Quelques moteurs de questions/reponses a la loupe

On pensait que les moteurs de questions / réponses appartenaient à une époque révolue. Si l’offre était importante au début des années 2000, nombre d’entre eux avaient depuis fermé leurs portes ou étaient tombés dans l’oubli. Lancé en 2002, le projet Google Answers n’avait pas fait exception et avait disparu du paysage en 2006.

Et pourtant, une seconde génération de ces moteurs est toujours très active et rencontre un certain succès. A titre d’exemple, Quora – l’un des plus en vue – continue d’attirer les investisseurs (50 millions de dollars ont été levés en mai 2012 et l’entreprise est désormais estimée à 400 millions de dollars) et ses créateurs figuraient en 2011 dans le top 30 des entrepreneurs de moins de 30 ans...

Nous avons donc décidé de nous intéresser de plus près à plusieurs de ces outils, pour voir quelle pouvait être leur valeur ajoutée pour les professionnels de l’information.

POURQUOI INTERROGER UN MOTEUR DE QUESTIONS/REPONSES AU LIEU DE GOOGLE ?

Il est vrai que les moteurs de questions / réponses disposent d’une base de connaissance plus restreinte que les moteurs classiques : même si Google ne communique plus sur le sujet depuis plusieurs années, son index dépasse probablement les dizaines de milliards de pages, là où les moteurs de questions peuvent atteindre au mieux le milliard de questions. D’autre part, ces derniers disposent bien souvent de fonctionnalités de recherche moins sophistiquées que celles offertes par Google ou ses concurrents.

Mais ces moteurs peuvent représenter un gain de temps non négligeable lorsque la question que l’on souhaite poser est susceptible d’avoir déjà été posée par d’autres internautes.

Dans ce cas en effet, l’information est agrégée en un seul et même lieu, alors qu’une recherche classique nous aurait conduit à consulter plusieurs sites/pages et à synthétiser ensuite l’information par nous-même.

Notons cependant qu’il est nécessaire de bien vérifier que les réponses fournies par les internautes mentionnent leurs sources et qu’il s’agit bien de sources fiables et validées. Sinon, rien ne prouve que l’internaute n’a pas inventé sa réponse.

On constatera que ces sites fournissent souvent des réponses – ou du moins des éléments de réponses – aux questions du type “quels sont les meilleurs”, “quels sont les principaux”, “quel est le top 10, 100…”, où l’on attend comme réponse une liste ou un classement, ainsi qu’aux questions dont la réponse doit contenir des éléments chiffrés (combien d’habitants, quel pourcentage d’étudiants…).

D’autre part, ces moteurs classent généralement leurs questions par thématiques et offrent la possibilité de suivre les nouveautés de chacune des rubriques. On peut également suivre l’activité d’un membre précis, ce qui peut être intéressant lorsqu’un contributeur semble spécialiste d’un sujet. On peut ainsi découvrir des informations sur des questions que l’on ne s’est même jamais posées!

QUORA.COMM : EN TETE D’AFFICHE

Depuis son lancement public le 21 juin 2010, Quora a souvent fait parler de lui. Le fait que ses deux fondateurs, Adam Angelo et Charlie Cheever, soient des anciens de Facebook, y est peut-être pour quelque chose…

Le principe est simple : le site agrège les questions et réponses sur différents sujets et chaque internaute peut créer une question, répondre aux questions des autres, éditer et organiser ses propres interventions.

Même si l’on ne trouve pas de chiffres très récents, Quora comptait 500 000 utilisateurs en janvier 2011 et 2 millions en janvier 2012. Mais parmi eux, seuls 20?000 par jour et 180 000 par mois étaient actifs en 2012.

La majorité d’entre eux est d’origine américaine (Silicon Valley et New-York principalement) et indienne, ce qui explique pourquoi les questions/ réponses sont toutes en langue anglaise.

Le nombre de thématiques disponibles s’élève à plus de 250 000 ; en revanche, on ne connaît pas le nombre exact de questions accessibles dans la base.

L’outil a reçu un accueil favorable lors de son lancement et, en 2011, un article du Telegraph prédisait même que Quora dépasserait Twitter (http://goo.gl/HqsMk). Force est de constater que ce n’est pas (encore ?) le cas…

Pour utiliser Quora, il faut commencer par créer un compte et définir ses sujets d’intérêts.

La page d’accueil se compose ensuite d’un moteur de recherche simple, des questions les plus en vues dans les domaines précédemment sélectionnés.

Pour créer une question, il suffit de se rendre dans la rubrique “Write”, en haut à droite de l’écran, de cliquer sur “Add question”, puis d’entrer le thème et sa question. Il ne reste plus ensuite qu’à espérer que des internautes auront la réponse ou au moins des éléments de réponse.

L’autre solution consiste à rechercher dans la base de connaissances. Lorsque l’on entre un mot dans le moteur, une liste de suggestions s’affiche au fur et à mesure de la saisie. Par défaut, les mots-clés sont séparés par un AND. Le OR et les guillemets pour l’expression exacte semblent également fonctionner, mais pas l’opérateur NOT.

La recherche porte sur le texte intégral des questions et réponses. La liste des résultats affiche en premier lieu la ou les thématiques répondant à la requête puis, en dessous, les questions/réponses répondant aux critères. On notera que lorsque l’on est intéressé par une thématique, on peut décider de la suivre – en cliquant sur “Follow” – pour recevoir par mail toutes les questions/réponses ajoutées dans cette rubrique. Petit bémol?: la liste de résultats n’indique pas le nombre de réponses répondant à la requête, ni la date de publication.

Les questions posées sont multiples et variées, et peuvent être intéressantes d’un point de vue professionnel comme totalement futiles. A titre d’exemple, on trouvera des questions comme “Que se passerait-il si tout l’oxygène disparaissait pendant 5 secondes ?”, “Pourquoi Apple a racheté Authentec”, “Quels sont les livres incontournables pour les entrepreneurs ?”, “Quelles sont les meilleures alternatives à Google Reader ?” (plus de 100 réponses !) ou encore “Est-ce que Justin Bieber est le nouveau roi de la Pop ?”…

2013 semble être l’année des innovations pour Quora, avec le lancement de la recherche full text, d’une plateforme de blogs en janvier 2013 et l’ajout de “reviews” (critiques de films, livres, applications, voitures…) en mars 2013.

Quora est un outil intéressant, d’autant plus qu’il met un point d’honneur à ce que les interventions des internautes soient de qualité. Ses membres n’hésitent pas à corriger, reformuler, et faire des remarques aux internautes dont ils jugent les textes peu précis ou mal construits.

YAHOO! ANSWERS : L’ANCETRE DES QUESTIONS/REPONSES

Lancé en 2005 avec le nom “Yahoo! Q&A”, Yahoo Answers fonctionne sur le même principe que Quora, à ceci près qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un compte pour rechercher ou consulter les informations.

La plateforme existe en 12 langues et différentes interfaces sont disponibles selon les pays (26 en tout, dont Argentine, Australie, Canada, France, Allemagne, Chine, Québec, etc).

Quelle que soit l’interface, on accède depuis la page d’accueil aux rubriques “demander” pour poser une question, “répondre” pour apporter une réponse à une question posée par un internaute et “découvrir” pour naviguer dans le site parmi les catégories (Actualités, Animaux, Arts et Science, etc) puis les questions/réponses.

On dispose également d’un moteur de recherche simple avec un AND par défaut, et la possibilité d’utiliser le OR, le NOT (sous forme d’un tiret) et les guillemets pour l’expression exacte.

Une fois les résultats de recherche affichés, on peut ensuite affiner la sélection par catégorie, origine, état de la question (ouverte, votes en cours, questions résolues), nombre de réponses et date de publication.

Il existe également un moteur de recherche avancée qui offre tous ces critères. Les résultats peuvent être classés selon qu’ils sont “les plus récents”, “les plus populaires” ou “avec le plus de réponses”.

Comme pour Quora, Yahoo! Answers insiste sur la qualité des éléments publiés, et les membres sont évalués grâce à un système de points et de niveau.

Pour des sujets professionnels, on conseillera d’utiliser l’interface internationale.

CHACHA.COM : MEILLEUR SITE DE QUESTIONS/REPONSES EN 2013


Un groupe de chercheurs de la Butler University à Indianapolis a tenté de savoir quelle plateforme de questions-réponses pouvait répondre au mieux aux questions posées, en créant l'indice “Butler University Q&A Intelligence”.

Cet indice “mesure la probabilité de recevoir une réponse correcte dans des délais courts à une question aléatoire posée dans un langage naturel.” Et, en 2013, c’est ChaCha qui a remporté la palme, avec un score de 72,8.

Chacha indiquait en 2012 qu’il disposait dans sa base de plus de 2 milliards de questions (toutes en anglais) et d’un trafic de plus de 40 millions de visiteurs uniques par mois. Le service a même réussi à attirer des investisseurs de poids comme Amazon.

Le fonctionnement est assez différent des deux moteurs présentés précédemment et ressemble plus à celui de Wolfram Alpha, un moteur qui répond directement à la saisie de questions factuelles par le calcul de la réponse à partir d'une base de données.

Sur Chacha, les internautes ne peuvent pas participer à l’élaboration des réponses. L’outil fait appel à une communauté de personnes appelées “Guides”, qu’il a sélectionnées et qu’il paye pour répondre à des questions.

L’internaute peut lancer sa recherche sur le site web, par SMS ou appeler un numéro de téléphone. La réponse fournie est quasi-instantanée et est issue de la base de connaissances de Chacha ou de Wolfram Alpha dans certains cas.

Sur Chacha, on peut poser sa question en langage naturel dans le moteur prévu à cet effet ou bien naviguer parmi les questions/réponses par catégories.

Pour ce qui est du moteur, on obtient soit une réponse (parfois erronée mais on est souvent impressionné par sa compréhension de la question), soit un message indiquant qu’il n’a pu trouver de réponse à notre question.

Voici quelques exemples de questions que nous lui avons posées et les réponses qu’il nous a fournies :

Q - How many people speak french in the world?
A- 190 million people speak French in the world.

Q - Who is the king of monaco?
A- 320 ancient kings is the king of monaco. Source: Wolfram|Alpha

Q - Who is apple's biggest competitor ?
A - Apple's main competitors include Hewlett-Packard and Dell, although Apple enjoys a unique advantage of having something of a niche market without needing to compete directly with HP and Dell and Microsoft operating systems for enterprise endorsement.

Q - What is the average salary of a librarian ?
A - The average salary for a librarian is $44,000. Thanks for using ChaCha!

Q - How many questions has ChaCha answered ?
A - ChaCha has answered more than 2 billion questions since launching. The 2 billionth question was submitted on March 14, 2012 and was “What is the top grossing movie of all time?”

ChaCha avait également lancé une version britannique, qui a rapidement fermé ses portes en 2012, faute de succès.

On regrettera surtout la présence massive de publicités sur le site, notamment sous forme de pop-ups, ce qui pollue grandement la navigation.

GOZIL : LE QUORA FRANCAIS… ENFIN PRESQUE !

La France aussi dispose de son moteur de questions/réponses : il s’appelle Gozil et a été lancé en 2011 par Faouzi Elyagoubi.

Sur le papier, Gozil est aussi performant que ses concurrents américains, puisqu’il “dispose d'algorithmes puissants qui permettent de calculer la similarité entre les questions, de faire des suggestions aux membres, d'accélérer la recherche et de calculer la réputation” et qu’il “comporte un système de points et de réputation afin d'évaluer la qualité des membres. Les membres peuvent utiliser leurs points pour promouvoir des questions ou interroger directement des experts.” Mais les quelques tests effectués montrent que l’utilisation des opérateurs booléens conduit à des résultats surprenants et que le nombre de contributions est extrêmement maigre (la question qui détient le plus de réponses n’en a en réalité que 5 !).

Nous avons présenté ici quatre moteurs de questions/réponses mais il en existe beaucoup d’autres, parmi lesquels Ask.com, Mahalo, Yoomoot, Formspring, Answers, Reddit, Askville, Allexperts… ; certains sont même spécialisés sur un sujet précis, comme HealthTap, dédié au domaine médical.

Ces outils ne remplaceront évidemment pas une recherche classique, mais ils peuvent mériter le coup d’œil pour les questions pour lesquelles on attend des classements, listes ou données chiffrées. Enfin, au regard de leurs origines géographiques, on les consultera plutôt pour des questions à portée internationale ou spécifiques au monde anglo-saxon.



Carole Tisserand-Barthole
Publié dans le n° 103 de Netsources (Mars/Avril 2013)

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