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Évaluer la science gratuitement : un modèle à bout de souffle ?
Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la saturation du système de revue par les pairs (peer review) qui est un des fondements sur lesquels est bâti le système de publications scientifiques.
Rappelons que le peer review est défini comme une « analyse critique impartiale et indépendante par des experts du domaine (hors comité de rédaction) d’un manuscrit évaluant le contexte, l’hypothèse, les méthodes, les résultats, l’interprétation et les références » par l’International Committee of Medical Journal Editors.
Illustration générée par Gemini
Le problème de fond est qu’il y a de plus en plus de publications à examiner, dont un pourcentage croissant n’a pas de véritable intérêt pour des raisons que l’on connaît (pression du « publish or perish », développement des « paper mills » et, bien sûr, l’IA générative).
En parallèle, le nombre de reviewers augmente nettement moins vite et ils ont souvent moins de temps à consacrer à cette activité, en principe non rémunérée.
Concrètement, Mathieu Dejeu estime dans un article de Sciences Critiques du 22 mai 2026 que les chercheurs ont, dans leur charge de travail, un tiers d’enseignement, un tiers de recherche et un dernier tiers un peu plus flou de « services à rendre à la communauté ». Ces services peuvent prendre plusieurs formes, mais l’évaluation par les pairs entre dans cette catégorie. Or, la pression pour produire toujours plus d’articles diminue mécaniquement le dernier tiers.
Grainne McNamara, pour sa part, explique dans un post du 17 septembre 2026 qu’en 2025, un éditeur devait envoyer en moyenne 4,5 invitations pour trouver un reviewer, contre 2,3 en 2018.
Par ailleurs, il y a quelque chose d’étrange dans le fait que, sauf open access diamant, qui reste assez marginal, selon les modèles, soit l’auteur, soit le lecteur paie une prestation alors que, traditionnellement, les reviewers font un travail bénévole.
Plusieurs solutions ont déjà été trouvées, telles que le post publishing review (BASES n° 434, MARS 2025) : c’est-à-dire la revue après publication.
Mais, en fait, se développe, plus ou moins en catimini, car cela va à l’encontre des traditions, une tendance à rémunérer les reviewers, ce qui les motiverait, en particulier, à effectuer le travail en quelques jours plutôt qu’en quelques semaines, voire quelques mois.Les tarifs sont extrêmement variables, allant de 30 à 40 € par review jusqu’à 100, voire 450 €, mais les délais de réalisation demandés sont extrêmement courts, de l’ordre d’un à trois jours.
Par extension, s’est aussi développé un service aux auteurs pour les préparer à affronter, avec le maximum de chances de succès, la peer review de leur article.
En fait, un marché existe déjà avec plusieurs acteurs qui recrutent et proposent des Freelance Peer Reviewers sélectionnés selon des critères tels que le niveau d’études (PhD/MhD) et le nombre de publications récentes.
Parmi ces sociétés, on peut citer Cactus Communications ou ReviewerOne.
Enfin, différents autres modèles font leur apparition : ce peut être la publication et non l’éditeur qui paie la review. Par exemple, selon Nature du 9 juillet 2026, la revue Biology Open propose une review à un expert déjà sélectionné. Celui-ci a 24 h pour répondre et, s’il accepte, quatre jours pour rendre sa review, payée 220 £ si elle est acceptée.
En revanche, si la crainte des reviews réalisées entièrement par l’IA semble s’éloigner, son utilisation permet d’alléger le travail du reviewer en détectant d’éventuelles incohérences méthodologiques, des problèmes statistiques, des images manipulées, des plagiats ou l’empreinte de paper mills.
Quoi que l’on pense, sur le plan philosophique, de cette marchandisation de la peer review, il y a au moins un côté positif : c’est le raccourcissement drastique des délais lorsque l’on procède ainsi.
