Comment utiliser l’information business et l’actualité pour enrichir sa veille brevet ?

Philippe Borne
Netsources no
166
publié en
2023.10
4121
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Tags
veille innovation | méthodologie | information business | brevets
Comment utiliser l’information business et l’actualité pour ... Image 1
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Comme nous avons pu le voir dans l’article « Comment enrichir sa veille concurrentielle avec les brevets ? » de ce même numéro, l’information brevet a un rôle à jouer dans tous les types de veille mais l’inverse est aussi vrai. L’information non-brevet, comme l’information business, financière, presse, etc. a aussi un rôle à jouer pour enrichir et améliorer la veille brevet.

C’est ce que nous avons choisi d’explorer dans cet article en partant d’un exemple concret : analyser la politique brevet de Quobly, une start-up française dans le secteur de la recherche quantique qui a récemment fait parler d’elle avec l’entrée de BPI France dans son capital. Nous avons choisi de mener l’enquête uniquement avec des données en libre accès.

NB : Suivant de loin le sujet du quantique, nous savons que les acteurs américains et chinois du domaine y ont une politique brevet très active. Un rapport de Michel Kurek publié en 2020 a établi que sur la période 2010 - 2020 les acteurs chinois sont à l’origine de 5164 familles de brevets, les acteurs américains de 1990 familles, et les acteurs français d’un modeste chiffre de 126 familles.

Débuter avec les outils de recherche brevet

Quoi de mieux pour analyser une politique brevet que de commencer par une recherche dans les brevets. Nous avons utilisé ici l’outil Espacenet (pour savoir comment rechercher sur Espacenet, nous vous invitons à lire l’article « Comment enrichir sa veille concurrentielle avec les brevets ? » dans ce même numéro).

Première surprise : avec une recherche sur Quobly, on ne trouve aucun brevet. 

Explorer le Web et la presse pour trouver d’autres points d’entrée vers les brevets

Comme le nom de la société dans les bases brevets ne permet pas de faire remonter le moindre brevet, il va falloir trouver d’autres points d’entrée, en l’occurrence d’autres mots-clés.

Nous lançons donc des recherches sur Google et Google Actualités avec le terme Quobly (voir Figure 1.).

Figure 1. Résultats de recherche

Nous recueillons dès les premiers liens plusieurs indices d’intérêt : « PODCAST : Maud Vinet, PDG de Quobly, anciennement Siquance - 12/07 » ; le deuxième lien confirme : « Quantique : Siquance devient Quobly et lève 19 millions d’euros ». Un lien plus bas nous dit « Grenoble. Isère : première levée de fonds pour Quobly (ex… »

Nous avons là trois informations de choix : 1) l’ancien nom de Quobly est Siquance ; 2) le nom du PDG de la société est Maud Vinet (ce qui va nous être utile un peu plus tard) ; 3) Quobly est probablement situé dans le département de l’Isère.

Retour aux outils de recherche brevet

Bien entendu, nous réessayons avec le nom Siquance l’opération que nous avons tentée avec Quobly sur Espacenet : nous cherchons le nom Siquance en tant que nom de demandeur.

Hélas, pas plus de brevets au nom de Siquance qu’au nom de Quobly.

On rappellera qu’une demande de brevet est publiée, et apparaît donc dans les bases de données comme Espacenet, 18 mois après son dépôt.

Une explication pourrait être que la société Siquance a été créée il y a moins de 18 mois ; auquel cas, si elle a déposé une ou plusieurs demandes de brevet, celles-ci ne peuvent encore être accessibles dans Espacenet. Il nous faudrait donc confirmer la date de création de la société.

Passage aux données sociétés grâce aux bases de données entreprises

L’un des outils de recherche gratuits les plus puissants du moment sur les sociétés s’appelle Pappers

Nous y apprenons que Siquance a été créée le 29/11/2022, soit effectivement il y a moins de 18 mois (cet article a été rédigé en juillet 2023).

Pour les dirigeants, nous avons trois personnes physiques : outre MAUD VINET, FRANCOIS PERRUCHOT et TRISTAN MEUNIER. Et l’entreprise est domiciliée à Grenoble (voir Figure 2.).

 

Figure 2. Résultats détaillés sur Pappers

Explorer en détails le site de l’entreprise

Le site de Siquance nous renvoie sur celui de Quobly - le changement de dénomination sociale semble très récent où l’on apprend que Quobly est un spin-off du CEA et du CNRS qui développe une technologie quantique basée sur 20 ans de recherches menées au sein de ces deux organisations.

C’est ici que les noms des dirigeants de Siquance/Quobly - probablement salariés ou anciens salariés du CEA et du CNRS - vont nous être utiles : ils sont peut-être cités en tant qu’inventeurs dans des brevets issus du CEA ou du CNRS en relation avec les technologies sur lesquelles Siquance/Quobly fonde son activité.

Nous relançons donc la recherche sur Espacenet en entrant les noms des trois dirigeants dans le champ “Inventeurs” (cf. Figure 3.)

Figure 3. Recherche sur EspaceNet

Attention : changer le paramètre ANY par le paramètre ALL (point ci-dessus) est important. ALL permet de retrouver les documents où un nom d’inventeur comporte les deux termes présents dans le champ (logique ET) ; alors que ANY va retrouver des documents où un nom d’inventeur comporte l’un ou l’autre des deux termes présents dans le champ (logique OU). Enfin, vous voyez en haut à gauche de l’écran un losange en pointillés entourant un opérateur OR (OU en français) : une logique OU va être appliquée entre les trois champs, permettant de retrouver des documents où au moins un de ces trois noms correspond à un inventeur. Si nous avions voulu chercher les documents comportant comme inventeurs les trois dirigeants (et éventuellement d’autres personnes), il aurait fallu appliquer une logique AND (ET en français).

Nous obtenons cette fois 120 familles de brevets :

Les premières références obtenues sont cohérentes par rapport aux thèmes de travail de Quobly (développement d’une technologie QBIT à base de spin dans le silicium).

Nous nous trouvons donc proba­blement devant une situation assez classique : des salariés ayant travaillé plusieurs années sur un sujet technique au sein d’un établissement de recherche quittent cet établissement pour fonder une entreprise qui va exploiter les résultats des travaux. Dans ce cadre, l’établissement de recherche autorise la société ainsi créée - un spin-off - à exploiter les brevets que ledit établissement a déposés pour valoriser lesdits travaux.

Une question reste néanmoins posée : si Siquance/Quobly exploite une technologie brevetée par le CEA, en toute rigueur le CEA a dû lui concéder une licence d’exploitation de ces brevets. Ou bien, c’est une possibilité également, céder certains brevets à Siquance/Quobly.

Comment le vérifier ?

Explorer les données sur la vie du brevet avec data.inpi.fr

Rappelons d’abord que tous les événements affectant la titularité des droits sur un brevet doivent, de préférence (ce n’est pas obligatoire), faire l’objet d’une déclaration à l’INPI. On parle d’une « inscription au Registre National des Brevets », abrégé RNB). Pourquoi est-ce conseillé ? Parce que sans inscription, le nouveau propriétaire du brevet ne pourra, par exemple, pas agir en contrefaçon car cette cession (par exemple) ne sera pas opposable aux tiers.

  • La partie recherche brevet du site data.inpi.fr de l’INPI permet de rechercher par type d’inscription.

On peut ainsi chercher les concessions de licence, les transmissions totales de propriété ou les transmissions de propriété.

En cherchant les documents où l’un des trois dirigeants de Quobly est inventeur et ayant fait l’objet d’une des trois inscriptions précitées, on ne trouve aucun document pertinent, sachant qu’il faut faire la recherche brevet par brevet.

  • Une vérification sur la base brevet Orbit - où il est possible de vérifier non pas seulement brevet par brevet, mais sur un lot complet de brevets - donnera le même résultat.

D’où l’on peut déduire qu’il n’y a eu aucune licence ou cession de brevets du CEA ou du CNRS (où l’un des trois dirigeants de Siquance est inventeur) au profit de Siquance, ou tout au moins, s’il y en a eu, elles n’ont pas été inscrites au RNB.

Attention : sur les licences, il faut préciser que Siquance étant une jeune entreprise, la licence peut être en cours de mise en place. Sur l’inscription, sur des technologies jeunes, en phase précoce de développement, l’inscription n’est pas forcément pertinente dans la mesure où les risques de contrefaçon sont faibles.

Que conclure ?

La veille et la recherche d’information brevet, ce n’est pas qu’utiliser des outils spécifiquement dédiés aux brevets comme les bases de données et serveurs brevets. C’est aussi croiser l’information brevet avec de l’information presse, business, financière, etc. pour trouver des indices permettant d’aller plus loin dans l’analyse de la politique brevet d’une entreprise.