Microstocks, bases d'images et sites de partage de photos sur Internet

Vecteurs de communication incontournables, les images font partie intégrante du langage de la société. A l’ère du numérique, Internet s’en fait naturellement la vitrine.

Besoin d’une image pour votre site internet, blog, communiqué de presse, ou pour un T-shirt ou un autre produit dérivé ? Direction Google Images ! Premier réflexe lorsqu’on a besoin d’une image !

Cependant, il ne faut pas oublier qu’il est strictement interdit de réutiliser une image trouvée sur le Web, à des fins commerciales ou non. La seule réutilisation, acceptée par le droit d’auteur sans l’accord du créateur de l’image, ne peut s'exercer que pour l'usage strictement personnel du copiste.

Ainsi, si vous désirez une image pour alimenter votre blog personnel, ce n’est pas sur Google Images que vous devez vous dirigez, car un blog constitue une diffusion à un tiers qui n'est pas autorisée dans le cadre de la copie privée.

A moins que vous n’utilisiez la recherche avancée de Google Images, qui permet de filtrer par taille, types, format, couleur et surtout licence d’utilisation.

Vous pouver alors, si vous faites une recherche d’images pour une publication que vous comptez vendre, choisir la licence « libre de droit d’usage ou de distribution, y compris à des fins commerciales ». Avec une telle requête, les images proposées par Google Images seront triées selon les autorisations données par leurs auteurs, dans le cadre des licences Creatives Commons, proposées notamment par Flickr (voir p.4).

Une autre solution consiste à acheter des images en droits gérés ou libres de droit, dans des bases d’images traditionnelles ou des microstocks.

LES MICROSTOCKS

Terme venant de l’anglais, les microstocks sont des banques d’images en ligne, qui proposent souvent aussi des vidéos et des fichiers vectoriels.

Ils représentent la première offre que l’on trouve sur le Net lorsqu’on cherche «image gratuite» par exemple dans Google, même si les images qu’ils offrent ne sont pas gratuites.

Fotolia, Shutterstock, Fotosearch, 123RF pour les plus grands, ont une offre qui oscille entre 13 et plus de 20 millions d’images, mises à disposition sur leur plateforme.

Plusieurs éléments caractérisent ces sites.

D’abord, leur offre s’effectue exclusivement sur Internet.

Ainsi, la plateforme rassemble des photos d’auteurs du monde entier, professionnels mais aussi amateurs.

Ensuite, le format numérique permet de réduire énormément les coûts de production d’une image et ces sites offrent des systèmes d’abonnement qui peuvent faire baisser jusqu’à 0,14€ le prix d’une image !

Par exemple, vous pouvez acheter sur Shutterstock un abonnement à 199 € pour un mois, et vous pourrez télécharger 25 images par jour pendant cette période.

Voilà de quoi remplir votre photothèque et satisfaire très convenablement vos besoins !

Chaque site a son propre système de micropaiement appelé licence, forfait ou abonnement.

Différents niveaux sont établis par rapport au type de diffusion et au format de l’image exigé. La vente d’une image pour des produits dérivés est souvent l’objet d’une licence particulière, due à l’aspect commercial qui s’en suit.

Pour finir, ces sites proposent des images «libres de droits», ce qui signifie que vous pourrez les réutiliser légalement (voir encadré p.3).

Les deux principaux microstocks sont les suivants :

FOTOLIA.FR

Fotolia est certainement le microstock le plus populaire. Le site offre pas moins de 20 333 143 images, en augmentation chaque jour.

Par images, entendez photos, vidéos, fichiers vectoriels, disponibles par packs à partir de 35 € les 27 images (soit 1,3 € l’image) ou via des formules d’abonnement.

La recherche d’une image se fait par mots-clés, avec des requêtes qui peuvent être complexes, en utilisant les opérateurs booléens dans le système avancé.

A chaque page de résultats, des filtres supplémentaires sont disponibles : ancienneté, collection, type, avec ou sans personne, orientation de la prise de vue, taille, prix, et même par couleurs ou encore concepts générés par la recherche.

Le système propose aussi des catégories, des concepts ou des galeries thématiques souvent liées à la saison.

SHUTTERSTOCK.COM

Sur le même principe que Fotolia, Shutterstock donne accès à des images pour lesquelles les droits attribués – uniquement éditoriaux – sont spécifiés clairement pour chaque document (des images pour l'éditorial sont des images qui n'ont pas obtenu d'autorisation pour un usage commercial).

La recherche se fait par mot-clé ou par catégorie. Il est possible de saisir plusieurs mots-clés, et d’exclure un terme.

Mais même si les résultats sont globalement satisfaisants, il y a tellement de mots-clés attachés à chaque image que la pertinence laisse parfois à désirer.

Les filtres sont moins développés et la navigation semble moins fluide que sur Fotolia.

Shutterstock propose une image gratuite par semaine en échange d’une ouverture de compte, ce qui est une bonne promotion marketing.

LES BANQUES D’IMAGES

Les banques d’images traditionnelles ont été beaucoup occultées par les microstocks, notamment à cause des différences de prix entre les deux types de bases.

Ces bases «traditionnelles» sont certes plus confiden-tielles, mais elles sont tout de même encore présentes sur le marché de l’image.

Leurs contenus vient souvent d’anciennes agences photos qui ont fini par disparaître, lors de la transition au numérique et au renouveau du marché.

Elles proposent des contenus généralistes (Alamy, Gamma/ Rapho) mais peuvent être spécialisées.

Roger-Viollet par exemple est spécialisé dans les images historiques, Naturimages dans les images de nature et d’animaux.

GETTYLMAGES.FR


Parmi ces banques d’images, Getty Images tient une place particulière.

Cette base propose des contenus en droits gérés, et est à cet égard une banque d’images traditionnelle.

La mention RM, pour Rights Managed – ou DG, pour Droits gérés en français – implique que les images sont vendues en exclusivité sur Getty, et sont cédées pour une utilisation ou un projet précis. L’acheteur a d’autre part la possibilité de bénéficier d’une exclusivité, pour ne pas retrouver l’image qu’il a choisie sur la publicité du concurrent...

Les prix sont calculés selon différents critères, tels que l’utilisation (Web, presse, communiqués, produit vendu, etc), le format (CD, DVD, brochure, couverture ou intérieur, carte postale, etc), la taille prévue dans la publication, l’emplacement, la diffusion, la distribution et la durée. Une image destinée à la couverture coûtera donc plus chère que pour 1/16 de page à l’intérieur d’une brochure.

Si les prix pratiqués pour les images en droits gérés sont très supérieurs à ceux proposés par les microstocks, Getty Images tient néanmoins une place intéressante sur le marché, grâce à l’évolution de son offre.

Tout comme Fotolia et Shutterstock en effet, Getty propose en parallèle des DG, des images et vidéos libres de droits (les prix restent néanmoins supérieurs à ceux des microstocks).

Une partie de l’offre en libre concerne même la musique et les bandes-annonces de film. C’est peut-être cet aspect qui a permis à Getty de faire vivre ses collections en droits gérés.

Parallèlement aux microstocks et aux banques d’images, des sites de partage en ligne, nés avec le «2.0», viennent étoffer l’offre, le plus emblématique d’entre eux étant incontesta-blement Flickr.

FLICKR.COM

Site web de partage gratuit de photos et de vidéos, avec certaines fonctionnalités payantes, Flickr héberge plus de 5 milliards d’images du monde entier.

Les premières versions de Flickr, créé en 2004 par la société canadienne Ludicorp, étaient basées sur un système de messagerie instantanée pour le partage des photos. 

Racheté en 2005 par Yahoo!, le site s’est très vite concentré sur le téléchargement et le classement des images, devenant ainsi une plateforme utilisée par les internautes pour partager leurs photos avec des proches.

Le succès a été au rendez-vous et très vite, des professionnels de la photographie ont utilisé la plateforme pour faire connaître leur travail.

Au fur et à mesure, Flickr a développé des fonctionnalités de sécurité plus importantes, afin de garantir aux auteurs des photos une plus grande protection de leurs droits.

Il ont ainsi la possibilité de choisir un type de licence pour chaque image déposée.

Depuis la grille de recherche avancée de Flickr, l’utilisateur peut donc restreindre sa requête aux seuls contenus sous licence Creative Commons, et préciser s’il souhaite «rechercher du contenu à utilisation commerciale» ou «rechercher du contenu à modifier, adapter ou développer», auquel cas il pourra modifier l’image (en la rognant par exemple).

Si la réutilisation est autorisée et gratuite, l’utilisateur s’engage néanmoins à «attribuer l’œuvre de la manière indiquée par l’auteur de l’œuvre ou le titulaire des droits».

Pour chaque image, les droits sont mentionnés par un lien sur la droite de l’écran.

Ce lien mène au site des Creative Commons, qui explique très clairement les droits attribués à l’image, et donc ce qu’il est possible de faire avec.

Sur certaines images, il est simplement écrit « Tous droits réservés ».

Dans ce cas, Flickr recommande de contacter directement l’auteur en lui précisant son identité et l’utilisation que l’on souhaite faire de l’image.

On signalera que Flickr a un partenariat avec Getty et l’on peut, depuis la page de résultats, restreindre la requête aux seules images issues de «La collection Getty Images».

Un onglet permet ensuite d’acheter une licence d’utilisation sur Getty Images.

En termes de recherche, Flickr reste une plateforme de partage d’images et garde un côté album et donc amateur, qui peut ne pas convenir à une recherche pour un besoin professionnel spécifique.

La plateforme favorise davantage la balade et la flânerie dans les images que la rapidité de la recherche.

Mais on peut aussi interroger Flickr – et d’autres sites de partage de photos, comme Pixabay – depuis Google Images, et tirer parti des fonctions avancées du moteur. La grille de recherche avancée propose en effet d’utiliser des filtres comme la taille de l’image, le format, la couleur dominante, le type d’image (visages, photos, images clipart...), le pays d’origine, le type de fichier (JPG, PNG, GIF...) et ... les droits d’usage (comme «libres de droits d’usage, de distribution ou de modification, y compris à des fins commerciales»...).

POUR ALLER PLUS LOIN

Les banques d’images se sont largement développées ces dernières années et il existe de multiples sites proposant des images, généralement libres de droits et souvent gratuites ; celles-ci peuvent couvrir tous les domaines ou être spécialisées sur un thème ou un sujet particulier.

Pour les identifier, on pourra lancer une requête sur Google avec des termes comme banque OR site images nature, et repérer ainsi nombreuses banques d’images dédiées à l’environnement.

On pourra aussi démarrer son exploration des nombreux «Top 10» ou «Top 50» qui paraissent régulièrement dans des blogs, tels que «40 sites d’images libres de droit et/ou gratuites», de Patrick Dudouit, paru dans SurfandBiz.com le 29.07.2012, http://goo.gl/XkymU ;

On conseillera également la lecture de l’article «Télécharger des images gratuites et libres de droit», de Frédéric Pereira, publié sur Fredzone.org le 25.07.2012, http://goo.gl/kmr45.

Enfin, on signalera le Peartrees de Calou34, dédié aux Photos et Images, qui recense notamment le Top 100 des sites de photo-création, le Top 100 des sites de photographie, des banques d’images, des sites de photographes, etc. http://goo.gl/h9Mbc

LES MICROSTOCKS : UNE LEGALITE TRES CONTESTEE

Les microstocks ont fait leur apparition il y a quelques années et permettent à l’utilisateur d’acheter – à des prix généralement très bas – des images «libres de droits», facturées en fonction de la taille/résolution des fichiers et non pas selon leur utilisation. Une fois achetées, ces images peuvent être réutilisées sans coût supplémentaire.

Ces sites ont généralement une politique de prix «discount» et s’appuient sur le nombre de photos et de visiteurs (20 millions de photos et six millions de visiteurs par jour pour Fotolia !) pour vendre des images aux alentours de 1 €.

L’auteur quant à lui récupère une commission pour chaque image vendue. Le montant de cette commission – environ 30% du prix de la photo – varie selon la notoriété du photographe, et selon l’exclusivité donnée ou non au microstock.

L’auteur trouve donc son compte dans le volume d’images vendues, ce qui explique que beaucoup déposent leurs images sur les nombreux sites existant.

De cette présentation rapide ressortent assez clairement les paradoxes que la notion «libre de droits» implique, au regard notamment de la propriété intellectuelle.

Libre de droits, mais de quels droits ? L’auteur possède en France un droit moral inaliénable sur ses œuvres, qui correspond au droit dû au respect du nom de l’auteur, de l’intégrité de l’œuvre. Il est «perpétuel, inaliénable et imprescriptible» et le code de propriété intellectuelle n’envisage donc pas la possibilité de le céder. Les droits patrimoniaux encadrent l’exploitation d’une œuvre et il appartient à l’auteur d’encadrer cette exploitation en donnant son autorisation à chaque utilisation d’une de ses œuvres.

Mais la plupart des microstocks sont soumis au droit américain, qui ne prévoit pas ce type de protection morale des auteurs. Les auteurs n’ont ici aucun contrôle sur les ventes de leurs images, qui peuvent être utilisées sans limite de temps, pour différents types de diffusion et sur différents supports, sans que leur accord ne soit demandé.

Ce désaccord dans la définition du terme a poussé l’Union des photographes professionnels (UPP), l’Association nationale des iconographes (INA), la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF), le Groupement national de la photographie professionnelle (GNPP), le collectif Tendance floue, ainsi que la maison de photographes,Signatures, à créer l’Association contre le libre de droits, l’ACLD, en mai 2011. Ce nom ne pourrait être plus clair. Sa mission : réunir les banques d’images et les photographes sur une définition commune du « libre de droits».

Combat qui semble démesuré, surtout sachant qu’Hadopi a labellisé Fotolia du label «PUR» en juin 2011, label qui a pour objectif d’indiquer aux internautes les plateformes qui proposent des offres en ligne respectueuses des droits des créateurs.

Au flou juridique entourant la notion de libre de droits, s’ajoute un autre flou, qui est celui du respect des droits d’auteur sur Internet. Mise en déroute par ce manque d’encadrement juridique, la profession se bat pour exister. Entre le combat des créateurs pour vivre de leur art et le modèle économique du marché de l’image sur la Toile, voilà une position bien inconfortable pour les acteurs du marché.


Christelle Boizeau
Publié dans le n° 299 de Bases (Décembre 2012)

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