Questel place la propriété industrielle dans la stratégie d'entreprise

Questel a récemment organisé une journée utilisateurs, pour présenter les nombreuses évolutions de sa plateforme Orbit. Mais l’objectif était aussi, ce qui est plus original, de réellement faire le lien entre la démarche de propriété intellectuelle et les différents services et niveaux hiérarchiques de l'entreprise, qui ont des besoins spécifiques, tant en matière d'information «stricto sensu» que de présentation de cette information.

Ce dernier aspect a été présenté de deux façons complémentaires : par un exposé du Dr Paul B. Germeraad, du cabinet Intellectual Assets Inc., un consultant américain ayant une grande expérience de cette démarche, puis par la présentation d'un exemple d'application, à partir des possibilités de recherche et d'analyse de la plateforme Orbit.

PASSER DU LANGAGE BREVET AU LANGAGE AFFAIRES

Dans l'exposé du Dr Germeraad, nous avons retenu en particulier des tableaux synthétiques, que nous avons trouvés très parlants.

Le premier concerne les applications fondamentales de la propriété industrielle (PI), et met en lien la problématique de l'entreprise et les réponses apportées par la PI. On trouvera ce tableau page suivante (tableau 1).

Un autre tableau explique l'adaptation qu’il fdit y avoir entre le format d'information et le niveau de précision de celle-ci, et les différents décisionnaires auxquels elle est présentée.

A titre d'exemple, une présentation visuelle de l’information est à privilégier pour le «top management» (CEO...), son contenu dépendant de la décision à prendre.

Le service juridique en revanche aura besoin d'une information très détaillée, pour pouvoir assurer la liberté d'exploitation (à 95 % car, comme on le sait, il ne s'agit pas d'une science tout à fait exacte).

Pour le service R&D, une combinaison d'éléments visuels et d'une description détaillée aura pour objectif d'accélérer la R&D.

Quant au service communication, il aura besoin d’éléments visuels et d’un résumé détaillé pour optimiser sa communication.

Un autre tableau (voir tableau 2, ci-contre) fait bien ressortir le compromis systématique à choisir selon les étapes industrielles, en déterminant les niveaux de précision, de délais et de coûts de l'information brevet.

Le docteur Germeraad distingue quatre étapes : étude préliminaire d'une idée industrielle, développement d'une hypothèse industrielle, préparation d'une étude industrielle et, enfin, audit d'une étude industrielle.

A mesure de l'avancement du développement, les délais comme les coûts augmentent, de même que la compétence requise spécifiquement en PI.

La façon d’organiser l'information provenant de la PI pour la présenter aux dirigeants industriels a enfin fait l’objet d’un tableau très visuel (voir tableau 3, page suivante), dont les illustrations sont issues du module d'analyse de la plateforme Orbit.

Les étapes sont au nombre de six : 
  • Comprendre le paysage général On utilisera les graphiques présentant :
le top des sociétés déposant dans le secteur, le secteur étant défini par une combinaison de mots-clés, classifications, citations et déposants (en regroupant les sociétés fusionnées)
le taux d'investissement, c'est-à-dire le nombre de premiers dépôts par année;

et enfin une cartographie générale, avec les fameuses îles et montagnes, qui font apparaître les densités de brevets selon les secteurs ;
  • Comprendre les tendances récentes 
 On illustrera l'évolution dans le temps des dépôts de brevets par société d'une part, par technologie d'autre part, en utilisant dans ce deuxième cas la classification internatio-nale des brevets ;
  • Comprendre les inventions proches
On visualisera la répartition par codes CIB ou ECLA des inventions des différentes sociétés, ainsi que leur accélération et les zones de concentration des sociétés ;
  • Comprendre les inventions existantes
On cherchera si des universités ont déposé des brevets dans le domaine, pour éventuellement engager une collaboration, acquérir un brevet ou une licence.

On reprendra aussi la cartographie avec les îles ou les montagnes mais pour, cette fois, identifier des zones libres.

On recherchera enfin le top des brevets citants ;
  • Estimer la liberté de pratiquer
On utilisera la fonction «recherche de brevets similaires» pour voir s'il y a des brevets gênants non encore identifiés et on s'intéressera à la couverture géographique des brevets du secteur ;
  • Déterminer qui surveiller et influencer
Le traitement de toutes ces informations débouchera sur une analyse des trous du portefeuille PI et sur une analyse SWOT.

Cette analyse doit, logiquement, déboucher sur des prises de décisions.

LES AMELIORATIONS DE LA PLATEFORME

Les nombreuses améliorations déjà disponibles ou en cours de développement portent, pour une part, sur l'ergonomie de la recherche sur la plateforme.

Compte tenu du nombre de modifications et améliorations, nous n’entrerons pas ici dans le détail, mais signalerons quelques évolutions.

Si le langage d'interrogation tel qu'utilisé dans QWEB reste en arrière plan, pour la partie recherche, le lien entre l'interface et l'utilisateur est de nature radicalement différente.

Ce dernier se voit en effet proposer de multiples options cliquables.

Se pose alors la question de la complexité de cette offre d'options.

Un travail important a été fait pour «régler» certaines options comme, par exemple, ne laisser que la rubrique principale sur laquelle cliquer pour obtenir des options plus précises – on appelle cela, en termes techniques, «plier les menus» –.

Les barres d'outils ont aussi été remaniées avec, là encore, un souci de meilleure lisibilité.

Signalons également un changement de philosophie en ce qui concerne les opérateurs de proximité nAV et nM (n mot maximum entre les deux dans cet ordre, ou ordre différent).

Depuis l'origine – ou en tous cas depuis très longtemps –, n ne pouvait être supérieur à 9. Lorsque l'on faisait remarquer cette limite qui n'existait pas chez les concurrents, la réponse – qui avait d'ailleurs du sens – était qu'au-delà de 9 mots, il valait mieux chercher avec les opérateurs «dans la même phrase» ou «dans le même paragraphe».

Cette possibilité existe toujours, évidemment, mais la limite de 9 est portée à 99 !

Signalons aussi l’indexation de la date d’expiration des brevets (Expected Expiration Date) pour chacun des offices, en tenant compte des législations concernées et de leurs évolutions. Ces données peuvent aussi être intégrées dans les analyses.

Toutes ces améliorations ne peuvent masquer une certaine complexité de l'outil, différente de celle liée à la simple manipulation du langage d'interrogation.

Mais cette relative complexité – plus ou moins grande selon les besoins de l'utilisateur, parfaitement maîtrisable au demeurant –, est la contrepartie indispensable à la puissance de la recherche, avec ses multiples options et ses liens avec les possibilités d'analyse.

Certaines de ces possibilités d'analyse sont intégrées à l'outil de recherche (analyse des classifications, des déposants … présents dans un lot de brevets).

Des outils d'analyse plus puissants sont disponibles dans des modules spécifiques, dont le nom générique est IP Business Intelligence. L’accès à ces modules nécessite une souscription en plus de l'abonnement au module de recherche ; le passage entre la recherche et les modules d’analyse est alors très fluide.

Le premier module «Silver» comprend l'accès aux fonctionnalités d'Intellixir.

Les autres ont été développés par Questel, Intellixir ne souhaitant pas s'investir dans ce type d'outil, ce qui ne remet pas en cause les bonnes relations entre les deux sociétés.

Les deux autres modules, baptisés Gold et Platinium, offrent des possibilités supplémentaires, tant en matière de fonctionnalités que de nombre maximum de données à prendre en compte.

Bien entendu, les prix vont croissant. En revanche, le prix par utilisateur au-delà du premier est décroissant par tranche.

Compte tenu du développe-ment d'Orbit, Questel a annoncé la fermeture à la fin de l'année des services QPAT et PatentExaminer.

Ce développement d’une nouvelle plateforme à l’ergonomie révisée et aux possibilités largement enrichies correspond à la montée en gamme de la plateforme Orbit, qui accompagne la montée en puissance des exigences et de la compétence des spécialistes en PI, la PI elle-même prenant de plus en plus d’importance dans un tissu d’entreprises et d’organismes toujours plus large.

LES PARTENARIATS

Comme nous l'avons dit, le partenariat avec Intellixir reste stable.

Un lien profond a d'autre part été établi entre GenomeQuest et Orbit, à partir du résultat de la comparaison de séquences.

En ce qui concerne le recueil de publications défensives Research Disclosure, acquis en 2011, on peut y insérer ses propres publications défensives, moyennant finance ou s'y abonner.

Il est dommage que le contenu de Research Disclosure n'ait pas encore été intégré à PlusPat/FamPat, sur lesquels est basée la plateforme Orbit ; ce serait d'autant plus logique que Research Disclosure fait parti du «minimum PCT» que recherchent obligatoirement les examinateurs de brevets.

Pourtant, cette banque de données est disponible depuis longtemps sur QWEB.

Elle est aussi disponible sur STN et son contenu, au moins partiel, est inclus dans la base World Patents Index.

Par ailleurs, un accord est toujours en cours de négociation avec Darts IP (voir Bases n°294, juin 2012), afin de signaler si un brevet a fait l'objet d'un litige.

Cette réunion a confirmé la volonté de Questel de continuer à enrichir sa plateforme Orbit, et à faire le lien avec l'utilisation des informations.


François Libmann
Publié dans le n° 298 de Bases (Novembre 2012)

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