Quelques nouvelles de Yahoo!...

Pour contrer Google, Yahoo! et Microsoft ont signé en juillet 2009 un accord, aux termes duquel ils ont convenu notamment que le moteur Yahoo! abandonnerait sa technologie de recherche pour utiliser celle de Bing. L'intégration de celle-ci s’est faite en août 2010 aux Etats-Unis et au Canada, un an plus tard (le 3 août 2011 exactement) en France et dans plusieurs pays d’Europe, et vient de se terminer dans la plupart des  pays d’Asie (http://goo.gl/P2h8M).

Concrètement, cela signifie que lorsque l'on interroge Yahoo!, on obtient désormais des réponses fournies par Bing, comme l’indique la mention «Powered by Bing» qui figure en toute dernière ligne de la page de résultats. Ce que Yahoo! oublie de signaler, c’est que la migration sur la plateforme de Bing a eu des incidences sur sa syntaxe de recherche, ce qui est logique. Comme les fonctions avancées de Yahoo! étaient plus puissantes que celles de Bing, les utilisateurs du moteur ont perdu au change ; l’opérateur inurl: notamment n’est plus utilisable et le service Yahoo! Site Explorer (pour identifier les backlinks d’un site) est quant à lui amené à disparaître (http://goo.gl/0g1Sp)...
    
Pour autant, si les deux moteurs utilisent les mêmes résultats de recherche algorithmiques, ils conservent néanmoins  leurs spécificités, chacun enrichissant son interface à sa manière, nouant des partenariats différents, etc.
             
Yahoo! a ainsi annoncé le 15 septembre 2011 sur son blog officiel (http://goo.gl/Hqsd3) le «relookage» de sa page de résultats, pour les modules Web, Images, Vidéos, Actualités, Blogs, Finances et Sports.
             
L’objectif est pour lui «d’unifier les expériences de recherche» sur ses modules avec un graphisme plus simple.
             
Dans les faits, on obtient désormais, au-dessus de la liste des pages (fournie par Bing) et selon les requêtes, des onglets qui permettent d’accéder directement aux résultats de la recherche sur différents modules (Images, Videos, mais aussi Shopping, Apps, Blogs, etc.).
           
Ces onglets surmontent un «bandeau» qui avait été ajouté lors du dernier relookage de l’interface (après la migration sur Bing aux Etats-Unis) et qui se déploie en mettant en avant des résultats issus de l’actualité, avec des  articles, des images, des vidéos, des tweets...
             
En complément de cette navigation par onglets, la colonne de gauche propose des filtres de recherche, pour affiner les résultats par date ou à travers des requêtes connexes.
             
On notera que lors de nos tests, ce relookage n’était pas encore intégré à l’interface française.
           
Ce «rafraîchissement» suffira-t-il à faire remonter Yahoo! dans l’estime des internautes ?
             
C’est peu probable.
             
La fréquentation du moteur ne cesse de diminuer et les dernières chiffres (pour août 2011) se passent de commentaires : Yahoo! représente 16,3 % de parts de marché aux Etats-Unis, contre 64,8 % pour Google et 14,7 % pour Bing (Comscore, http://goo.gl/u4Kqf) et ... 1,5% en France, contre 90,5 % pour Google et 3,3% pour Bing (AT Internet, http://goo.gl/LE7QJ).
             
La comparaison de ces chiffres avec ceux de juin 2010 aux Etats-Unis, soit juste avant la migration, montre d’ailleurs que celle-ci n’a pas eu l’effet escompté, loin s’en faut. La fréquentation de Bing est certes passée de 12,7% à 14,7%, mais elle s’est faite au détriment de celle de Yahoo! (qui était alors de 18,9%) et non de Google.
             
Pourtant, Yahoo! et Bing – ou plutôt leur technologie de recherche – sont pertinents. La société Experian Hitwise, qui publie périodiquement une étude sur l’efficacité des moteurs de recherche et leur «taux de succès» (lorsque l’utilisateur clique sur au moins un résultat de la page, http://goo.gl/WtfwA), plaçait ainsi Yahoo! sur la première marche du podium en juillet 2011, avec 81,4% de taux de succès, immédiatement suivi par Bing (80%), tous deux loin devant Google (67,6%)...
             
Même si le taux de succès attribué à Google peut être discuté – la technologie «Google Instant Search» (voir Netsources n°87) n’était pas prise en compte –, l’étude démontre néanmoins que la technologie de recherche de Yahoo! et de Bing est réellement efficace.
             
Comment expliquer alors cette désaffection des internautes ?
            
La stratégie de Yahoo! d’abandonner le «Search» et de miser – une fois de plus – sur le «portail» y est peut-être pour quelque chose. A l’heure des interfaces épurées «à la Google», offrir un portail surchargé, qui met l’accent sur des images – pour illustrer une actualité choisie le plus souvent dans des rubriques «people» et «faits divers» – et qui donne une place de choix à la publicité (avec même, certains jours, une large publicité en fond d’écran) est pour le moins surprenant.
         
Ce choix stratégique est d’autant plus regrettable que le moteur disposait d’une technologie de recherche reconnue – celle d’AltaVista –, qui fait cruellement défaut aux internautes à l’heure du «tout Google»... Une erreur ancienne que Yahoo! paye peut-être aujourd’hui...
             
L’avenir du moteur est d’ailleurs en train de se jouer.
             
Le limogeage  brutal de son CEO Carol Bartz en septembre dernier et l’absence de remplaçant, laissent penser que des événements importants se préparent.
             
Dans un message envoyé fin septembre aux salariés, les membres du conseil de direction ont confirmé que plusieurs parties avaient exprimé leurs intérêts sur un certain nombre d’options du groupe Yahoo! – qui possède neuf des sites les plus populaires aux Etats-Unis – et qu’ils n’écartaient pas ces possibilités.
             
On sait depuis quelques jours que Jack Ma, le père de l’Internet chinois, DG d’Alibaba, s’est déclaré très intéressé par un rachat de Yahoo!, après avoir eu des discussions avec plusieurs fonds d’investissement.
             
L’hypothèse est plausible, puisque Yahoo! détient en particulier près de 40% du capital d’Alibaba.
             
Quoiqu’il en soit, Yahoo! ne baisse pas les bras et vient tout juste d’annoncer un partenariat avec la chaîne de télévision américaine ABC (groupe Disney) ; l’accord permettra notamment à Yahoo! d'enrichir son offre d'information online avec des enregistrements et des vidéos réalisés par ABC (dont l’émission GoodMorningAmerica), et à ABC News d’élargir son audience en s'appuyant sur la distribution online de Yahoo!




Béatrice Foenix-Riou
Publié dans le n° 94 de Netsources (Septembre/Octobre 2011)

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