fr.locita.com/) ou encore MyCommunityManager (www.mycommunitymanager.fr/).

Nous développerons dans cet article la troisième fonctionnalité pour répondre aux questions : comment accéder aux informations et quelles sont-elles ?

Nous nous intéresserons essentiellement aux deux principaux réseaux présents en France :
- d’un côté : LinkedIn, le plus ancien des réseaux sociaux professionnels, qui revendique fin 2010 85 millions de membres dans le monde, dont 1,5 million en France ;
- de l’autre côté Viadeo, d’origine française, qui rassemble 35 millions de membres dans le monde dont 4,5 millions en France, d’après un communiqué de décembre 2010.

Parmi les autres réseaux dont nous ne parlerons pas dans cet article, citons  Xing – principalement présent en Allemagne –,  JDN, le Réseau du Journal du Net, ou encore les réseaux professionnels spécialisés comme Professeurs Documentalistes ou KM4Dev.

COMMENT CHERCHER SUR LES RESEAUX LES LIMITATIONS DES VERSIONS GRATUITES

Outre les revenus publicitaires, LinkedIn et Viadeo ont sensiblement le même modèle économique ; il est possible de s’y inscrire gratuitement, ce qui permet ainsi de bénéficier d’une vitrine sur Internet.

Les fonctionnalités de communication et de recherche au sein des réseaux sont en revanche limitées. Ainsi, avec un simple compte gratuit, les noms et certaines informations biographiques ne seront pas accessibles au-delà d’un certain nombre de contacts.

Pour Viadeo, avec un compte payant de 4,95 € à 6,95 € par mois (selon la durée d’abonnement choisie), toutes les limitations de recherche et de communication sont levées. Les critères de recherche parmi les fiches sont : nom, prénom, société, formation,  fonction, secteur et localisation (ville, région ou pays).

Pour LinkedIn, différents tarifs plus élevés sont proposés, libérant diverses options de recherche et de communication.

En ce qui concerne les fonctionnalités de recherche :

- de 24,95$ à 49,95$ par mois, 300 à 500 profils sont visibles par recherche, les critères étant sensiblement  les mêmes que sur Viadeo ; au-delà des personnes faisant partie du 3e degré de connexion (au-delà des amis de vos amis), les noms de famille des profils sont réduits à une initiale ;

- si vous payez 99,95$ ou 499,95$ par mois,  le nombre de profils accessibles est respectivement de 700 et 1000 et les noms de famille sont visibles, même au-delà du 3e degré de connexion. Des critères supplémentaires de recherche sont également disponibles : type de fonction, niveau hiérarchique, années d’expérience, taille de la société, classement de la société dans le Fortune 1000, etc.

Il faut cependant noter que certaines astuces permettent de contourner la limitation cachant le nom de famille, tant pour Linkedin que pour Viadeo. Les noms de familles sont en effet visibles lorsque l’on accède au profil par une recherche sur un moteur comme Google ou Bing. Ainsi, si l’on trouve une fiche dont la biographie est intéressante mais sans nom,  il peut suffire de faire une recherche sur Google  en utilisant la formule :  site:linkedin.com  prénom AND  “Nom de la société” AND  “Titre professionnel”.
Cette astuce n’est toutefois pas toujours efficace, certains profils n’étant pas référencés sur les moteurs par choix de leur auteur.

LinkedIn comporte cependant d’autres failles permettant de découvrir le nom complet : celui-ci peut apparaître dans la section Activity (cf. copie d’écran).

Trois autres sections sont également disponibles sur une fiche LinkedIn d’un profil : les liens vers les personnes qui recommandent ce profil, les liens des personnes que ce profil recommande et enfin les liens vers les personnes ayant été également consultées par d’autres visiteurs du profil initial (“Viewers of this profile also viewed...”).

Si l’on va sur les fiches de ces personnes, il est possible d’y voir le nom de la personne que l’on recherche.

Par exemple : on souhaite obtenir le nom de  Pierre A. ; celui-ci recommande un certain Paul ; en allant sur la fiche de ce Paul et en consultant la liste des personnes qui recommandent Paul, on a une probabilité d’y découvrir son nom.

On remarque cependant que ces astuces rallongent considérablement le temps de recherche pour un résultat incertain ; la souscription d’un abonnement devient vite indispensable dès lors que l’on a une utilisation intensive et professionnelle des réseaux.

Viadeo et LinkedIn disposent par ailleurs de formules spécifiques pour les services de ressources humaines, leur offrant un accès complet à la base de données, ainsi que différents outils évolués et collaboratifs de gestion des recherches, des contacts et des messages. Les tarifs les réservent cependant à des grands comptes.

QUELS TYPES DE CONTACTS PEUT-ON TROUVER DANS LES RESEAUX ?

La principale fonction des réseaux est de trouver des contacts intéressants.

Les recruteurs l’utilisent de plus en plus comme vivier pour identifier le candidat idéal. Ils l’utilisent aussi en phase finale de recrutement pour repérer d’anciens collègues du candidat finaliste, et prendre des références sur son passé professionnel.

LInkedIn propose un moteur de recherche spécifique permettant d’identifier les personnes ayant travaillé dans les mêmes sociétés et aux mêmes périodes qu’un profil. Cet onglet “Reference Search” n’est accessible qu’à partir du 3ème niveau d’abonnement.

Les commerciaux font également une utilisation abondante des réseaux, pour identifier  les contacts ayant un pouvoir de décision au sein d’une entreprise. Certains journalistes l’utilisent aussi pour repérer des experts susceptibles d’être interviewés sur un sujet.

Les professionnels sur un projet d’achat de logiciel ou d’un  produit quelconque comme l’abonnement à une banque de données peuvent identifier d’autres utilisateurs, en utilisant la recherche par mot-clé, et les contacter pour demander des références avant de se décider entre différentes options d’achat.

Les chercheurs d’emploi peuvent identifier les meilleurs contacts au sein d’une société pour envoyer une candidature spontanée.

Attention cependant aux déconvenues : les profils Viadeo et LinkedIn ne sont pas datés, et il est difficile de savoir s’ils sont toujours à jour.

La société Nomination a mené une petite expérience en vérifiant auprès des standards de sociétés 700 profils de dirigeants, sélectionnés sur différents réseaux : 40 % n’étaient plus en poste !

LES INFORMATIONS CONTENUES DANS LES PARCOURS PROFESSIONNELS

Que le profil soit à jour ou non, les parcours professionnels peuvent recéler de précieuses informations. En voici quelques exemples.

Pour les jeunes diplômés, il peut être intéressant de découvrir les parcours d’anciens élèves de la même école, afin de bâtir son propre projet professionnel.

Ils peuvent également étudier le turn-over au sein des sociétés en observant simplement combien de temps les salariés y restent. En regardant le parcours des employés d’une société comme L’Oréal, on voit par exemple très rapidement que les possibilités de carrière en interne sont nombreuses.

Il existe encore plusieurs entreprises qui ne disposent pas de sites internet et dont il peut être difficile de trouver des informations pertinentes dans les bases de données économiques.

C’est le cas de TPE / PME, mais également de filiales de grands groupes. Les grandes sociétés de distribution ont ainsi des structures spécifiques en charge des achats ou de la logistique (Comacas pour Casino) ; d’autres groupes ont pu développer des petites structures en charge de l’administratif ou de l’informatique, sur le modèle de cabinets de conseil ou de SSII internalisés. Les réseaux sociaux permettent alors de compléter l’organigramme fonctionnel d’une société.

On peut également trouver les chiffres-clés d’une filiale secondaire d’un groupe.

Par exemple, les chiffres-clés concernant un pays comme la France ne seront pas forcément donnés dans la communication financière d’un groupe étranger, car il s’agit d’un petit pays du point de vue de son activité ; il est possible en revanche qu’un directeur de ce pays indique dans son profil des éléments comme le chiffre d’affaires, les effectifs, le nombre de magasins – pour un distributeur –, etc. Attention cependant à la fiabilité des ces informations.

Dans les descriptions de leurs fonctions, les personnes peuvent également dévoiler des informations pertinentes ; il n’est pas rare de trouver ainsi, à titre d’exemple :
- les effectifs d’une équipe, les fonctions de ses différents membres, les méthodes de management utilisées ;
- les projets stratégiques ou tactiques de la société et les moyens mis en œuvre pour y arriver ;
- les budgets achats des lignes de métier ;
- les ressources utilisées (progiciels...) ;
- les types de fonction externalisées auprès d’un prestataire.

Un commercial peut quant à lui dévoiler les grands comptes clients de sa société ou le nombre de ses clients. Un responsable marketing peut indiquer sur quels secteurs ou type de clients ses efforts sont particulièrement portés. On peut même trouver  des personnes particulièrement bavardes, qui dévoilent heure par heure le déroulement d’une journée-type...

Toutes ces informations sont bien sûr sujettes à interprétations. Il ne faut pas oublier que tout le monde utilise les réseaux sociaux pour se mettre en valeur. Les personnes intéressées par la veille concurrentielle ou le renseignement économique pourront cependant utiliser ces données à bon escient, en les comparant à des informations obtenues par ailleurs.

Les chercheurs d’emploi pourront y trouver l’inspiration pour écrire une lettre de candidature spontanée particulièrement bien ciblée, ou préparer efficacement un entretien d’embauche, au cours duquel ils sauront montrer qu’ils connaissent bien l’entreprise.

Signalons enfin l’existence des groupes de discussions (Hubs chez Viadeo), qui permettent l’échange d’informations entre membres. La recherche d’informations y est toutefois malaisée.

On notera d’autre part que LinkedIn a lancé une nouvelle fonctionnalité Signal, qui permet de mieux gérer les annonces de ses contacts. Cependant, ces questions concernent plutôt une logique de veille que de recherche pure.

Nous venons de le voir, les réseaux sociaux peuvent devenir une mine inépuisable d’informations économiques.

Comme toute mine précieuse cependant, on risque de devoir creuser dans beaucoup de charbon avant de trouver le diamant convoité et la sérendipité, cette faculté de pouvoir capter et utiliser une information qu’on ne recherchait pas a priori, est  une qualité essentielle pour celui qui veut rechercher efficacement dans les réseaux sociaux professionnels.

Pour conclure, il est utile d’appliquer ces raisonnements de recherche à soi-même car, avant de pouvoir mener des recherches au sein des réseaux, il faut commencer par renseigner son propre profil. Il faut alors trouver le subtil équilibre entre “quelles informations suis-je prêt à donner pour attirer vers moi des contacts intéressants” et “qu’est-ce que je ne peux pas me permettre de dévoiler aux curieux de passage”.


Marc Andouche
Publié dans le n°89 de Netsources (novembre-décembre 2010)

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