Pinterest : pêle-mêle numérique et juridique

Depuis plusieurs mois, on voit défiler de nombreux articles sur le réseau social du moment – Pinterest –, qui accueille plusieurs millions de visiteurs chaque mois et a été élu « meilleure start-up 2011» par Techrunch.

Mais en quoi réussit-il à se différencier des ses concurrents célèbres comme Facebook, Twitter ou Google+ ? Comment fonctionne t-il et quel intérêt peut-il avoir pour un professionnel de l’information ? Pour le savoir, nous avons décidé de le tester.

Mais avant cela, il convient de retracer brièvement son histoire : Pinterest a été créé en mars 2010 à Palo Alto en Californie (rien d’étonnant à cela pour un réseau social !) et l’entreprise regroupe à l’heure actuelle une trentaine de personnes.

Alors, que la majorité des réseaux sociaux sur le marché sont tournés vers l’écrit, Pinterest a fait le pari de s’intéresser exclusivement à du contenu visuel : photos, images, illustrations et vidéos.

Le contenu textuel n’a quant à lui qu’un rôle très secondaire, puisqu’il n’apparaît qu’en légende des images ou en commentaires.

Le service est accessible sur invitation uniquement mais il n’est pas très difficile d’en obtenir une. Il suffit de s’inscrire sur la liste d’attente du site et d’attendre quelques heures ou au maximum quelques jours pour recevoir son invitation par mail.

Notons qu’il est obligatoire de relier son compte Pinterest à un compte Facebook ou Twitter lors de l’inscription.

PINTEREST : PRINCIPES DE FONCTIONNEMENT

Sur le principe, Pinterest fonctionne sur le modèle du pêle-mêle. L’internaute dispose de plusieurs tableaux – il peut en créer autant qu’il le souhaite – appelés «Pinboards», sur lesquels il peut épingler n’importe quel contenu visuel (images, photos, vidéos, dessins…). Il peut accrocher du contenu qui lui appartient, du contenu qu’il a trouvé sur le Web et il peut même ré-épingler sur son board des éléments trouvés sur les Pinboards d’autres utilisateurs.

Au fond, le fonctionnement est le même que sur les autres réseaux sociaux, sauf que le vocabulaire change : on ne parle pas de mur (wall) mais de Pinboard, on ne «bookmark» pas un élément mais on le «pin» et on ne retweete pas, on «repin».

La page d’accueil de Pinterest fonctionne d’ailleurs sur le même principe que la Timeline de Facebook ou de Twitter, puisque l’on peut voir s’afficher par ordre antechronologique les derniers éléments ajoutés par les membres que l’on suit, ainsi que ses propres ajouts.

Il est important de noter qu’il n’existe aucun espace privé : toutes les images ajoutées sur ses «Pinboards» sont forcément publiques et donc accessibles par tous les internautes.

De même, n’importe qui peut ajouter des commentaires. Le seul élément paramétrable se situe dans les propriétés de chaque «Pinboard», où l’on peut choisir qui a le droit d’y épingler des éléments.

Avant de commencer à utiliser pleinement Pinterest, il est indispensable d’ajouter le «Pin-it button » dans la barre de son navigateur.

Une fois installé, ce plugin permettra d’ajouter en un clic une ou plusieurs images depuis une page web.

ELEMENTS DE BASE


On commencera par créer un ou plusieurs Pinboards, qui feront office de dossiers et permettront de regrouper par la suite des images et vidéos sur une même thématique.

On cliquera donc sur «Add +» – en haut à droite de l’écran d’accueil –, puis sur «Create a board» ; on entrera le nom du Pinboard, on choisira la thématique associée, puis on définira quelles sont les personnes autorisées à ajouter des éléments sur ce «board».

Pour ajouter des éléments visuels sur un Pinboard, il existe trois possibilités.

La première consiste à utiliser le «Pin-it Button» précédemment installé, pour ajouter une image ou une vidéo disponible sur le Web. Lorsque l’on se trouve sur la page web contenant l’image à ajouter, il suffit de cliquer sur ce bouton pour afficher une page contenant toutes les images repérées sur la page web en question ; il faut ensuite cliquer sur celles que l’on souhaite ajouter à Pinterest.

Pour les deux autres possibilités, il faut se rendre sur le site de Pinterest, cliquer sur «Add » en haut à droite puis sur «Add a Pin» ou «Upload a Pin».

Dans le premier cas, on entrera l’URL de l’image ou de la page où se trouve l’image ; dans le second, on ira chercher une image enregistrée sur son disque dur. Dans tous les cas, on devra choisir sur quel «Pinboard» on épinglera l’image, puis on entrera une légende (limitée à 500 caractères maximum).

On accèdera facilement aux éléments ajoutés en cliquant sur son nom ou pseudo en haut à droite de l’écran. Cela permet d’ouvrir sa page de profil, où l’on peut visualiser ses boards, ses pins, les éléments que l’on a «liké» et son activité sur le réseau.

RECHERCHER DES PERSONNES OU ELEMENTS


Pour identifier du contenu publié par d’autres membres, on peut naviguer dans le contenu disponible, ou bien utiliser le moteur de recherche proposé en haut à gauche de l’écran.

Dans le premier cas, on peut naviguer dans les catégories en cliquant sur «Everything» sur la page d’accueil juste en dessous du logo de Pinterest, Vidéos, Popular ou Gifts. Les éléments semblent ensuite classés par ordre ante chronologique.

Pour ce que est du moteur de recherche, il se limite à des fonctionnalités très basiques, puisqu’on peut simplement entrer des termes séparés implicitement par un AND, une expression exacte ou exclure un terme en utilisant un tiret. Le OR en revanche ne semble pas fonctionner.

Dans un second temps, on choisit si l’on souhaite visualiser les Pins répondant à ces critères ou bien les boards, ou encore les membres.

Une fois la recherche lancée, il est impossible de connaître le nombre exact de résultats et le classement opéré pour ceux-ci reste assez énigmatique.

Sur chaque Pin, c’est-à-dire sur chaque image ou vidéo, trois actions sont possibles : le «repin» – c’est-à-dire ajouter cet élément à l’un de ses propres Pinboards –, le «like» (comme sur Facebook) ou l’ajout de commentaires. Pour les boards ou membres identifiés, on a la possibilité de cliquer sur un bouton «Follow» et de suivre à l’avenir les nouveaux éléments ajoutés. Ces éléments s’ajouteront automatiquement sur la page d’accueil.

UN PROBLEME MAJEUR / LE DROIT D'AUTEUR


Depuis peu, Pinterest se retrouve au centre d’une polémique concernant la violation du droit d’auteur.

En effet, la majorité des éléments publiés sur le site (certains parlent de 99% du contenu) ne respecterait pas le droit d’auteur, puisque de nombreux membres épinglent des images qui ne sont pas les leurs. Même si généralement, il y a un lien vers la page d’origine de l’image, peu de personnes choisissent de s’y rendre étant donné qu’ils peuvent la visualiser en bonne qualité sur Pinterest.

Face à ce scandale, l’équipe de Pinterest a modifié ses conditions d’utilisation en obligeant ses membres à cocher la case «je m’engage à ne pas enfreindre les droits d’auteur, le droit à l’image ou n’importe quel droit de propriété d’une tierce partie» au moment de l’inscription. Il est d’autre part possible de demander, via un formulaire, le retrait de certains contenus ou bien d’interdire tout ajout de contenu dans Pinterest depuis son site.

Mais ce n’est pas parce que les internautes signent une clause qu’ils la respectent. En naviguant un peu sur le site, on se rend vite compte que le comportement des membres n’a pas vraiment changé…

UN INTERET LIMITE POUR LES PROFESSIONNELS DE L’INFODOC ?

Même si le site est agréable, l’intérêt pour les professionnels de l’information semble pour le moment assez restreint (il en était de même pour Twitter à ses débuts, donc tout reste cependant possible).

Pinterest peut évidemment être utilisé comme outil de recherche ou banque d’images, mais la simplicité de la recherche et les problèmes de droit d’auteur laisse pour le moment dubitatif… On pourrait également l’envisager comme outil de gestion et/ou de diffusion pour les personnes en charge de contenus visuels. Mais l’absence d’espace privé ou semi-privé restreint considérablement les champs d’action.

Au final, bien qu’à mi-chemin entre Flickr, Diigo, Twitter et Facebook, Pinterest n’a malheureusement pas gardé le meilleur de chacun de ces outils.

Pas sûr qu’il fasse encore le buzz dans les prochains mois !


Carole Tisserand-Barthole
Publié dans le n° 97 de Netsources (Mars-Avril 2012)

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