Questel : premier serveur d'information brevets

Né en juin 1979 sous le nom de Telesystemes Questel, filiale de France Telecom, Questel a connu une histoire pleine de rebondissements jusqu’à aujourd’hui, où il est devenu  l’un des principaux acteurs mondiaux en matière de banques de données brevets.

QUELQUES MOTS D’HISTOIRE...

Avec une fonction de «serveur national», Questel – alors subventionné –  était à l’origine destiné à accueillir les principales banques de données françaises, elles aussi  pour la plupart subventionnées.

Dès 1980, contact fut pris avec l’Inpi et cet intérêt pour les brevets ne s’est jamais démenti, puisque ceux-ci sont aujourd’hui au cœur de la stratégie de Questel.

D’autres secteurs ont été un temps abordés et développés, comme le juridique et la presse, avant d’être complètement  abandonnés.

La première vie de Questel n’a pas été un «long fleuve tranquille» et la société à même failli disparaître.

Entre l’étroitesse du marché à l’époque, les analyses quelquefois discutables du management, la dépendance vis à vis du politique et la variation des priorités de celui-ci – suite notamment à la disparition de la Midist et de la Dbmist, organismes publics un temps très actifs et incitatifs dans le secteur –, le serveur Questel avait un avenir plutôt sombre.

Cela malgré des relations (très) privilégiées avec les offices de brevet français et européen et d’éphémères accords de distribution avec d’autres serveurs (Nexis de Mead Data, FT Profile ou Esa/Irs, ces deux derniers ayant disparu depuis).

On notera toutefois que l’appartenance au secteur public a pu faciliter le financement du rachat en 1994 du serveur Orbit, l’un des plus anciens serveurs américains. Ce dernier, plutôt centré sur les brevets et l’industrie pétrolière, ayant l’essentiel de sa clientèle aux Etats-Unis et en Australie, avait connu une histoire particulièrement mouve-mentée et faisait à l’époque partie des ruines de l’empire de feu Robert Maxwell (voir Bases n°91, janvier 1994, «Orbit : une histoire mouvementée »).

Ce rachat s’est révélé être une excellente opération stratégique sur le long terme, et a clairement renforcé la position de Questel – devenu Questel.Orbit – dans le domaine de la propriété intellectuelle et à l’international.

Après le passage d’un PDG envoyé par France Telecom, qui échoua – malgré ses efforts et ses provocations – tant à vendre la société qu’à la liquider, son successeur Jean Besson fit effectuer une étude sur les orientations stratégiques possibles et décida de concentrer la société sur la propriété intellectuelle, en lançant en 1998 le programme Intellectual Property Gold.

En 2000, Jean Besson, créa la structure IPG SA (Intelligence Property Group) dont il avait le contrôle et qui, avec une partie des salariés, prit 80 % du capital de Questel, France Telecom en gardant 20 % pour rassurer tout le monde – avant finalement de les céder, pour cause d’absence de motivation –.

A la fin 2007, SGCE (Société Générale Capital Europe) prit une participation majoritaire (51 %) dans le capital de Questel, au travers d’une acquisition par LBO (Leverage Buy Out). A cette occasion le nombre de salariés actionnaires de Questel  passa de 30 à 90, sur un total de 120.

Après sa prise d’indépen-dance, Questel se lança dans une politique d’acquisitions.

Il acheta un nombre important de nouvelles sources, en particulier le Belge Edital dans le domaine des marques en 2005 et l’Allemand DesignMuster en 2006 pour les dessins et modèles.

Le produit Edital, jugé plus performant, se substitua début 2010 aux produits maison tels que Trademark Explorer.

En juin 2010, Questel vendit finalement Edital à CT Corsearch, une filiale de Wolters Kluwer car «il est des offres qu’on ne peut refuser».

La société procéda aussi à une série d’intégrations vers l’aval, avec Lingway par exemple – dont elle prit une part du capital, ce dernier apportant ses compétences en analyse sémantique – et avec d’autres partenaires, tel qu’Intellixir, spécialiste du traitement des données structurées, dont l’utilisation d’une partie de ses possibilités est disponible en option du contrat.

ASTUCES DE RECHERCHE

Recentré sur les brevets, Questel offre l’accès à ses bases à travers deux interfaces.

Si la première – Qweb – utilise les commandes du langage Questel, la seconde – Orbit – est une interface destinée tant aux professionnels qu’aux non-professionnels de l’infor-mation ; elle offre de multiples possibilités, tout en faisant apparaître la stratégie telle qu’elle est traduite, à partir des choix effectués dans différents menus.

Le produit phare de Questel est FamPat, qui est une base de données mondiale sur les brevets (avec des données issues de plus 95 offices), construite à partir de PlusPat. Mais dans FamPat, un document correspond à une famille de brevets, alors qu’il correspond à un brevet dans PlusPat.

Lancée en septembre 2000, Pluspat est basée sur le fichier DOCDB de l’OEB (Office européen des brevets), auquel Questel a rajouté d’autres informations.

FamPat quant à elle a récemment intégré toutes les banques de données brevets présentes sur le serveur (brevets suisses, belges, brésiliens, scandinaves, chinois, japonais…).

FamPat devient ainsi un concurrent sérieux de PatBase proposée par Minesoft et de TotalPatent de LexisNexis, qui ont regroupé en un seul fichier l’ensemble de leurs collections de brevets.

FamPat se veut aussi une alternative beaucoup moins chère à World Patents Index, base de données internationale à forte valeur ajoutée (notamment car les titres et les abstracts sont réécrit).

Questel offre par ailleurs une série de banques de données bibliographiques dans le domaine scientifique et technique, telles que Compendex et Inspec, qui permettent de compléter utilement une recherche brevet.

Questel reste également présent dans la chimie avec le produit Merged Markush Service (MMS), qui est un service d’information permettant la recherche des structures chimiques présentes dans les brevets.

La base de donnée MMS renferme la plus grande collection au monde de structures chimiques généri-ques (formule de Markush) disponible en ligne.

Questel est un bon exemple de société qui, malgré le peu de soutien public dans une période récente, connaît un grand succès tant en France qu’à l’international.



François Libmann
Publié dans le n° 290 de Bases (Février 2012)

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