Interview de Christelle Urvoy, Consultante en intelligence économique et veille stratégique, menée par Christel RONSIN
Christelle Urvoy partage son approche pragmatique pour intégrer l’intelligence artificielle générative (IAG) dans les processus de veille, de pédagogie et de gestion des connaissances. Elle explique comment allier innovation et méthodologie entre automatisation des tâches, vigilance sur les sources et réhumanisation des échanges.
Christelle URVOY : Sur la veille, j’intègre désormais l’IA à plusieurs étapes du cycle, en restant très attentive à la confidentialité. Je ne transmets aucune information identifiable sur mes clients : l’IA me sert surtout à structurer des hypothèses, repérer des angles d’analyse et reformuler des enjeux. Je l’utilise aussi comme un effet miroir : je pose des questions, parfois similaires à plusieurs reprises, pour comparer les réponses et faire émerger des variations qui nourrissent et affinent mes analyses.
L’IA joue aussi pour moi un rôle d’équipier, car je n’ai pas toujours la possibilité de travailler en équipe. Sur des analyses macro, c’est un outil extrêmement utile pour dresser un panorama générique. Dès qu’on passe au micro, ou que la démarche doit s’appuyer sur des chiffres fiables et récents, l’IAG manque encore de précision sur ces aspects.
Pour les grandes entreprises, ces outils fonctionnent bien, car sur un marché international, où il y a beaucoup de données publiques, l’IA excelle : elle permet d’effectuer du sourcing étranger, de croiser de nombreuses informations difficiles à analyser rapidement nous-mêmes, et de fournir une vision claire des enjeux concurrentiels.
Pour les PME et TPE ou sur des marchés de niche, dès qu’il s’agit de besoins très ancrés localement, la donne change, car le web regorge moins de données sur ces petites structures. Ce qui rend l’analyse ou la veille concurrentielle plus difficile, avec un besoin d’aller chercher de l’information sur le terrain.
C.U. : Je teste énormément d’outils pour voir leurs limites et identifier leurs évolutions. Aujourd’hui, je combine principalement ChatGPT et Gemini. Pour le sourcing, je privilégie Perplexity. J’ai également testé DigitalKin, spécialisé dans les sources sur Google Scholar et d’autres bases académiques.
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C.U. : Pour le traitement et l’analyse, je l’utilise peu, je reste très prudente à cause des biais potentiels. La prise de recul et l’esprit critique sont notre vraie valeur ajoutée. Pour la diffusion, et améliorer l’impact des livrables, je réalise des expérimentations sous forme de vidéo et podcast avec NotebookLM.
J’apprécie aussi l’IAG pour son côté créatif, surtout avec ChatGPT. Même si ses réponses peuvent parfois être « hallucinatoires », cette capacité à proposer des perspectives originales est un atout. Par exemple, je l’utilise pour trouver des angles innovants dans la diffusion d’informations. Il n’est pas question d’utiliser les hallucinations en tant que telles, mais plutôt de profiter de son approche parfois utopique pour raconter une information vraie sous un angle nouveau. Cela parle davantage à certains clients qui se projettent plus facilement dans des scénarios un peu « science-fiction », alors que les données restent réelles. Cela donne une manière narrative de présenter l’information qui est bien plus engageante que des newsletters classiques, par exemple.
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