Revues et articles scientifiques en Open Access : où chercher ?

Les initiatives en matière d’Open Access, que ce soit dans le domaine scientifique ou des SHS, sont légion mais elles sont parfois difficiles à identifier. Nous avons donc décidé dans cet article de nous focaliser sur les articles scientifiques (sciences dures) en libre accès et de faire un tour d’horizon des ressources disponibles et des outils à disposition pour les identifier.

LE MOUVEMENT DE L’OPEN ACCESS 

“Le mouvement du libre accès (Open Access en anglais) désigne l’ensemble des initiatives prises pour une mise à disposition des résultats de la recherche au plus grand nombre, sans restriction d’accès, que ce soit par l’autoarchivage ou par des revues en libre accès.” (Déclaration de Berlin en 2003).

Les premières initiatives datent du début des années 90, mais ne se revendiquaient pas encore d’un mouvement quelconque.

Parmi les plus connues, on notera la création d’ArXiv en 1991 (qui existe toujours aujourd’hui), le premier serveur de prépublications électroniques scientifiques ; il s‘agissait alors de brouillons ou d’articles en cours de publication. Cette initiative avait pour but de proposer une alternative aux seules maisons d’édition et de pallier la lenteur du processus de publication.

Mais le mouvement de l’Open Access, revendiqué comme tel, prend son essor au début des années 2000 avec une déclaration internationale, l’Open Access Initiative de Budapest en 2001, suivie de la déclaration de Berlin sur le libre accès à la connaissance en sciences et sciences humaines en 2003.

Avant de débuter notre panorama des ressources disponibles, il est important de distinguer deux types de mouvements en matière d’Open Access.

D’une part, le “Green Open Access”, qui correspond à un phénomène d’autoarchivage (venant de l’auteur ou de son institution) d’une version d’un article dans une archive ouverte (Open Access Repository en anglais), c’est-à-dire une base de données, mettant gratuitement à disposition des articles, des thèses ou même des ouvrages.

Et d’autre part, le “Gold Open Access”, où les auteurs publient leurs articles dans des revues qui sont totalement en libre accès.

A LA RECHERCHE DES RESSOURCES DE TYPE “GREEN OPEN ACCESS”

COMMENT LES IDENTIFIER ?

Il existe un nombre incalculable d’articles en libre accès sur le Web, ainsi qu’une multitude d’archives ouvertes pluridisciplinaires ou bien spécialisées, permettant aux auteurs ou à leurs institutions de déposer des articles, dans le but de les rendre accessibles à tous.

Sauf que bien souvent, il s’agit d’initiatives isolées, sans lien les unes avec les autres, et qu’il n’est donc pas évident de les identifier.

Pour nous aider dans cette tâche, il existe plusieurs annuaires et moteurs spécialisés sur ce sujet.

LES ANNUAIRES

• OpenDOAR : l’annuaire incontournable
www.opendoar.org

Le site OpenDOAR (DOAR pour Directory of Open Access Repositories) se définit comme l’annuaire des archives ouvertes dans le monde entier. Il en recense actuellement plus de 2 200.

L’un des intérêts de cet outil est qu’il fournit des informations fiables et de qualité, car chaque source présentée a été identifiée et vérifiée par l’équipe du site.

Le site est géré par le Centre for Research Communications au Royaume-Uni et est financé par le JISC.

Depuis la page d’accueil, on peut choisir de rechercher des archives ouvertes (Search for repositories), de rechercher parmi le contenu disponible dans les archives référencées (Search repository contents) ou d’accéder à la liste de toutes les archives (List of repositories).

Le moteur de recherche d’archives ouvertes permet uniquement d’entrer un ou plusieurs mots-clés séparés par un AND (le OR, le NOT ou encore les guillemets pour l’expression exacte ne fonctionnent pas).

Les quelques tests effectués montrent que la recherche porte non pas sur le terme exact, mais qu’il existe une troncature implicite en fin de mot. Une recherche sur Malay sélectionnera donc aussi Malaysia, malaysian ou encore Malaya.

On peut filtrer les résultats par sujet (Science, Agriculture, Biology and Biochemistry, etc), par type de contenu (articles, livres, conférences, etc), par type d’archive ouverte (aggregating, governmental, etc), par pays, langue et logiciel.

A titre d’exemple, on trouvera 71 archives ouvertes françaises et même 1 en Azerbaïdjan ou encore au Népal.

Le moteur de recherche “repository content” utilise en fait le moteur personnalisable de Google (Google Custom Search), et propose de rechercher sur les sites des 2 281 archives référencées sur OpenDOAR.

On pourra donc utiliser tous les opérateurs de recherche proposés par Google.

Dans le cadre d’une recherche précise, il est tout de même préférable d’aller interroger chaque archive ouverte sur son site.

On disposera alors des fonctionnalités de recherche propres à chaque site et on pourra généralement classer les résultats par date de publication, ce qui n’est pas le cas avec Google.

On conseillera donc d’utiliser ce moteur pour identifier les archives ouvertes susceptibles de bien répondre à une problématique, puis d’aller les interroger sur leur site.

• ROAR : Registry of Open Access Repositories
http://roar.eprints.org

Dans la même veine qu’OpenDOAR, il existe ROAR, un annuaire créé et géré par Tim Brody, de l’université de Southampton.

Il recense à ce jour 3 411 archives ouvertes.

On dispose d’un moteur de recherche simple (moteur personnalisable de Google) et l’on peut filtrer la liste des résultats par pays, logiciel et type de ressource en open access.

• Repository Maps  

Enfin, pour les adeptes de la cartographie, il existe Repository Maps, qui se définit comme un “mashup” (c’est-à-dire une application qui combine du contenu provenant de plusieurs applications) de ROAR et d’OpenDOAR, sur un planisphère Google Maps.

Chaque ressource en Open Access est représentée par un point de couleur sur la carte (la couleur varie selon le type de ressource) et l’on peut filtrer par pays, type de plateforme et date d’enregistrement dans le système.

LES MOTEURS DE RECHERCHE

• Bielefeld Academic search engine (BASE)
www.base-search.net

BASE est un moteur de recherche entièrement dédié aux ressources académiques en Open Access (voir Bases n°220). Il est géré par la bibliothèque de la Bielefeld University. Il interroge 2 558 sources et donne ainsi accès à plus de 45 millions de documents en Open Access.

Le moteur de recherche simple permet d’entrer plusieurs mots séparés par un AND par défaut. On peut également utiliser les guillemets pour l’expression exacte et le NOT représenté sous la forme d’un tiret.

Pour séparer deux termes par un OU, on les inscrira entre parenthèses – (MotA MotB) par exemple –.

Par défaut, le moteur recherche les pluriels et les variantes de chaque terme.

Pour les fonctionnalités plus avancées, on dispose de la troncature (*) et des champs titres (tit:), auteur (auth:), sujet (subj:), url (url:) et éditeur (publ:).

La recherche avancée offre bien évidemment ces mêmes critères, auxquels s’ajoutent la limitation par zone géographique/pays, par période et par type de document.

On peut également naviguer dans les ressources, via la classification Dewey ou par type de document.

A noter : on peut s’abonner aux résultats d’une recherche par mail ou flux RSS.

• COnnecting REpositories (CORE)
http://core.kmi.open.ac.uk

Dans le même genre, il existe CORE, un moteur de recherche britannique qui interroge près de 300 sources (archives ouvertes et journaux en Open Access) et donne ainsi accès à plus de 10 millions d’articles en Open Access.

Le moteur de recherche simple propose les fonctionnalités habituelles et permet ensuite de filtrer les résultats par type de publication, langue, nom d’archive ouverte et date.

La recherche avancée quant à elle offre également la possibilité de limiter la recherche au champ titre ou titre et abstract, d’effectuer la recherche sur le champ auteur, éditeur ou nom de “repository”

• FreeFullPDF
www.freefullpdf.com/

On pourra également penser à utiliser FreeFullPDF, qui permet d’interroger plus de 80 millions d’articles scientifiques en accès libre.

Développé par l’entreprise française KnowMade avec l’outil Google CSE, FreeFullPDF interroge plus de 15 000 sources couvrant tous les domaines scientifiques : sciences de la vie, sciences physiques et ingénierie, sciences sociales et humaines. Les documents sont fournis au format PDF.

La recherche peut se faire en utilisant les opérateurs OR et NOT (symbole –), les guillemets, ainsi que le symbole * pour rechercher un terme entre deux mots donnés (“DNS sequencing by * method” retrouvera “DNA sequencing by dideoxy method”, “DNA sequencing by Sanger method”, etc.

L’opérateur intitle: peut également être utilisé pour restreindre la recherche aux titres.

Enfin, l’outil effectue par défaut une recherche sur les synonymes ; une requête avec “DNA” obtiendra directement des résultats contenant “desoxyribonucleic acid” ou “ADN”.

Depuis la liste des résultats, il est possible d’affiner la sélection pour n’afficher que les articles, les brevets, les posters ou les thèses.

• Google Scholar et Scirus : indexation de plusieurs “repositories”

On pourra enfin interroger des moteurs de recherche spécialisés tels que Google Scholar ou Scirus, qui indexent la littérature scientifique et académique ; leurs résultats sont issus à la fois de ressources en Open Access et de banques de données payantes.

VISITE GUIDEE DE QUELQUES ARCHIVES OUVERTES

On peut distinguer différents types d’archives ouvertes :

• les archives pluridisciplinaires en libre accès ;

• les “repositories” spécialisés sur une thématique précise ou bien spécifiques à un établissement ;

• et enfin les sites ou bases de données hybrides, qui recensent aussi bien des contenus en Open Access que des contenus qui ne le sont pas.

Nous avons choisi ici de présenter quelques ressources, représentatives de la diversité de l’offre.

• Arxiv : l’ancêtre de l’Open Access  

On ne peut parler d’archives ouvertes sans présenter ArXiv, le premier serveur de prépublications électroniques scientifiques, créé en 1991 et qui existe toujours aujourd’hui.

Géré par la Cornell University aux Etats-Unis, le site se focalise uniquement sur les disciplines suivantes : physique, mathématiques, informatique, biologie quantitative, finance quantitative et statistiques.

Plus de 850 000 e-prints y sont référencés. Il est possible de naviguer dans les rubriques et sous-rubriques du site, ou bien d’utiliser le moteur de recherche, qui propose des fonctionnalités plutôt sophistiquées.

• HAL : l’archive pluridis-ciplinaire version française 

Une autre initiative incontournable, cette fois-ci française, n’est autre que l’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, qui est destinée “au dépôt et à la diffusion d'articles scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, et de thèses, émanant des établissements d'ensegnement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.”

A ce jour, on y trouve plus de 220 000 documents en texte intégral. Pour y effectuer une recherche, on peut choisir de consulter les documents par domaine, les 30 derniers dépôts, par année de publication, par type de publication ou par collection, ou encore utiliser le moteur de recherche simple ou avancée.

• Archimer, SAM, Pubmed Central, etc : quelques archives spécialisées

Pami les “repositories” spécialisés, on pourra citer quelques initiatives françaises comme Archimer, l’archive institutionnelle de l’Ifremer (voir Bases n°250, juin 2008), qui contient des “milliers de documents dans tous les domaines liés à l'étude des mers et des océans (pêche, aquaculture, écologie marine, océanographie, géologie marine, biologie marine...)” ou encore SAM, la toute récente archive ouverte des Arts et Métiers. Pour le moment, on y trouve 262 articles, chapitres d'ouvrages, conférences, brevets des chercheurs des laboratoires Arts et Métiers ParisTech.

Enfin, on ne pourra faire l’impasse sur Pubmed Central, la référence en matière d’articles en Open Access dans le domaine médical/sciences de la vie, qui propose plus de 2,7 millions d’articles référencés.

“GOLD OPEN ACCESS” : TOUR D’HORIZON DES RESSOURCES DISPONIBLES

Les journaux en Open Access se font de plus en plus nombreux. Certains grands éditeurs ont fait le choix de lancer quelques titres en libre accès mais cela reste généralement minoritaire dans leur catalogue.

A l’inverse, on a vu apparaître de nouveaux éditeurs, souvent de petite taille, entièrement dédiés à l’Open Access.

COMMENT LES IDENTIFIER ?

Comme pour les archives ouvertes, la première difficulté consiste à identifier ces titres et ces éditeurs.

Pour nous aider dans cette tâche, il existe plusieurs annuaires et moteurs spécialisés.

• DOAJ : l’annuaire dédié
www.doaj.org

L’un des plus connus et dont nous avons déjà eu l’occasion de parler dans Bases (Bases n°279, février 2011) n’est autre que DOAJ, pour Directory of Open Access Journal.

A ce jour, il recense 9 493 revues en Open Access provenant de 120 pays différents. Pour 4 822 d’entre elles, on peut effectuer une recherche dans les archives et numéros en cours directement depuis l’interface de DOAJ.

Comme tout bon annuaire qui se respecte, DOAJ propose de naviguer parmi les titres, soit en consultant tous les titres, les nouveaux uniquement, en limitant par sujet, pays, type de licence ou par coût de publication.

On dispose également d’un moteur de recherche simple ou avancé, qui permet de rechercher dans les descriptifs des revues, ou dans le contenu des articles en texte intégral.

Les opérateurs OR, AND et NOT sont bien présents et l’on peut également limiter la requête aux champs titre, nom de la revue, ISSN, auteur, mot-clé, abstract et éditeur.

• SOAJ, le moteur des revues scientifiques en Open Access 

Un autre outil peut également s’avérer intéressant. Il s’agit du moteur Science Open Access Journals (SOAJ), qui est entièrement dédié aux sciences dures.

Ce moteur recherche non pas des revues mais des articles parus dans des revues en Open Access.

Il interroge simultanément 23 sources dont l’American Institute of Physics (AIP), Biomed Central, Elsevier, DOAJ, Taylor and Francis ou encore Wiley Open Access.

Le moteur simple offre les opérateurs booléens habituels, tandis que la recherche avancée permet en plus de limiter aux champs titre, auteur, d’entrer un intervalle de dates et/ou de sélectionner une partie seulement des 23 sources interrogées.

Dans un second temps et une fois la liste des résultats affichés, SOAJ offre la possibilité de filtrer les résultats depuis une colonne sur la gauche : par sujet, auteur, titre de la publication, éditeur et année.

TOUR D’HORIZON DES EDITEURS

Comme évoqué précédemment, on peut distinguer plusieurs types d’éditeurs proposant des ressources en Open Access.

D’une part, ceux qui ne proposent que des revues en Open Access.

C’est notamment le cas de :

• SCIRP (Scientific Research Publishing), qui publie plus de 200 revues dans le domaine des sciences, technologies et médecine (www.scirp.org/),

• d’Intech (www.intechopen.com), qui propose une petite dizaine de revues et livres en Open Access en science, technologie et médecine,

• ou encore de PLOS, un petit éditeur qui ne publie que sept revues scientifiques en Open Access (www.plosone.org/).

On trouve ensuite des éditeurs qui offrent une partie de leur catalogue en Open Access et qui ont créé un site ou une plateforme dédiée à ces revues.

C’est notamment le cas de :

• Wiley, avec son site Wiley Open Access, qui donne accès à 20 revues (www.wiley-openaccess.com),

• Springer, avec ses différentes plateformes Springer Open (plus de 130 revues - www.springeropen.com/ journals),

• Biomed Central (254 revues en Open Access en science/technologie/médecine)

• Chemistry Central (une vingtaine de titres), etc.

Enfin, on citera les éditeurs qui mélangent les revues / articles en Open Access avec le reste de leur catalogue, sans qu’il soit possible de rechercher spécifiquement ce type de contenu : on pourra citer dans cette catégorie Elsevier avec Science Direct ou encore Highwire Press.

On le voit, l’offre en matière d’Open Access scientifique est foisonnante et il serait dommage de s’en priver, aussi bien dans le cadre de recherches documentaires ponctuelles que de veilles régulières.

Ces revues et articles ont l’immense avantage d’être en accès libre – ce qui n’est pas négligeable en période de restriction budgétaire –, de proposer des contenus de qualité et des informations complémentaires à ce que l’on peut trouver dans des revues payantes.

Il est donc temps, si ce n’est pas déjà fait, de les intégrer à ses bookmarks !

POUR EN SAVOIR PLUS :

• “Open Access Science Resources”,
Matthew Von Hendy, 23.10.12
SLA Social Science Division
http://goo.gl/99frL

• “L’information scientifique et technique en libre accès : recherche et veille”
Hans Dillaert, 5.09.11
MyScienceWork
http://goo.gl/E62Gv



Carole Tisserand-Barthole
Publié dans le n° 304 de Bases (Mai 2013)

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