Nouveaux usages de la veille : 5 pratiques en émergence analysées par le GFII

L’Internet (en tant que réseau des réseaux) tel que nous le connaissons et le pratiquons aujourd’hui n’a qu’une vingtaine d’années. C’est peu au regard de ce que représentent les cycles économiques et beaucoup si l’on considère la masse d’expériences acquise.

Dans le même temps, le marché de l’information s’est largement recomposé. Il s’est construit – et continue de se construire – sous l’effet des ruptures technologiques qui s’y produisent et qui elles-mêmes engendrent les ruptures dans les usages.

De la fonction documentation centralisée dans les organisations, pour ordonner l’accès aux données informationnelles, nous sommes passés à une logique de décentralisation des processus de collecte et d’automatisation des tâches de surveillance

Pour apporter aux acteurs de l’information un éclairage sur cette évolution, le GFII (Groupement français de l’industrie de l’information) a tenté d’identifier et d’analyser les nouveaux usages de la veille qui se dessinent dans les organisations.

Réalisée dans le cadre des travaux du groupe de travail intelligence économique et économie de la connaissance du GFII, l’analyse s’est faite sur la base d’une observation des pratiques de veille et attentes exprimées par les utilisateurs (des auditions ont été réalisées sur l’année 2011), mais aussi d’une recherche documentaire et de retours d’experts qui se sont exprimés sur le sujet à diverses occasions.

Au final, les fournisseurs de services et de solutions de veille ont apporté leur propre vision, prenant en compte les attentes exprimées par leurs utilisateurs.

Les résultats de l’analyse sont présentés dans un livre blanc de 56 pages, qui s’articule autour des cinq grandes pratiques identifiées :

• la veille en temps réel ;

• la veille sur les réseaux sociaux ;

• la veille multimédia ;

• la veille multilingue ;

• la cartographie et la représentation visuelle de l’information dans le processus de veille.

Les premiers éléments de synthèse permettent de pointer les tendances lourdes qui se dessinent sur le secteur de la veille, caractérisé par des ruptures en cours.

Les tendances observées, qui structureront à l’avenir les métiers et pratiques autour de la veille, sont définitivement liées aux évolutions que connaîtra l’Internet.

Au titre de ces évolutions, l’analyse revient sur :

• le phénomène des « big data » et plus généralement l’ouverture des jeux de données qui, à terme, devrait conduire à l’émergence et au développement d’un web sémantique. On touche dès lors aux enjeux que recouvrent la structuration et l’intercon-nexion de ces données, pour offrir aux machines la capacité de les lier entre elles pour les rendre signifiantes ;

• le pilotage de l’activité de veille par le recours aux interfaces visuelles de restitution, destinées à faciliter et préparer l’analyse. C’est, plus largement, une interrogation sur l’émergence des outils de data visualisation pour une interprétation visuelle et dynamique des données traitées.

Au-delà de ces évolutions, l’analyse insiste sur les impacts organisationnels qu’induisent ces ruptures :

• le rapport à l’information dans l’organisation est envisagé autrement dans ses modalités d’accès, de transmission et d’archivage.

C’est ainsi mettre en perspective les arbitrages qui ne manqueront pas de s’opérer entre l’intégration des données dans le système d’information et l’hébergement externe de ces données dans le «nuage informatique» ;

• l’organisation déconcentrée dans laquelle l’interface utilisateur tend à devenir le point d’accès aux données, avec pour effet le reformatage de la fonction documentation classique.

L’analyse permet enfin d’appréhender cette nouvelle dynamique sur le marché de l’information :

• un marché sur lequel les nouveaux entrants impulsent des modèles d’innovations fonctionnelles, qui mettent en avant la notion d’expérience utilisateur ;

• l’élaboration de nouveaux modèles de valorisation de l’information, qui tendent au développement de services personnalisés en fonction du besoin client. Les modèles économiques qui permettront à l’avenir aux fournisseurs de monétiser ces services d’information seront vraisemblablement moins rigides que les types d’abonnements pratiqués depuis des décennies ;

• la poursuite de la convergence des services d’information fournis entre les fournisseurs de contenus éditoriaux et ceux de solutions et d’outils.

Au final, l’analyse fait le constat que l’écart tend à se réduire dans les pratiques de veille, entre l’expert et le veilleur qui sommeille en chaque professionnel.

L'innovation a irrigué l'ensemble des outils sans distinction de cible et concourt à l'idée largement répandue que l’accès à l'information s'est démocratisé.

La synthèse de ce travail est reprise dans un livre blanc en libre accès.

Le lecteur y trouvera un cadre de réflexion pour appréhender les tendances qui se dessinent et envisager les hypothèses sur les voies possibles de ce que pourrait être une activité de veille d’ici quelques années.

L’auteur :

Ludovic Bour est animateur du groupe de travail Intelligence économique et économie de la connaissance du GFII, administrateur du GFII, et responsable marketing à l’ACFCI

Pour consulter l’étude :
http://goo.gl/H48JI



Ludovic Bour
Publié dans le n° 295 de Bases (Juillet-Août 2012)

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