Onemoretab : des cases à cocher pour changer de regard sur l'actualité

L’année 2013 à peine entamée voit déjà l’arrivée de nouveaux outils de surveillance du Web. Pierre Tisserant (fondateur) et Sonia Negrouche (COO), anciens élèves de l’Ecole des Mines de Nancy, immergés deux ans dans les nuages à la Silicon Valley, nous offrent Onemoretab : une plateforme d’actualités qui ne manque pas d’originalité et d’ambition.

En toile de fond du lancement de Onemoretab, deux thèmes d’actualité. Dans un premier temps, la lutte contre l’omnipotence des moteurs de recherche dans l’accès et la gestion de l’information web. Ensuite, la question plus hexagonale du finance-ment des startups innovantes.
Ce parti pris, ouvertement militant, constitue en soi une première originalité de l’outil. Ainsi, la réalisation des activités informationnelles n’est pas envisagée uniquement d’un point de vue fonctionnel (technique).

L’outil a une nouvelle vision du rôle de l’internaute, dans un Web rendu plus lisible.

Le blog des deux fondateurs – dont on ne peut que recommander la consultation – détaille cette position de manière beaucoup plus fouillée que nous ne saurions le faire ici. Se décrivant comme le vecteur de «l’identité Onemoretab», il s’intéresse à la fois aux questions techniques d’algorithmes comme aux modèles économiques ou aux comportements des internautes.

NOUVEL ENTRANT DANS UN PAYSAGE FOISONNANT

Techniquement parlant, Onemoretab se positionne comme une interface de gestion de flux RSS. En ceci, il arrive dans un paysage composé de nombreux acteurs, répartis en trois types principaux :

• les navigateurs et clients de messagerie (récents), qui ne proposent pas de fonctionnalités très avancées, notamment du point de vue de l’organisation ;

• les lecteurs (ou agrégateurs) de flux RSS, qui permettent le traitement et l’organisation de nombreux flux en intégrant des fonctionnalités de recherche. Google Reader, avec son fonctionnement en répertoires et tags, y occupe une position majeure ;

• les tableaux de bord personnalisables type Netvibes, généralement organisés en onglets et se basant davantage sur une structuration en espaces.

Dans sa manière de se présenter, Onemoretab met toutefois davantage l’accent sur les contenus – les news –, leur accessibilité et leur organisation, gommant les termes « flux » ou « RSS » (et donc l’infrastructure technique).

Centré sur l’actualité, l’outil prend ses distances avec les lecteurs/agrégateurs et se retrouve de fait en face d’autres interfaces « riches » de type portail : Google News ou Yahoo! News.

Les arguments de Onemoretab sont face à eux assez imparables : la transparence et la personnalisation.

Les deux moteurs de recherche détaillent en effet assez peu les algorithmes augurant de la «pertinence» et/ou de la «popularité» des contenus (thèmes comme sources) mis en avant sur leurs interfaces.

Si cela n’empêche pas les internautes de s’en satisfaire, Onemoretab tire comme bien d’autres – et à juste titre – la sonnette d’alarme, face à la prise de pouvoir dans notre univers informationnel, des robots et de la publicité.

Il propose de replacer l’internaute au cœur de la sélection d’information, en lui permettant de composer sa propre plateforme à partir des sources d’origine.

Le nouveau venu plaide également d’une autre manière en faveur de l’intégrité des contenus. Défenseur de la ligne éditoriale des sources, il se targue d’afficher le contenu exact (titre et premières lignes) et l’ordre d’affichage des articles publiés, à l’instar d’un autre concurrent cette fois-ci français : Netvibes. Ceci sans posséder la complexité décourageante de ce dernier.

L’analyse plus précise des fonctionnalités et des usages de Onemoretab s’impose pour se faire un avis.

UN PARAMETRAGE TRANSPARENT ET INNOVANT

Sur la forme, l’outil ne surprendra pas les afficionados de Netvibes. Les sources s’ajoutent dans un menu supérieur que l’on replie une fois sa sélection faite. La consultation se fait ensuite dans des onglets. On se situe clairement dans l’approche tableau de bord.

étapes de paramétrage tiennent leur promesse et font de Onemoretab un outil à la fois intuitif et innovant.

571 titres de presse ont été sélectionnés et couvrent quatre grands thèmes : Actualité, Culture, Sport et Femme.

Chaque thème rassemble une dizaine de rubriques, dans lesquelles sont répartis les titres de presse, et l’on peut faire son choix en cochant simplement des cases. 

A titre d’exemple, le thème «Actualité» propose de s’intéresser aux rubriques «A la une», «Monde», «Politique, «Société», «Média», «Tech», etc.

Les rubriques distinguées par un bouton d’en-tête noir sont cliquables et permettent d’afficher directement et uniquement les titres de presse concernés par celle-ci.

Prenons un exemple.

Nous souhaitons construire un portail d’actualités dédiées à la santé.

Nous nous rendons d’abord dans le thème «Actualité», qui compte 126 sources.

En cliquant sur le bouton d’en-tête de la rubrique «Santé», nous affichons uniquement les titres qui traitent de ce sujet, et qui sont au nombre de 25.

Ces titres peuvent être dédiés au domaine de la santé (Doctissimo, E Santé, Eureka Santé, Top Santé...), ou proposer simplement une rubrique santé, dans un contenu plus généraliste (L’Express, Le Point...). Clin d’œil intéressant, Google News et Yahoo! News sont également disponibles dans cette rubrique.

Nous consultons ensuite le thème «Femme».

Là encore, une rubrique «Santé» rassemble 24 sources (sur les 128 de la catégorie), parmi lesquelles on trouve Marie Claire, Hellocoton ou La Parisienne.

Le travail de recensement et de classification des sources dans des rubriques et des thèmes, effectué en amont par Onemoretab, offre par conséquent une valeur ajoutée double. Non seulement la plateforme nous suggère des sources auxquelles nous n’aurions pas forcément pensé, mais leur traitement nous en permet en outre un usage plus fin, qui fait gagner du temps. Pour la source TV5 par exemple, Onemoretab offre pas moins de 10 flux différents (A la Une, Monde, Politique, Société, Média, Santé...), quand Netvibes n’offre qu’un seul flux général TV5, ce qui oblige à parcourir tous les articles pour extraire ceux concernant la santé.

Il est d’autre part possible d’ajouter manuellement les sources de son choix dans une rubrique, en cliquant sur le symbole de la roue dentée (à droite) et en choisissant l’option «Ajouter un site (via RSS)».

Onemoretab s’adresse ici à des internautes « avancés », à la fois dans leur connaissance d’une thématique comme dans la manipulation des technologies RSS.

Une zone de saisie «Chercher votre site» permet enfin de localiser une source, parmi celles disponibles. Le moteur est non sensible à la casse ou aux accents. A noter que la recherche se fait uniquement parmi les sources d’un thème donné. Ne cherchez donc pas L’Equipe dans «Actualité».

La conception de l’ensemble incite à multiplier les canaux d’information, à l’instar des widgets de Netvibes. Mais c’est surtout le pré-découpage de chaque source en rubriques qui permet d’obtenir un niveau de personnalisation et de raffinement, qui s’atteindrait sur une autre plateforme au prix de fastidieuses manipulations.

Onemoretab fait donc preuve ici, sinon du respect de leur intégrité, d’un profond travail d’analyse et de traitement des sources proposées.

ORGANISATION DE L’ENVIRONNEMENT DE CONSULTATION

Après un paramétrage intuitif, la seconde force de Onemoretab réside dans la construction très rapide de l’espace de consultation des contenus.

Ce dernier est en effet automatiquement généré dans des onglets, en fonction des rubriques cochées.

Il faut retenir que chaque rubrique cochée devient un onglet. Ce sont eux qui in fine ont l’ascendant sur l’organisa-tion de la plateforme. Les quatre grandes thématiques – Actualité, Culture, Sport, Femme – utilisées pour distinguer et faciliter la sélection des titres de presse, s’effacent dans l’espace de consultation.

Dans chaque onglet, s’affichent trois timelines de largeur et de longueur équivalentes, là où les widgets de Netvibes proposent un affichage discontinu (voire des mini-onglets dans une même timeline). On passe d’une source à l’autre sur la largeur, grâce à des flèches. On regrette toutefois le «drag and drop» des widgets de Netvibes, qui permettent de modifier aisément l’ordre des sources.

Au sein de chaque timeline, une barre de défilement offre la possibilité d’accéder aux articles plus anciens.

Pour chacun d’eux, une fonction de partage propose de relayer l’information vers les principales plateformes sociales ou par courriel.

L’ensemble, très épuré et clair, démontre un réel souci d’ergonomie et de prise en compte de l’ensemble de la démarche informationnelle, dans un environnement étendu et composite. 

On notera toutefois que Onemoretab n’est pas encore réellement optimisé pour la consultation sur mobiles et tablettes.

Ce mode d’affichage, qui offre un réel confort de lecture, ne dépaysera pas les utilisateurs de plateformes de monitoring des réseaux sociaux, comme Hootsuite (ou TweetDeck).

L’emprunt ne reste d’ailleurs pas seulement graphique et c’est clairement cette approche de consultation qui est visée par Onemoretab.

Le travail d’analyse et de traitement des sources en rubriques y prend tout son sens, puisqu’il permet à l’utilisateur de confronter rapidement le traitement de sujets similaires par différents organes de presse.

C’est une nouvelle manière de replacer l’internaute au cœur de son processus information-nel, ici en stimulant son esprit critique par des imputs visuels.

S’appuyant sur la première brique technique de l’intégrité des contenus précédemment évoquée, le militantisme contre le monopole de la pensée algorithmique des moteurs de recherche se développe ici, au travers du cheminement intellectuel de l’internaute.

VERS DES USAGES PROFESSIONNELS ?

La suggestion initiale de sources, le principe très simple des cases à cocher et la génération automatique de l’environnement permettent à tout internaute de rapidement obtenir un portail informationnel.

Cette posture répond donc à la problématique de l’accessi-bilité d’une information «intégrale» au plus grand nombre.

Par ailleurs, l’ajout manuel de flux fait sortir Onemoretab du seul cénacle de la gestion de la presse pour arriver à une plateforme de surveillance composite.

Elle peut être alimentée de l’actualité de toute source éditrice de flux RSS : sites, blogs, plateformes sociales ou encore flux créés manuelle-ment. De quoi satisfaire des utilisateurs techniquement avancés dans leurs usages – comme les professionnels de l’information – à plusieurs détails près.

• les intitulés des onglets ne sont pas modifiables. Ils restent conformes à ceux des rubriques dont sont issues les sources. Si nous revenons à notre portail santé, il ne serait par exemple pas possible de nommer un onglet «Santé_France» ;

• on est contraint de consulter le flux d’une source dans l’onglet assigné par Onemoretab (en fonction du rubriquage).

On pourrait par exemple vouloir rapprocher dans un même onglet des sources Santé et Société, en cas d’actualité abondante sur un sujet. Il ne sera pas non plus possible de distinguer ses sources en fonction de leur type – généraliste, spécialisé, professionnel...–, sauf en jouant sur l’ordonnance des pages dans un même onglet ;

• l’ordre des onglets n’est pas non plus modifiable. Il reprend l’ordonnancement des rubriques dans les quatre grandes catégories de média «Actualité», «Culture», «Sport», «Femme». Ainsi, il est impossible de juxtaposer Economie et Santé ;

• l’ajout manuel d’onglets n’est pas non plus prévu. Si l’on peut ajouter le flux du Quotidien du Médecin à la plateforme, on est en revanche contraint de le placer dans la liste des rubriques prédéfinies (qui déterminent ensuite les onglets).

Impossible donc de sortir du modèle de la presse et d’organiser son environne-ment, avec un vocabulaire prenant en compte une réalité professionnelle (ou personnelle) particulière.

Un professionnel de l’information attendra égale-ment des fonctionnalités de recherche élaborées sur le corpus. Onemoretab ne permet pas (encore) ce saut qualitatif vers la veille, en capitalisant par exemple l’information associée à un mot-clé, à l’instar d’Hootsuite (sur Twitter) ou du fameux DashBoard de Netvibes.

Quid également de l’ouverture à des sources étrangères ou de l’extension du travail amont de traitement à forte valeur ajoutée à d’autres rubriques ? Un professionnel de l’information imagine aisément une tâche laborieuse.

Arrive donc de manière assez évidente la question du business model de Onemoretab, laissée en suspend dans le blog.

Bientôt des fonctionnalités (professionnelles) payantes ? La mise en avant de certains titres de presse ?  Des bandeaux publicitaires ?

Les fondateurs pointent à juste titre les barrières à l’entrée d’audience, dictées par les moteurs de recherche, mais annoncent de «grandes avancées fonctionnelles ».

Onemoretab représente donc aujourd’hui une réelle alternative à des grands acteurs, en replaçant l’utilisateur au cœur de la démarche informationnelle (pour l’instant plus sur le fond que sur la forme).

Sa simplicité d’usage révèle d’autre part un travail de réflexion tant ergonomique que structurel, qui se doit d’être salué. Avec cette bêta très prometteuse, les professionnels de l’information ont déjà envie de savoir : «Et après ? ».

CARTE D’IDENTITE :

Date de lancement de la bêta :
Janvier 2013
Editeur de l'outil : Onemoretab SAS
Type d’outil : Service en ligne léger
Technologie principale : Flux RSS
Thème : Méta-agrégateur personnalisé de presse en ligne
Tarif et condition : Gratuit
Langue de l'outil : Français
www.onemoretab.com/

Blog : http://onemoretab.tumblr.com/

L’AUTEUR :

Après des études en Sciences Humaines et en Sciences de l’Information, Isabelle Guyot (@Hyger sur Twitter) s’est passionnée pour la veille et les outils de veille ; elle partage son enthousiasme pour son métier à l’ADBS – en tant qu’administrateur – et au sein de plusieurs établissements où elle enseigne.


Isabelle Guyot
Publié dans le n° 301 de Bases (Février2013)

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