Scoop.it : la curation à la Une

2010 était l’année du community management, 2011 sera celle de la curation.

Voici, dans les grandes lignes, ce que l’on peut lire depuis quelques temps sur les blogs et les réseaux sociaux où s’entremêlent joyeusement les concepts obscurs de curation et de curator et une liste toujours plus longue d’outils prénommés Scoop.it, Storify ou encore Curated.by.

A l’occasion du lancement de la “plateforme de curation” Scoop.it en version bêta privée, nous avons décidé de faire le point sur ce concept résolument tendance et de présenter cet outil en nous interrogeant sur ses utilisations possibles dans le monde de l’information.

La “curation” et le “curator” : mais qu’est-ce que c’est ?

Le curator, terme anglais qui n’a rien de véritablement nouveau, fait initialement référence à une personne responsable de la gestion du contenu et des collections au sein d’une institution comme un musée, une bibliothèque, etc. : un conservateur, en somme…

Les nouveaux évangélistes de la curation se sont donc réapproprié le concept en lui conférant un rôle un peu plus large où le curator, aussi appelé “social curator” ou “content curator” devient une personne qui trouve, regroupe, organise et partage en ligne les informations les plus pertinentes sur un sujet spécifique.

A l’énoncé d’une telle définition, on ne peut qu’être frappé par l’étrange ressemblance qu’il y a entre le curator et le professionnel de l’information, dont c’est le métier depuis déjà bien longtemps.

Parallèlement à l’émergence (ou plutôt la résurgence) du concept, de nombreuses sociétés ont décidé de surfer sur le phénomène en créant des “plateformes de curation”, ou tout simplement en accolant une étiquette “curation” à des outils déjà existant, comme Pearltrees par exemple.

Tous n’ont pas les mêmes usages mais ils se rejoignent sur deux points : d’une part l’importance donnée à l’humain face à l’algorithme, qui va donner du sens, contextualiser et sélectionner l’information pertinente, afin de sortir du bruit généré par le Web et, d’autre part, la volonté de diffuser l’information à l’ensemble des internautes et non à une sélection de personnes triées sur le volet.
On remarquera également qu’un grand nombre de ces outils se focalisent principalement sur l’information issue de sources du Web social ou 2.0 (Twitter, réseaux sociaux et blogs).

La curation n’a donc rien d’un concept révolutionnaire et novateur et semble surtout s’apparenter à un phénomène marketing, basé sur un principe très simple : “comment faire du neuf avec du vieux en le rendant plus attractif, grâce à un zeste de Web social”.

Toujours est-il que ce phénomène a le mérite de replacer l’humain au cœur de la sélection de l’information et de sa classification, vision qui avait été quelque peu délaissée ces dernières années, au profit d’outils tout puissants, soi-disant capable de réduire, au moins en grande partie, l’intervention humaine.
De ce point de vue là, on ne pourra donc que se réjouir de voir revenir sur le devant de la scène un sujet cher aux professionnels de l’information.

Scoop.it : un outil à la croisée de plusieurs chemins

Lancé en cette fin d’année en version bêta privée, Scoop.it est un outil créé par la société française Goojet (mais disponible uniquement en anglais), qui se définit comme une plateforme de “curation”.
Le principe est simple : l’utilisateur créé un thème (c'est-à-dire une page) sur un sujet qui l’intéresse et y injecte des informations pertinentes qu’il a pu repérer sur le Web (actualités Twitter, vidéos Youtube, billets de blogs, pages d’un site…). Les informations sont présentées à la façon d’un magazine et l’utilisateur pourra éditer chaque contenu comme bon lui semble (ajout de commentaires, modification du texte, ajout d’une photo, etc.).
Au regard de la vidéo de présentation disponible sur son site, Scoop.it semble plutôt cibler un public d’amateurs passionnés, mais on verra qu’une utilisation professionnelle du service, notamment dans une perspective de veille, est également envisageable.

Premier constat : Scoop.it nous paraît presque familier tant il est facile à prendre en main.

Ceci n’a rien d’étonnant puisque qu’il se situe à la croisée entre l’agrégateur de flux, l’outil de bookmarking social et la plateforme de diffusion.

Pour commencer à utiliser Scoop.it, la création d’un compte est obligatoire.
Une fois cette étape terminée, l’utilisateur va pouvoir créer une page sur le thème qui l’intéresse en cliquant sur le bouton “Create a topic” puis en entrant le nom de la page, une description, la langue, des mots-clés et éventuellement une image. On notera avec regret que le nom de la page est unique et ne peut être utilisé par plusieurs internautes : premier arrivé, premier servi. Cette limitation peut, selon nous, conduire quelques personnes peu scrupuleuses à réserver une multitude de noms susceptibles d’avoir du succès.

A titre d’exemple, le topic “veille” (qui, soit dit en passant, ne contient pas la moindre information) a déjà été créé par un utilisateur, qui a également déposé plus d’une centaine de noms comme e-réputation, environnement, facebook, linkedIn, Mégavideo ou encore presidentielles2012. Les créateurs de Scoop.it vont donc devoir réfléchir à une manière de régler ce problème, faute de quoi cela risque de produire un effet désastreux sur la qualité des contenus proposés.

Une fois la page créée, l’utilisateur se retrouve dans l’espace de gestion de son topic, qui se décompose en 2 colonnes : “Suggested Content” à gauche et “Published Content” à droite. Le contenu de la colonne Suggested Content provient, par défaut, d’alertes créées automatiquement par Scoop.it à partir des mots-clés entrés lors de la création de la page.

En y regardant de plus près, on constate que Scoop.it met en place des alertes sur Twitter, Digg, YouTube, Google news, Google blog et Google vidéos sur chaque mot-clé, ainsi qu’une alerte regroupant tous les mots-clés séparés par un AND pour chacun des canaux.

Pour un outil qui cherche à devenir un remède à l’infobésité, il est un peu contradictoire de commencer par noyer l’utilisateur sous l’information.
Néanmoins, on peut modifier les tags sur lesquels portent la recherche, supprimer certaines alertes mais également ajouter ses propres sources (blog, utilisateur Twitter ou liste Twitter) en cliquant sur la rubrique Manage Sources dans la barre en haut de l’écran.

De ce point de vue, Scoop.it nous fait un penser à un agrégateur de flux RSS, à ceci près que la majorité des agrégateurs effectuent ce travail bien mieux que lui, et offrent des fonctionnalités plus avancées (classification des sources par dossier, possibilité de filtrer par mot-clé, présentation des résultats plus adaptée, fonctionnalités de recherche, etc.).

Pour la collecte d’information, mieux vaut donc continuer à utiliser son agrégateur habituel.
Là où l’outil devient plus intéressant, c’est au niveau de la capitalisation de l’information et surtout de sa diffusion.

En revenant sur l’interface de gestion, on peut décider de publier sur son topic les informations de la colonne Suggested Content jugées intéressantes, d’un simple clic sur le bouton Scoop.it situé au-dessus de chaque donnée.
L’information – composée du titre, de l’URL, des éventuelles photos et des premières lignes du texte –  apparaît alors dans la colonne Published Content, par ordre antechronologique.

D’autre part, on peut également ajouter du contenu lors de sa navigation web grâce au bookmarklet que l’on installe dans la barre personnelle de son navigateur.

Lorsque l’on découvre une page que l’on souhaite ajouter, il suffit de cliquer sur le bouton Scoop.it de la barre d’outils pour ouvrir une fenêtre pop-up, qui indique automatiquement le titre de la page, les premières lignes du texte, la possibilité de publier ce contenu sur Twitter et/ou Facebook et une liste déroulante dans laquelle il faut choisir le topic (si l’on en a plusieurs) dans lequel on souhaite publier ce contenu. Scoop.it s’apparente alors à un outil de bookmarking social comme Diigo ou Delicious, à la seule différence que le contenu bookmarké ne peut pas être privé.

Pour visualiser le contenu tel qu’il apparaît aux yeux des autres internautes, il suffit de cliquer sur l’icône View en haut de l’interface de gestion. Les informations sont présentées à la manière d’un magazine (ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Paper.li) et sont modifiables et personnalisables à souhait (déplacement des blocs d’informations, édition du texte, organisation graphique du texte et des photos, etc.), ce qui lui confère un aspect très agréable.

Pour finir, Scoop.it permet également à l’utilisateur de suivre les topics d’autres internautes – un peu à la manière d’une liste de suivi dans Twitter ou Diigo –, et de récupérer un flux RSS pour l’ensemble des topics choisis.

Scoop.it est encore loin d’être parfait mais il ne faut pas oublier qu’il n’en est qu’à sa version bêta, ce qui lui laisse encore une grosse marge de progression. Alors que l’aspect collecte ne nous a absolument pas convaincus, les aspects bookmarking et diffusion nous ont laissé entrevoir des perspectives intéressantes pour l’avenir, notamment au niveau de la diffusion d’une veille publique réalisée à partir d’outils gratuits. Scoop.it pourrait alors permettre de rassembler au sein d’une seule plateforme plusieurs étapes habituellement effectuées dans plusieurs outils : le veilleur réaliserait sa collecte d’information à part, puis ajouterait les informations pertinentes grâce au bookmarklet Scoop.it (à condition d’y apporter quelques améliorations), éditerait son contenu selon ses besoins et diffuserait tout cela sur son ou ses topics, ainsi que sur Twitter et Facebook.

Au niveau de la diffusion, il faut bien avouer que Scoop.it dispose d’un atout de taille : son ergonomie, qui est beaucoup plus lisible qu’un flux Twitter ou un groupe Facebook et plus facile à mettre en place et surtout plus agréable à consulter qu’un portail Netvibes.

Et pourquoi ne pas imaginer à l’avenir une version payante et privée, permettant de diffuser sa veille en interne ?


Carole Barthole
Publié dans le n°89 de Netsources (novembre-décembre 2010)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire