Sourcing : tirer parti du renforcement des médias locaux
Cette tendance au renforcement du local passe par le développement de verticales locales (c’est-à-dire de produits dérivés) dans les médias nationaux, mais aussi de nouveaux produits dans les médias locaux mainstream, ou encore par la création de nouveaux médias locaux au format 100 % newsletter ou de nouveaux médias hyperlocaux. Or ces différents produits ne sont pas nécessairement inclus dans les outils classiques du professionnel de l’information. Il va donc falloir les identifier et les ajouter soi-même à son sourcing et à ses outils.
Les médias généralistes qui se développent localement
Premier angle à explorer : les médias nationaux qui se développent dans le local. Si ces médias nationaux sont déjà dans votre sourcing et dans vos outils, les déclinaisons locales ne le sont pas forcément.
Le Figaro vient de s’implanter dans quatre grandes villes : Bordeaux, Lyon, Nantes et Nice et en avril dernier, le groupe avait lancé une chaîne de TV locale disponible sur la TNT (Figaro TV Île-de-France). Le Figaro propose quatre newsletters hebdomadaires dédiées à ces quatre villes ainsi qu’une autre dédiée à Marseille.
Dans la même veine, BFM investit massivement dans le local. Cela avait commencé dès 2020/2021 avec le rachat de petites chaînes locales dans les Alpes et dans le sud de la France. Le mouvement continue d’année en année avec le rachat récent de chaînes alsaciennes et normandes.
Et en octobre dernier, Radio France et France TV dévoilaient les contours de leur nouveau média global de proximité qui s’appellera « Ici » et regroupera France 3 et France Bleu.
Ce que cela signifie pour la veille
Cela signifie qu’il faut aussi envisager les médias nationaux comme des sources potentielles de contenus locaux, les ajouter à son sourcing ou vérifier si les outils qu’on utilise incluent bien les verticales locales des médias nationaux.
Quand la presse locale renforce le local thématique
Les médias déjà locaux comme la PQR ou la PHR se mettent quant à eux à décliner de plus en plus le local en thématique.
- C’est par exemple le cas de l’Union qui vient de lancer TAnews, un média 100 % digital régional, qui vise uniquement les étudiants.
- Autre exemple : le groupe Médiatour qui détient déjà plusieurs titres de presse locale investit lui aussi le champ du local thématique avec Infoéco63 et Traces Écrites spécialisé sur l’actualité économique en Bourgogne Franche-Comté.
- Dans la même veine, L’Est Républicain a lancé une newsletter bimensuelle économique locale sur LinkedIn appelée La newsletter éco de l’Est Républicain.
Ce que cela signifie pour la veille
On regardera si ces verticales peuvent avoir un intérêt pour ses veilles et si oui, on les inclura ou on vérifiera s’ils sont déjà indexés par nos outils.
Quand la presse locale renforce l’hyperlocal
Parallèlement au développement de déclinaisons thématiques dans la presse locale, certains médias locaux ont décidé de réinventer les déclinaisons hyperlocales. Les titres de PQR ont toujours eu des déclinaisons spécifiques hyperlocales dans le sens où ces journaux ont toujours proposé différentes éditions personnalisées selon la zone géographique (Le Progrès a aujourd’hui seize éditions papier et numérique et Ouest France 40 éditions différentes). Mais on voit apparaître de nouveaux projets hyperlocaux soit avec des formats différents, soit sur des zones qui ne bénéficiaient pas encore de couverture.
C’est le cas de Nice-Matin par exemple qui a lancé plusieurs newsletters dédiées à plusieurs grandes agglomérations : Les Jumelles qui couvre les villes de Fréjus et Saint-Raphaël, Tapis Rouge pour Cannes, Antipolis pour Antibes et Juan les Pins. Le groupe vient tout juste de lancer deux nouvelles newsletters : FicaNice pour Nice et De la Rade au Faron pour Toulon. Et Nice Matin va même encore plus loin avec l’intégration de contenus émanant d’influenceurs locaux. C’est ainsi que le groupe a lancé « Nos Ambassadeurs », une nouvelle verticale dédiée aux influenceurs locaux, à qui la rédaction propose des sujets en fonction de leurs expertises.
Autre exemple, du côté de la frontière franco-suisse, La Tribune de Genève a quant à elle lancé en 2022 une newsletter pour ceux qui vivent et travaillent entre la France et Genève. Il y est question de mobilité, de travailleurs transfrontaliers, de projets urbains, etc.
Ce que cela signifie pour la veille
On a intérêt à explorer les sites des grands titres locaux à la recherche de déclinaisons hyperlocales qui ne sont pas forcément présentes dans les outils qu’on utilise au quotidien. Ces nouvelles déclinaisons semblent souvent prendre la forme de newsletters et c’est donc dans cette direction qu’il faudra concentrer ses efforts pour les identifier.
Les médias locaux et hyperlocaux indépendants
Au-delà des médias traditionnels, il y a aussi de nouveaux médias hyperlocaux (à l’échelle d’une ville, village ou même d’un quartier) ou locaux (généraliste ou avec un angle bien particulier comme uniquement vidéo, uniquement investigation, etc.). Mais ils ne sont pas forcément faciles à identifier et se retrouvent peu dans les outils de recherche classiques, les annuaires de médias, etc.
En France, on citera par exemple :
● Kita Media, un média 100 % vidéo et 100 % Hauts de France;
● Les Pépites du 19e, un média local en ligne entièrement dédié au 19e arrondissement de Paris;
● Le Douze Pépouze, un média en ligne dédié au 12e arrondissement de Paris;
● Splann, média entièrement consacré à l’investigation en Bretagne;
● L’Empaillé, un média régional d’Occitanie
Ce que cela signifie pour la veille
Ces sources sortent des circuits classiques d’identification de sources. Quand on a des problématiques locales, il va falloir essayer de ratisser le plus largement possible pour réussir à identifier un maximum de médias locaux et hyperlocaux puis évaluer si les contenus proposés peuvent avoir une valeur pour les veilles dont on a la charge. Un vrai travail d’investigation semble donc nécessaire dans ce cas.
Les newsletters locales indépendantes
On voit également se développer des newsletters qui traitent de l’information locale sans être nécessairement reliées à un site Web d’actualités ou un site de presse.
C’est par exemple le cas de L’Essentiel Bordeaux, une newsletter dédiée à l’actualité bordelaise avec chaque jour cinq infos-clés (éco, culture, politique, environnement, sport…). Il existe également deux autres éditions pour Marseille et Lyon.
Ce que cela signifie pour la veille
Ces sources sortent également des circuits classiques d’identification de sources. Il ne s’agit plus tellement d’identifier des médias, de la presse locale, mais de faire des recherches de newsletters qu’elles soient journalistiques ou non.
Comment identifier les verticales locales et les médias locaux ?
L’évolution de l’information locale nous conduit donc à adapter notre sourcing et notre veille au niveau local. Nous avons pu voir précédemment qu’il y avait deux cas bien distincts :
● Les médias mainstream qui se développent ou se renforcent sur le local ou l’hyperlocal ;
● Les médias non mainstream qui existent sous forme de site de presse ou newsletter qu’il faut déjà réussir à identifier.
Dans le cas des médias mainstream, l’adaptation de la veille est assez simple : il suffit généralement de repartir de sites et médias que l’on connaît déjà et de regarder si ces acteurs ont développé des verticales locales, locales thématiques ou hyperlocales qu’il serait intéressant d’inclure à son sourcing. Et si on ne connaît pas ces médias mainstream, on pourra facilement les identifier en passant par des annuaires de presse classiques ou en recherchant via des moteurs de recherche des recensements de médias dans un pays donné. Puis on explorera les sites à la recherche de verticales susceptibles de nous intéresser.
La démarche est moins aisée lorsqu’il s’agit d’identifier des médias locaux ou hyperlocaux non mainstream (sites d’actualités, sites de presse ou newsletters).
Nous présentons ici les principales pistes à explorer pour les identifier.
1. Explorer les recensements de médias indépendants
Il y a plus de chances que ces médias apparaissent dans ce type de recensement.
En France, il y a par exemple la « carte de la presse pas pareille » qui se donne pour vocation de recenser les médias libres, indépendants et alternatifs. On trouve dedans de nombreux médias locaux. Il y a également la nouvelle carte (très) subjective du paysage médiatique français.
Au niveau européen, on citera le projet Oasis qui recense des médias locaux indépendants en Europe. À ce jour, la base de données présente plus de 500 médias dans 40 pays différents mais il y en a très peu pour la France.
2. Trouver des agrégateurs d’information locale
C’est encore assez rare, mais on peut trouver des acteurs qui rassemblent les articles de plusieurs médias locaux et hyperlocaux.
En France, c’est par exemple le cas du portail des médias indépendants proposé par Basta qui indexe les articles de médias indépendants français, francophones et internationaux. L’angle du portail ne porte pas sur le local, mais on y trouve quelques médias indépendants locaux comme Eco-bretons (Journal en ligne sur l’actualité des transitions sur le territoire breton), Factuel.info (journal Franc-Comtois), Revue Far Ouest (Média local, indépendant dédié au Sud-Ouest, etc.)
3. Identifier et éplucher les organisations, associations, syndicats de médias
Autre piste : repérer des organisations, syndicats et associations susceptibles de regrouper des médias locaux et hyperlocaux. En France, on pensera par exemple au Fonds pour une presse libre, le Syndicat national des journalistes, Un bout des médias, Acrimed (Observatoire des médias), le SPIIL, etc.
On explorera ensuite leurs actualités, communiqués et listes d’adhérents afin d’identifier des médias susceptibles d’intégrer notre sourcing. Ils peuvent également proposer des annuaires ou cartographies de sources locales très intéressantes.
La régie Espace PHR propose par exemple une cartographie région par région des titres de PHR disponibles.
Les médias hyperlocaux en région parisienne viennent par exemple de se regrouper dans un club de médias hyperlocaux, ce qui est donc une excellente source pour en identifier between d'autres and the URL.
4. Identifier des événements, conférences, festivals
On pensera également aux événements qui fédèrent cette communauté de médias locaux, notamment indépendants, où glaner le noms des participants, des partenaires et dans le programme des noms de médias locaux pertinents.
Pour la France, on pensera par exemple au Festival de l’information locale dont le site et aussi la newsletter regorgent d’informations intéressantes pour le sourcing local.
5. Explorer les réseaux sociaux
Les médias indépendants et locaux sont généralement en quête de visibilité et n’ont pas un budget illimité. Les médias sociaux sont donc généralement au cœur de leur stratégie pour se faire connaître.
Deux méthodes possibles :
- Interroger les moteurs internes des réseaux sociaux comme Facebook, X (ex-Twitter), LinkedIn, Bluesky, Threads, Instagram, etc. en croisant des termes liés aux médias avec des termes locaux (nom de ville, région, quartier, etc.) ;
- Identifier en amont une actualité locale, un événement local pertinent dont il a probablement été peu question dans la presse nationale ou sur le Web pour voir qui en parle sur les réseaux sociaux. Il y a des chances que des médias locaux ou hyperlocaux s’en soient fait l’écho et on les repérera par ce biais. Par exemple : le lancement d’un pedibus dans une ville de taille moyenne, etc.
6. Ne pas négliger les moteurs classiques
On ne négligera pas non plus les moteurs de recherche Web comme Google et d’autres (Kagi Search, Brave Search, Bing, etc.) avec des requêtes combinant des termes liés à la notion de média (médias, magazine, site d’actualités, newsletter, etc.) et des termes liés au local (nom d’une région, d’une ville, etc.).
7. Tester les assistants IA
Il peut également être intéressant de demander aux assistants IA comme ChatGPT, Bard, Claude, Perplexity, Bing Chat s’ils connaissent des médias locaux et hyperlocaux sur la zone qui nous intéresse. On pensera bien à vérifier chaque nom fourni par ces assistants, car il est probable que certains n’aient jamais existé.
Le cas spécifique des newsletters locales
Les newsletters locales qui ne sont pas reliées à un site d’actualités ou de presse ne vont pas forcément émerger via les différentes méthodes évoquées précédemment. Pour les identifier, on aura plus intérêt à adopter les mêmes méthodes que pour rechercher des newsletters.
Nombre de ces newsletters utilisent les grandes plateformes de newsletters comme Substack, Mailchimp, etc. On pourra donc interroger les moteurs de ces plateformes ou passer par Google en limitant aux résultats issus de ces plateformes grâce à l’opérateur site:(par exemple, site:substack.com).
On pourra également lancer des recherches dans les moteurs de recherche, réseaux sociaux, en croisant le terme newsletter avec des termes locaux (nom de région, ville, etc.).
Et l’exploitation de ces sources ?
Une fois ces sources locales identifiées se pose la question de leur exploitation dans un contexte de veille. Et c’est une vraie question car il n’est généralement pas envisageable d’intégrer toutes ces sources à sa veille et ce pour deux raisons :
- Nombre de ces sources sont payantes mais non intégrées dans les outils classiques du veilleur et on peut vite se retrouver à multiplier des abonnements annuels à des sources qui ne nous intéressent que quelques fois par an.
- Elles ne sont pas toujours simples à surveiller techniquement (pas de flux RSS, pas d’alertes, etc.) et si on met tout sous surveillance, le ratio volume d’informations sélectionnées/volume d’informations reçu n’est pas très bon.
Il faudra donc faire des choix parmi ces sources selon le degré stratégique de la veille et on pourra imaginer un système avec des sources en veille active et d’autres qui ne sont là que pour répondre à des questions ponctuelles et d’approfondissement
Voir notre article « Les sources qu’il faut savoir mettre en veilleuse », Bases N° 419 - novembre 2023.