Online de Londres : fin d'une époque - Une nouvelle formule l'an prochain

Comme nous le rapportons chaque année dans nos colonnes, la surface de l’exposition du Online s’amenuise inexorablement, tout comme le nombre de visiteurs.
 
Si c’était encore le cas cette année, le ratio visiteurs par mètre carré en revanche est resté sensiblement le même et l’exposition était une fois encore loin d’être déserte.
 
Comme les fois précédentes, le congrès – payant, contrairement aux présentations dans l’exposition – était nettement séparé du salon ; il fallait même cette année sortir dans la rue et prendre une autre entrée pour accéder aux salles de conférences ! Cela n’a certainement pas facilité la synergie entre le congrès et l’exposition, détournant du salon nombre de congressistes.

En fait, il y a si l’on peut dire trois événements simultanés dans cet «espace temps». Les deux premiers, visibles, sont constitués de l’exposition et du congrès, organisés par IncisiveMedia.  
Un  troisième, invisible celui-là, est fait de rencontres discrètes, en particulier dans l’hôtel Hilton voisin ou, tout simplement, dans l’enceinte du salon.
 
Ce troisième «événement» doit certainement son origine à la notoriété et à l’ancienneté de la manifestation, cet «espace temps» étant lié à la présence de nombreux professionnels de l’information, originaires d’un grand nombre de pays du monde, y compris hors Europe.
 
On voit même, outre les rendez-vous entre professionnels, certaines entreprises du secteur inviter leurs clients pour une petite manifestation à l’hôtel Hilton voisin… sans prendre de stand dans l’exposition.
 
Si cela est une sorte d’hommage à la manifestation, c’est le modèle économique de cette dernière qui est atteint, car on n’imagine pas que le Hilton reverse des royalties à IncisiveMedia....
 
Pour en revenir aux conférences payantes, elles s’articulaient autour de quatre thématiques : l’utilisation des mobiles, le social media, l’avenir des professionnels de l’information et, enfin, les nouvelles frontières du management de l’information, thèmes déjà bien usés !
 
Quant aux présentations gratuites, elles traitaient de  sujets très variés comme le développement des carrières, la gestion des bibliothèques, les solutions d’epublishing, l’information scientifique technique et médicale, etc. ; là encore, les thèmes étaient peu originaux.
 
Concernant l’exposition, on notait de nouvelles défections, dont celle d’Elsevier – qui nous avait pourtant habitués à un grand stand bien placé, avant de passer par une phase transitoire l’année dernière avec un petit stand –. Même l’Union européenne n’avait qu’un stand relativement réduit.
 
On trouvait cependant quelques Français, dont Temis, Systran et le lyonnais ReportLinker – pour sa deuxième participation, la précédente datant de 2007 –.

LES RAISONS DU DECLIN
 
Tout cela donne un bilan mitigé que les organisateurs avaient anticipé, puisqu’une nouvelle formule et un nouveau lieu sont prévus l’an prochain.
 
Ce long déclin d’une manifestation ciblant les professionnels «traditionnels» a plusieurs causes.
 
La principale est sans doute la diminution du nombre de professionnels de l’information, due à la fermeture de nombreux centres de documentation ou à la diminution significative de leurs effectifs.
 
Là encore, plusieurs causes peuvent être détectées (lire l’article «Mutations et perspectives en info-doc : guide de survie en eaux troublées», Bases n° 284, juillet-août 2011).
 
Parmi celles-ci, on citera  l’intégration des activités liées à l’information dans les grandes fonctions de l’entreprise (marketing , communication…)  ou encore la migration vers l’utilisateur final de la recherche d’information, soit avec des outils spécifiquement conçus pour lui – comme dans le domaine scientifique et technique –, soit en le laissant errer sur Google.
 
Le Online étant positionné comme une manifestation dédiée aux professionnels de l’information, les utilisateurs finaux n’ont pas vraiment de raison de s’y rendre et ne sont d’ailleurs pas sollicités. Logiquement, tout cela a diminué la motivation des exposants.
 
On notera aussi qu’il n’y avait aucune offre concernant spécifiquement la propriété intellectuelle, ni aucune présentation ou conférence, alors que c’est l’un des secteurs dans lequel la recherche et le traitement de l’information sont plutôt en progression.
 
Cela est dû tout simplement à l’existence et au développement de manifestations spécialisées, où préfèrent se retrouver tant les experts du domaine que les sociétés ayant une offre à leur proposer.
 
Par ailleurs, compte tenu du budget nécessaire pour exposer (aux alentours de 10 000 € tout compris, pour un petit stand et le voyage/séjour de trois personnes), certains acteurs du secteur préfèrent améliorer leur visibilité en utilisant d’autres formules, telles que réunions privées de clients ou prospects, petits-déjeuners de présentation plus ou moins réguliers, sans oublier l’investissement dans un site web.
 
Enfin, les organisateurs de la manifestation n’ont pas été très imaginatifs pour renouveler leur formule cette année, si ce n’est le développement inflationniste de brèves conférences gratuites  (30 mn) et le «matraquage» de mails.

On verra quel sera le succès de la prochaine édition, qui adoptera un nouveau concept.
 
UNE VISION ANGLO-SAXONNE EN DECALAGE AVEC LES NOUVEAUX BESOINS
 
En tout état de cause, on est surpris et déçu de ne voir quasiment aucune offre concernant les pays émergents.
 
A l’époque où nombre d’entreprises, en particulier les grandes, réalisent une partie très importante de leur chiffre d’affaires dans les BRIC et s’intéressent à l’Afrique, on ne trouvait en tout et pour tout comme représentant de ce continent qu’Arabia Inform. Cette société dépouille plus de 1 000 titres de presse en arabe, suit 1 500 sites web et 500 chaînes de télévision et propose de faire des recherches à la demande dans son fonds documentaire. Les résultats sont traduits en anglais.

L’Asie n’était présente que via le Japonais Nikkei, un habitué du Online peu représentatif de l’Asie émergente…
 
Les visiteurs, comme les congressistes, viennent bien sûr pour rencontrer leurs fournisseurs et leurs collègues, mais ils viennent aussi et surtout pour découvrir des nouveautés, tant en termes de contenus que d’outils, afin de mieux suivre les marchés cibles de leur entreprise.
 
C’est une façon d’augmenter leur compétence en tant qu’utilisateur et, de plus en plus, de valoriser leur rôle en tant que prescripteur.
 
On peut considérer que c’est là une belle occasion manquée par les organisateurs du Online car, comme nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises, une telle manifestation devrait comporter un département «chasseur de nouveautés» qui viendrait enrichir le congrès et/ou l’exposition, les offreurs de ces nouveautés bénéficiant, le cas échéant, de conditions spéciales de participation.
 
UNE NOUVELLE FORMULE EN 2012 : UNE REVOLUTION ?
 
Tirant les leçons du déclin continu de la manifestation, IncisiveMedia a entamé une réflexion – depuis vraisemblablement au moins un an – et propose pour l’an prochain, du 4 au 6 décembre, la «Online Information Convention 2012».
 
La manifestation se déroulera dans un lieu radicalement différent, puisque l’on passe de l’ouest à l’est de Londres et d’un bâtiment ancien à un bâtiment ultra moderne : le ICC London Excel, ouvert en mai 2010 dans le nouveau quartier des docks, avec de nombreux hôtels à proximité et à cinq minutes du London City Airport.
 
Le terme «Convention» n’est pas neutre ; il marque en effet un changement de modèle vers une offre plus intégrée – tant pour les visiteurs que pour les exposants –, en même temps qu’une montée en gamme.
 
Pour les visiteurs, il n’y aura plus d’accès gratuit à l’exposition mais un menu à la carte, dont la formule de base est constituée par l’entrée à l’exposition, l’accès aux conférences du «Keynote Program», le déjeuner et le cocktail du soir.
 
Le coût minimum de ce package se situera aux alentours de 50 £ par jour, mais son montant exact n’est pas encore défini.
 
A ce package minimum, les visiteurs pourront ajouter (en payant) d’autres éléments comme la participation à d’autres conférences et, vraisemblablement, la visite des manifestations qui se situeront dans la même enceinte, à savoir «Epublishing Innovation Forum» et «SES London», consacré aux «Search Engine Strategies, Pay per Click, Social Media and Analytics».
 
Cette dernière manifestation se tenait précédemment au mois de février.
 
Quant aux exposants et/ou aux sponsors, ils se voient «offrir» toute une série de services pour accroître leur visibilité, par exemple la prise de rendez-vous sur le salon, avant la manifestation.
 
Globalement, les objectifs sont de monter en gamme avec des conférenciers plus prestigieux, d’attirer des non-professionnels de l’information, donc de faire évoluer la clientèle traditionnelle du Online, en tentant de faire venir des professionnels ayant un véritable pouvoir de décision et d’achat, venant du marketing, de la communication, des RH …
 
Il s’agira également d’intensifier – et c’est une volonté forte des organisateurs – les échanges entre congressistes, mais aussi entre ces congressistes et les exposants ou les conférenciers, ce qui constitue en soi une valeur ajoutée de la manifestation.
 
Cela étant, on trouve dans le plan de l’exposition 2012 globalement les mêmes thématiques que dans les éditions précédentes : Business Information, STM, Library Management, epublishing/ XML, Entreprise Search, Content Management et Social Media.
 
Les thématiques semblant être pratiquement les mêmes, le pari est de faire évoluer le profil des visiteurs et le «vécu» des uns et des autres. Et des uns avec les autres.
 
On regrettera, pour notre part, qu’aucun accent ne soit mis sur de nouvelles sources d’information.
 
C’est un saut (devenu nécessaire) dans l’inconnu. Rendez-vous l’an prochain.



François Libmann
Publié dans le n° 287 de Bases (Novembre 2011)

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