Dp.la la Digital Public Library of American ouvre son portail

Le 18 avril dernier, la Digital Public Library of America (DPLA) a ouvert la version bêta de son portail. Actuellement riche de près de 2,5 millions de documents, le site permettra à terme de naviguer dans les collections numériques des archives publiques, des bibliothèques et des musées américains.

Le projet est né en octobre 2010 lors d’une réunion à Cambridge de quarante professionnels des bibliothèques, fondations, universités..., qui décidèrent de créer ensemble “un réseau ouvert fondé sur le patrimoine américain des bibliothèques, universités, archives et musées” – patrimoine jusque là dispersé sur Internet – “afin d’éduquer, d’informer et de responsabiliser les générations actuelles et futures”.

La phase de conception proprement dite a démarré peu après et une version bêta du portail est aujourd’hui proposée en accès libre, sur les serveurs du Berkman Center for Internet & Society. S’inspirant du modèle d’Europeana, DPLA se présente comme “la plus vaste entreprise de numérisation et de diffusion du patrimoine culturel et scientifique américain”.


De nombreuses institutions américaines participent d’ores et déjà à ce projet titanesque, parmi lesquelles les bibliothèques numériques de certains Etats (South Carolina Digital Library, Mountain West Digital Library, Digital Library of Georgia...) et celles d’organismes comme la Harvard Library, New York Public Library, The Smithsonian Institution, HathiTrust Digital Library, David Rumsey Map Collection, ARTstor, etc.


Les Archives nationales participent également au projet et fournissent plus de 1,2 million de documents numérisés, comprenant par exemple des textes de la guerre civile américaine ou des photographies de la seconde guerre mondiale.


Dans ce contexte de partage des connaissances, le projet a dès le départ été basé sur deux points :


• les fonds de la DPLA sont pour la plupart constitués d’œuvres orphelines ou dans le domaine public, afin de respecter les règles du droit d’auteur. Les contenus peuvent donc être téléchargés et réutilisés par les étudiants, chercheurs ou simples curieux ;


• la plateforme fonctionne sur un support open source ; la base des contenus et des métadonnées peut donc faire l’objet d’API.


Le site encourage d’ailleurs fortement ces développements, afin de diffuser les connaissances de façon gratuite et les rendre accessibles au public le plus largement possible.


LA RECHERCHE


La page d’accueil de la DPLA dispose d’une large zone de saisie, permettant de lancer une requête par mots-clés sur l’ensemble du fonds.


L’opérateur par défaut est le AND. Le NOT semble fonctionner ainsi que le OR, mais il n’y a pas d’interface particulière pour une recherche avancée.


La page de résultats affiche, dans la partie centrale de l’écran, la liste des documents sélectionnés avec, pour chacun, le titre, l’auteur et une description du contenu accompagné, le plus souvent, d’une vignette (de la photo, de la couverture...).


Un lien “View Object” permet d’ouvrir le document, sur le site d’origine.


Une colonne sur la gauche propose différents filtres permettant d’affiner la sélection :


• le format : image, texte...


• l’organisme propriétaire ;


• l’organisme partenaire ayant permis la numérisation ;


• la date ou la période de publication ;


• la langue ;


• la localisation (du document...) ;


• le sujet.


Depuis le haut de l’écran, deux onglets proposent d’autre part d’accéder aux résultats de façon différente :


• l’onglet “Map” localise, sur une carte des Etats-Unis, les Etats qui contiennent des documents pertinents (avec la possibilité d’y accéder directement) ; en cliquant sur le nom de l’Etat, on affiche la page de résultats traditionnelle et l’on peut affiner la sélection avec les différents critères ;


• l’onglet Timeline quant à lui classe les résultats dans une une frise chronologique, et indique pour chaque année le nombre de réponses. Dans ce cas en revanche, la page de résultats que l’on obtient en cliquant sur le nombre ne propose pas d’autres filtres.


Ces deux modes de recherche (géographique et chronologique) peuvent être utilisés pour affiner une requête par mots-clés, ou directement depuis la page d’accueil, via les modules “Explore by Place” et “Explore by Date”.


On signalera enfin le module “Exhibitions” offert en page d’accueil, qui donne accès à des expositions thématiques (huit à ce jour), et permet de consulter les fonds existant sur des thèmes comme la grande dépression de 1929, l’activisme aux USA ou la prohibition.


CONCURRENCE AVEC GOOGLE BOOKS ?


Le projet de la DPLA a suscité de nombreuses comparaisons avec Google Books. Les deux projets ont en effet à l’origine le même objectif de diffusion des connaissances.


Mais Dan Cohen, le directeur de la DPLA, assure que celle-ci sera à terme plus complète, avec un large éventail de matériaux incluant de la musique, des photographies, des manuscrits, etc.


La protection des droits d’auteurs est d’autre part au cœur des préoccupations de la DPLA, afin d’éviter les polémiques telles que celles suscitées par l’initiative de Google. C’est pourquoi le portail ne diffuse pour le moment que des documents du domaine public.


Dan Cohen et Robert Darnton, directeur des bibliothèques de Harvard, réfléchissent cependant à des solutions alternatives, en collaboration avec les éditeurs et les auteurs, afin d’inciter ces derniers à mettre leurs œuvres dans la DPLA.


Dans une interview accordée au Guardian (//goo.gl/St6oZ), ils reviennent ainsi sur des options qui pourraient être envisageables, comme celle d’une “alliance d’auteurs”, où l’auteur recevrait ses droits après un certain temps, directement de l’éditeur, et pourrait en faire don à la DPLA s’il le souhaite, ou celle d’une licence pour la bibliothèque, qui protégerait les livres pendant un laps de temps fixé par l’éditeur (5, 10 ou 15 ans) et permettrait ensuite à la DPLA de diffuser une copie numérique du livre.


La DPLA ne se positionne donc pas en concurrence frontale de Google Books, mais a pour vocation de compléter les initiatives du moteur de recherche. En ce sens, elle se place plutôt comme une alternative à Google Books, mais surtout comme un laboratoire de recherche dans le domaine de la diffusion de la culture.



Christelle Boizeau
Publié dans le n° 304 de Bases (Mai 2013)

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