La guerre de l’info franchit un seuil critique. Avec l’irruption de Perplexity Discover et l’intégration des AI Overviews dans la sphère Google, nous ne parlons plus seulement d’indexation ou de diffusion : ici, l’IA franchit le Rubicon et endosse le rôle d’éditorialiste.
Ce passage d’un Web « clic-centrique » à un Web « IA-centrique » offre un gain de temps immense, mais pose une question vitale : quel sera le prix de cette commodité si, à force d’être résumée par des algorithmes, l’information indépendante finit par ne plus être produite ? Pour les éditeurs, c’est un combat pour la survie.
L’arrivée de Perplexity AI est l’une des bonnes surprises de l’IA dans notre sphère informationnelle. Grâce à son positionnement « Search + IA », elle apporte une diversité bienvenue face au moteur de recherche Google.
La domination de Google est également, pour la première fois, sérieusement contestée sur un nouveau terrain, celui de l’actualité, par l’approche disruptive de Perplexity qui vient challenger le puissant écosystème structuré par Google depuis les années 1990 autour de Google News.
Ce duel ne repose pas sur de la « performante brute », mais sur deux philosophies de l’information. Google conserve une avance décisive sur l’exhaustivité et le local : c’est l’outil de la couverture universelle, s’appuyant sur des données géolocalisées et un index infini. À l’inverse, Perplexity s’impose par sa «profondeur» : il ne se contente pas de lister, il analyse, fusionne et synthétise.
Le «bibliothécaire du web» doit désormais faire face à un «rédacteur algorithmique» qui ne se contente plus de pointer vers l’info, mais qui la raconte.
Trois plateformes, trois philosophies de la découverte
Pour comprendre ce qui se joue, il faut disséquer le fonctionnement de ces trois systèmes qui marquent chacun une étape de notre rapport à l’information :
1. Google News (lancé en 2002) : le bastion de la presse structurée. Après plus de deux décennies d’existence, il reste le pilier de l’actualité hiérarchisée. Son algorithme compile des milliers de sources classées par catégories (Monde, Tech, Sport, etc.). La personnalisation y est «douce» : elle repose sur vos intérêts et votre historique, mais conserve l’illusion d’un kiosque traditionnel. L’expérience varie selon les pays et les accords légaux locaux. C’est encore «l’ère du lien» : l’utilisateur choisit un titre et clique pour lire le contenu directement chez l’éditeur.
2. Google Discover (déployé depuis 2018) : la curation passive et prédictive. Contrairement à Google News, où l’utilisateur consulte activement les actualités par rubrique, Discover propose une approche différente :
- Le passage au flux « Push » : l’information est envoyée à l’utilisateur, qui la reçoit sans devoir ouvrir une application de presse ou saisir une recherche.
- Le magazine prédictif exploite les données des utilisateurs telles que l’historique de navigation, la localisation et les centres d’intérêt afin de générer un flux d’actualités personnalisé. Ce système privilégie la découverte spontanée de contenus, reléguant ainsi la recherche ciblée au second plan.
- Depuis 2024, Google Discover a évolué en adoptant des formats inspirés des réseaux sociaux et, dans certains pays comme les États-Unis, les premiers éléments des AI Overviews. Ces résumés génératifs font de Discover un lieu de consommation directe de l’information, sans quitter la plateforme.
