Science Direct met en place l'article du futur

Lors de la définition et du lancement de Scopus (voir Bases n°223, janvier 2006), Elsevier avait choisi une approche «User Centered Design», basée sur l’analyse des démarches et des besoins des utilisateurs, suivie de nombreux feedbacks tout au long du process.

C’est la même approche qui a été choisie pour le projet «Article of the future», initié en 2009 et destiné à être appliqué à ScienceDirect, qui propose l’accès sous forme électronique à tous les articles des publications éditées par Elsevier.


Ce projet est parti de l’idée que pour les articles scientifiques, depuis le passage de l’écriture manuscrite à l’imprimé, le format imprimé classique et son équivalent en PDF – figé et sans liens ou presque – restaient la norme et ce, dans un monde où l’interactivité était devenue la règle, grâce notamment au développement des innombrables applications liées à Internet.

Les objectifs de ce projet ont donc été définis ainsi :


• améliorer la communication scientifique en publiant toute la richesse issue de la recherche scientifique ;


• offrir aux auteurs de bons outils pour communiquer leurs résultats ;


• donner aux utilisateurs une expérience optimale de lecture, pour récupérer la meilleure valeur possible de l’article.


Très vite, il est apparu que cette approche devait être segmentée discipline par discipline. En conséquence, la première étape a consisté en 2010 à mettre au nouveau format les articles publiés dans les revues de l’éditeur Cell Press. Au cours de cette étape, 13 prototypes ont été réalisés.


L’étape suivante a consisté à étendre la démarche à sept autres disciplines : parasitologie et maladies tropicales, électrochimie, science des matériaux, psychologie et sciences cognitives, mathématiques et informatique théorique, paléontologie et management.


Dans chacune de ces disciplines, Elsevier a collaboré avec une vingtaine d’experts.


Ce travail a débouché sur deux conclusions importantes :


• quelle que soit la discipline, les scientifiques sont attachés au format PDF, pour des raisons allant de la typographie et du format familier à la commodité de stockage et de circulation.


De plus, les chercheurs continuent à préférer que les articles soient présentés dans un style traditionnel, sans «fioritures particulières», sans que trop d’informations ne viennent encombrer le document ;


• néanmoins, et malgré ce qui est dit plus haut, les chercheurs apprécient un complément d’information lié au sujet, ainsi que des enrichissements et des données de contexte, à condition que ces éléments ne viennent pas distraire ou rendre plus difficile la lecture de l’article lui-même.


Ces conclusions ont conduit à un design des «articles du futur» qui améliorent leur présentation :


• la partie gauche rassemble ce qui concerne la navigation dans l’article et la visualisation rapide de l’ensemble des figures (sur lesquelles on peut cliquer) ;


• la partie centrale est dédiée à l’article lui-même. Celui-ci est écrit avec une typographie optimale et contient quelques liens, permettant notamment la visualisation des figures (en particulier en PowerPoint…) ou l’accès à des informations complémentaires, issues d’autres ressources, comme par exemple, la Paleobiology Database, ou la Protein Data Bank. C’est ainsi que dans le domaine des sciences de la vie, les auteurs peuvent ajouter un arbre phytogénétique interactif au format Newick ou NexML sous le résumé ;


• la partie droite rassemble dans un menu déroulant les informations complémentaires, que l’on peut également atteindre depuis un lien dans l’article. On trouve par ailleurs dans cette partie les principales informations concernant l’article, le ou les auteurs – avec souvent une photo –, leur affiliation bien sûr, leur adresse mail et l’adresse de leur site web, sachant que ces informations ne sont pas mises à jour après avoir été entrées. Sont proposées aussi des références d’articles proches.


A titre d’exemple, pour des articles issus de publications telles que “Computer Methods in Applied Mechanics”, “Engineering” ou “Applied Mathematical Modelling”, le “Matlab Figure Viewer” permet d’explorer de façon interactive des références chargées par l’auteur de l’article.


• Cette démarche d’Elsevier est extrêmement intéressante et illustre une vraie volonté d’innover.


Dans la mesure où elle s’applique uniquement au contenu de ScienceDirect, elle est limitée aux publications d’Elsevier et, dans un environnement concurrentiel qui inclut le développement de l’open access, cela peut être un bon argument pour inciter à l’abonnement aux revues d’Elsevier.


On remarquera aussi que cet article du futur est clairement destiné à être utilisé directement par les chercheurs, le rôle des professionnels de l’information étant ici assez réduit. On notera que le projet Article of the future est centré sur la “lecture enrichie” d’un article et la mise à disposition de liens à la fin de cet article, mais qu’il ne dit rien de particulier sur la recherche en amont, qui permet de repérer cet article et d’autres, sauf à explorer les références citées/citantes et à basculer sur Scopus, si l’on y a accès.


PLUS D'INFO :
Aalbersberg, IJ J, Heeman, F, Koers, H and Zudilova-Seinstra, E, “Elsevier’s Article of the Future: enhancing the user experience and integrating data through applications”, Insights, 2012, 

25(1), 33-43, doi:10.1629/ 2048-7754.25.1.33



François Libmann
Publié dans le n° 302 de Bases (Mars 2013)

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